1er jour au Camp


Bip Bip Bip! Putain, déjà 8h.. Bon je suis mort mais faut y aller, je dois être assez tôt au camp. Je laisse un petit mot à mes colocataires pour leur dire que j’étais content de les avoir connus en leur disant à bientôt mais en sachant pertinemment que je ne les reverrai jamais. C’est une habitude à prendre. Suivant les conseils du type de l’auberge de jeunesse je traverse la rue et choppe le bus qui m’amènera à l’endroit où sont tous les sherouts. C’est des sortes de minibus taxis qui vont un peu partout sur les territoires israéliens. Je tombe sur des français dans le bus qui m’aident, jamais je n’aurais pu trouver l’arrêt sans eux.

Bon, je trouve un sherout quasi direct, il coûte pas cher c’est cool: 24 shekels. Y’a un français juif dans le sherout, il est cool, il me parle de faire son alyah, je suis presque habitué maintenant. Après forcément, c’est normal que j’en rencontre beaucoup des gars qui pensent comme lui en Israël. Pour me faire une idée, il faudrait que je vois des juifs parisiens pour savoir si c’est une majorité qui compte faire son alyah ici. Enfin bon, bref. Du coup il parle en hébreu au chauffeur et lui dit que je veux aller à Bethléem. Je pense bêtement qu’il va me déposer à la porte de Damas une fois à Jérusalem, l’endroit où on peut prendre le bus pour Bethléem. En fait je me fais avoir. Il m’amène direct au check point. Il appelle un de ses potes, me fait payer 50 shekels de plus, un de ses collègues me saute dessus dès que je suis sorti (il a d’ailleurs failli partir avec mon sac dans le coffre, ce qui m’a fallu une course ridicule de 20m, en tapant sur la tôle de son tacos).

Sherout tel aviv

Bon, je passe le check point sans contrôle. Le type du taxi me dit qu’il a la double nationalité, palestinienne et israélienne. Clairement, vu la gueule du gars et son comportement surtout il a choisi son camp. Il est pas très amical. Il me dépose près de l’église de la nativité et me demande la modique somme de 120 shekels… Le salaud. En bus ça m’aurait coûté 10 shekels je crois. J’aurais même pas du lui donner 60 shekels. Du coup, sur le coup de la surprise je lui file ce que j’avais 110 shekels.. Je m’en veux encore. La dessus un palestinien cool me prend pour m’emmener à Dheisheh (le camp). Il me permet d’appeler les volontaires français que je dois rejoindre au camp. Le tout au nom de son amour pour les Français et de Jacques Chirac (on se rappelle sa fameuse apparition dans Jérusalem où il se retrouve aux prises avec les soldats israéliens qui veulent l’empêcher de saluer les palestiniens). Ce que m’expliqueront les gars que je vais rencontrer dans la journée, c’est que les Palestiniens analysent tout sous le prisme du conflit israélo-palestinien. Genre si un jour un type important a dit un truc bien en faveur des palestiniens alors c’est un ami. Et ça reste fixé dans les esprits. C’est le cas pour Jacques mais aussi pour Saddam Hussein… Poutine ils savent pas trop, il aime pas trop les Américains donc il a pas l’air trop mal.

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Détroussé, j’arrive enfin à Laylac, mon asso. Tout de suite, accueil chaleureux ! Je sens que je vais bien me sentir ici. Les touristes sont bien vus comme il n’y en a pas beaucoup à venir jusqu’ici. Dans aucun autre pays au monde les Français ne sont autant appréciés qu’en Palestine. D’ailleurs, même si à Ramallah c’est différent, ici les seuls volontaires internationaux que je croise sont Français. Ça doit avoir un lien.

Naji et Ziad mes maîtres de stage sont posés, Naji est charismatique mais chaleureux, Ziad est plus en retrait. Les locaux de Laylac sont constamment occupés par des jeunes du camp ou des villages alentours qui sont d’emblée sympas avec moi. Ils veulent tous savoir d’où je viens et comment je m’appelle. Je vais prendre deux ou trois jours pour m’adapter et après je pourrais commencer à taffer. Mais je ne me sens pas du tout démuni, ni décontenancé alors que j’ai cette fois définitivement quitté l’Occident, parce que soyons clairs, Israël c’est occidental. La langue est différente mais le fonctionnement est le même. Mais je ne peux pas mentir, Tel-Aviv j’ai bien aimé. Ici c’est très différent. C’est le Moyen-Orient.

graffiti palestinien

Du coup, après avoir parlé avoir avec un peu tout le monde, les deux volontaires français surtout, on va manger un falafel, dans le camp, tout est donné: 60 centimes d’euros pour l’équivalent d’un kebab. C’est une hérésie ce que je dis mais ça vous permet de visualiser. En rentrant aux locaux de l’asso, il y a une effervescence de folie ici. Il faut que j’apprenne l’arabe.

