120 battements par minutes : une lutte contre le Sida et les mentalités


Au début des années 90, l’épidémie du Sida frappe de plein fouet la communauté homosexuelle. La maladie fait des ravages conséquents au sein de l’intelligentsia française. Elle emporte des intellectuels comme Michel Foucault, des humoristes comme Thierry le Luron ou des journalistes comme Guy Hocquenghem. Au cœur de ce marasme, une association, Act Up, va jouer un rôle déterminant pour forcer le gouvernement et les laboratoires pharmaceutiques à prendre la mesure de cette situation tragique.

Le film de Robin Campillo est l’occasion de découvrir le fonctionnement de la branche parisienne d’Act Up, ses valeurs mais également les dissensions qui l’habitent. On comprend rapidement qu’Act Up, pour nombre de ses membres comme Sean, c’est plus qu’une association. « Tu fais quoi dans la vie » lui demande Nathan, nouveau venu. « Ma vie, c’est Act Up » finit par répondre Sean. La structure permet à ses membres de parler à des gens qui comprennent leur situation, de partager leurs craintes ou encore de comparer leurs niveaux respectifs de leur T4 grâce à une organisation bien rodée : réunion hebdomadaire où chacun peut prendre la parole, commissions sur divers sujets comme la recherche médicale…

120 battements par minute

Une action d’Act Up

Ensemble, de manière à attirer l’attention de la presse et de l’opinion, ils organisent des actions coup de poing en envahissant les locaux de laboratoires pharmaceutiques. Le film dresse d’ailleurs un portrait sans concession de cette industrie, présentée comme uniquement focalisée sur son profit, n’hésitant pas à organiser volontairement des pénuries de médicaments afin de gonfler les prix.

Pour s’évader et oublier la dureté du monde dans lequel ils sont plongés, les activistes se rendent ensemble à des soirées Techno-House. Trax Magazine, dans un article de son numéro d’été va même jusqu’à considérer que 120 BPM est un film sur les débuts de la House en France. « Animés par ce désir d’échappatoire, les gays se retrouvent dans cette société de la nuit et adoptent rapidement la House. » explique le magazine. Cette influence est omniprésente dans la bande-son produite par Arnaud Rebotini.

Alors ils dansent, expulsent toute cette tension, puis vont faire l’amour. Certaines scènes font d’ailleurs un peu penser à la Vie d’Adèle version masculine. Soit-dit en passant, le film ne se focalise pas uniquement sur les gays. Un des membres majeurs d’Act Up est ainsi une femme, interprétée par Adèle Haenel, magnifique de conviction et d’humanité.

Le film souligne également à quel point le Sida est un vrai tabou à cette période, y compris dans les milieux homosexuels. Alors que des militants d’Act Up collent des affiches « J’ai envie que tu vives », un slogan qu’ils jugent consensuel, ils se font violemment prendre à part par des jeunes homosexuels qui leur reprochent de faire « flipper » les gens. Autre stigmate de cette peur généralisée de la maladie, l’attitude de Nathan, qui, avant de prendre conscience de l’efficacité de la capote, avait arrêté de faire l’amour avec des hommes pendant 5 ans, pétrifié par l’idée d’attraper le virus.

Si 120 battements par minute n’a pas remporté la palme d’or à Cannes cette année, il a profondément marqué les esprits lors de sa projection sur la croisette en raflant le Grand Prix. A voir !

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