Les volontaires d’ici me font visiter les environs. On va au mur, en passant par la grande rue où se sont produites toutes les manifs ces dernières semaines. Les odeurs sont vraiment désagréables car l’armée israélienne balance ce qu’on appelle de l’eau sale, un mélange de produits chimiques et d’eau des égouts, l’odeur est vieille de plusieurs jours, j’imagine même pas ce que ça devait être il y a 4 jours. On se retrouve dans une autre rue, les yeux et le nez commencent à piquer. De la même façon, on m’explique que des gaz lacrymo avaient été balancés ici. Selon Camille et Émilien, ils sont beaucoup plus forts qu’en France !

Mur Palestine

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On prend un taxi pour rentrer. On rentre à 5 dedans. Personne ne met sa ceinture évidemment. Si on la met, on passe vraiment pour un con. Genre du coup, je dois prendre l’habitude de pas la mettre.

Nabba nous fait visiter le camp avec une analyse historique intéressante. J’essaie de réprimer mon envie de me faire l’avocat du diable, ce qui est dans ma nature alors que je suis plutôt d’accord avec lui sur le conflit. Il s’arrête devant une map et nous explique qu’au début, dans le camp, « when the crime happened » comme il dit (entendez la guerre de 48 qui débouche sur la victoire des Israéliens obligeant les Palestiniens à partir de leur maison) il habitait au sud-est de Hébron dans un petit village. Il a été contraint de partir. La zone qu’il habitait fait maintenant partie d’Israël. Puis il nous montre une masure en ruine et nous dit que c’était en 48 la seule salle de bain pour tout le camp. Il n’y a pas grand grand chose à commenter.

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A peine de retour à la guesthouse, je me fais embarquer dans un truc de fou. Mohammad, un gars nouvellement rencontré me fait monter dans une voiture. Émilien m’a bien expliqué qu’il fallait apprendre à ne pas se méfier ici, que parfois les gens accomplissaient des actes gratuits juste parce qu’ils sont contents de te parler, de raconter leur histoire. Sur le chemin, je me demande dans quoi je me lance mais j’ai Camille avec moi donc je suis serein. Et puis les types sont souriants et rigolent beaucoup. On monte en voiture des côtes quasi à pic. En fait, on va à un village en hauteur. Mohammad m’explique que nous allons aider des potes à lui à charger un camion de vêtements à destination des Gazaouis qui ont tout perdu. On arrive à un entrepôt où y’a pleins de trucs entassés un peu partout: fringues, eau, bouffe, voiture à plaque israélienne (comment est-elle arrivée là celle là? Haha). Pleins de gamins viennent nous aider. Ils sont contents de nous voir Camille et moi. Du coup, chacun s’organise dans la chaine pour transporter les fringues de l’entrepôt vers le camion. Je remarque qu’il n’y a que des mecs avec nous.

Une fois qu’on a fini, on se dirige vers un autre entrepôt où l’on va trier le linge en plusieurs catégories : hommes, femmes, petit garçon, etc. Là par contre, il y a pas mal de filles. Ce qui est étonnant, c’est que tous les gens que je rencontre sont assez jeunes. Je m’attendais à voir des femmes plus âgées nous aider à trier le linge. Pas du tout, ce sont des jeunes comme moi. Les mecs rechignent plus à trier le linge, la division genrée des tâches existe ici aussi, plus exacerbée encore que chez nous me confie Camille. J’ai beau avoir changé de pays, aucun talent n’est soudainement apparu en moi en matière de pliage de linge.

Linge palestine

Une fille (plutôt pas mal d’ailleurs) du groupe se moque de moi et de mes difficultés à distinguer les fringues des petits garçons et des petites filles. C’est un très bon moment. J’apporte une contribution directe aux Gazaouis dans ce que je fais, je suis utile. Les autres jeunes sont ravis de nous voir les aider. Cela renforce leurs clichés positifs sur les Français. Émilien nous rejoint avec Frank, un autre français qui se baladait dans le coin. On fait des photos affublés de certains fringues vraiment kitchs avec des moumoutes, style un peu disco. On rigole en imaginant les télés internationales filmer les habitants de Gaza portant les-dits fringues. Ça perdrait vraiment en crédibilité. Haha

La nuit tombe rapidement. On va manger un chawarma dans un resto du coin. Pas mal! On se balade dans Bethléem, comme c’est une ville en hauteur, on voit toute la vallée en bas, c’est vraiment beau. Je m’entends hyper bien avec les gars, c’est super. On achète des bières et on va se poser sur le toit de l’asso, c’est un autre monde, et je l’aime bien.

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2 Comments

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  1. Quénéhervé

    Bel article!

    On y est nous aussi du coup!

    Tous ces shekels dépensés,n’y pense plus! Sinon tu conserveras des »séquelles » psychologiques!

    tri du linge:pourtant tu avais eu une formation linge sale, cet été, à la blanchisserie!!

    Tu vas peu dormir pendant 2 mois, j’ai l’impression!Mais c’est une gestion du temps optimisée pour une vie trépidante!

  2. Nagro

    Depuis quand on met sa ceinture dans les taxis des pays en développement ?
    Très content que tu t’éclates autant, continue d’écrire même si tu es pris par le voyage !

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