4e et 5e jour : expédition à Ramallah


« Il est 8h45, c’est l’heure de se lever », non ce n’est pas la douce voix de ma mère mais l’atroce voix métallique qui sort du téléphone de Camille. Je commence à y être habitué. Émilien me propose d’aller à la « gym » en début d’aprem. Pas forcément hyper fan de la muscu en temps normal, je me dis que ça me fera bouger mon corps un peu et éventuellement de rencontrer des Palestiniens.

Ah oui, il y a une salle de muscu dans le camp de réfugiés. D’ailleurs j’imagine que vous devez toujours vous demander ce que c’est qu’un camp de réfugiés en Palestine. En fait, ça se démarque vachement des clichés que l’on peut avoir. Genre c’est pas un camp avec des barbelés, des gardes à l’entrée ou des soldats de l’ONU, où les gens font la queue à un centre de rationnement pour avoir à bouffer, où y’a que des tentes en guise de maison, etc. Ici, les camps de réfugiés sont des endroits vers lesquels les palestiniens ont dû fuir après que le jeune État d’Israël a gagné la guerre en 1948. Les Palestiniens vivant sur les territoires conquis par les sionistes ont été expulsés de leurs maisons et de leurs terres. Ils ont essayé de s’organiser ailleurs dans des endroits que l’UNRWA a loués aux Anglais pour eux (puis aux Jordaniens. Maintenant on sait pas trop à qui c’est loué, c’est très opaque). Du coup après 1948, Dheisheh, le camp de réfugiés dans lequel je suis, est géré de façon quasi autonome, pas de municipalité, pas de police, pas de lois. C’est de l’autorégulation. Je ne suis pas assez calé sur le sujet pour pouvoir en parler précisément mais ça se rapproche peut être de l’anarchie. Et vraiment, je ne croyais pas que c’était possible d’obtenir un truc stable sans monopole de la force légitime (police, armée). Mais les gens ici respectent des codes implicites. Personne ne vole ici. C’est considéré comme fondamentalement mauvais. De plus comme ils ne picolent pas, bah ça aide à ne pas faire n’importe quoi. Quand il y a un conflit, avant 1997 et les accords d’Oslo créant un « gouvernement palestinien » c’était les comités populaires qui étaient des sortes de juges. Selon les traditions et les codes (social law me dit Naji). Avant 1997, tous les partis politiques étaient représentés dans les comités populaires, il n’y avait pas d’élection et on arrivait à trouver des consensus. Désormais les gueguerres partisanes et la corruption sont venus perturber l’équilibre. Une loi officielle vient concurrencer la loi du camp. Néanmoins, les gens viennent toujours voir Naji pour lui demander de statuer sur un conflit. Pour les cas les plus graves (mort par exemple) la procédure est plus longue, et très particulière (si vous êtes intéressés pour en savoir plus, faites moi signe). Parfois la police avant de porter l’l’activité  tribunal dit aux personnes en question:  » allez voir Naji ou autre, essayez de régler ça vous mêmes. Si ça marche pas, OK on va au tribunal « . Je trouve ça fascinant.

Bon, revenons à nos moutons. Je vais donc à la salle avec Émilien. On y croise Naba et Issar. Voyant les machines de guerre que sont les types, je ne peux m’empêcher de me rappeler qu’à l’origine, quand on a inventé le sport en Europe, fin 19e, c’était pour préparer les corps à la guerre, à la sauvegarde de la nation. Ici, serait ce pour les préparer à la guerre contre les Israéliens ? Non ça n’a probablement pas de rapport. Des types font de la muscu partout dans le monde sans autre but que l’obtention d’un corps musclé. Après une heure de muscu, on retourne à la guesthouse. Demain c’est notre jour de repos. Il est 18h, il est temps de prendre un taxi (sorte de minibus 9 places du même style que ceux avec lesquels les équipes de volley vont au matches en France) pour Ramallah. Le taxi prend environ 1h20 car il doit contourner Jérusalem. Si jamais il avait le droit de passer par Jérusalem, on n’en aurait que pour 35min. Je rencontre une chilienne dans le taxi. Super, je vais pouvoir parler espagnol. Elle m’explique qu’elle donne des cours à Bedjalla un autre camp de réfugiés pas loin. Apparemment y’a toute une communauté de chilien là bas. Je devrais y aller pour pratiquer un peu mon espagnol! De l’autre côté, y’a une femme voilée qui semble outrée par le contact assez inévitable dans un minibus de son corps contre le mien. J’ai envie de lui dire que je n’y peux rien mais mes connaissances en arabe sont trop maigres pour cela.

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Je commence à vraiment apprécier les paysages ici. Tout est en relief. Les villes ne sont pas « belles » en elles mêmes (y’a des déchets un peu partout), mais l’activité et le foisonnement des centres villes sont quelque chose d’assez unique. On ne retrouve pas du tout ce phénomène de fourmilière en Occident. Je ne sais pas vraiment comment le décrire. Genre imaginez une circulation vraiment bordélique où tout le monde klaxonne (ici le klaxon n’est pas du tout considéré comme quelque chose d’agressif, c’est plutôt une manière de dire « Hey mec, je suis là, je passe, merci ma gueule ».). Maintenant essayez de visualiser des souks un peu partout avec des vendeurs qui disent des trucs en arabe. Franchement ça a vraiment du charme. Quand je dis que les villes ne sont pas attirantes pour leur beauté, je ne suis pas tout à fait objectif car je n’ai vu que Ramallah et Bethléem pour le moment. Donc je me ferai une idée plus tard.

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On arrive vers 20h30 dans le centre, on file direct à l’hôtel, clairement une espèce d’antre pour internationaux. D’ailleurs je suis ravi de pouvoir rajouter une barre derrière le mot  » breton », je suis donc le 2e breton à venir ici. Y’a aussi des types du sri Lanka, de Nouvelle-Zélande, d’Afrique du sud, etc à être passés par ici. Les gars font un léger rejet de cette ambiance tout sauf palestinienne. Ramallah le jeudi soir (le soir où on sort car le vendredi est le jour de repos chez les Musulmans) ce n’est pas vraiment typiquement palestinien. On sort en ville, on mange, on rejoint des potes palestiniens et français de Camille et Émilien. On va dans un bar, non indiqué dans le routard soit dit en passant. Je pense qu’on aurait pu trouver mieux. Ah!!! Une bonne pinte, ça fait du bien! On se marre bien on file à un autre bar/hôtel hyper chicos en hauteur. Les potes des gars s’avèrent vraiment cool. La soirée ressemble vraiment à ce qu’on peut trouver en Europe. On demande des shutters au barman, il nous file des trucs hyper fat’ de vodka pure. Bon bah quand faut y aller, faut y aller. L’alcool aidant on reste assez tard. La musique est très occidentale, mais pas dégueu, ils passent du Paul Ka, des extraits de la Bo de Snatch, du commercial dancefloor.

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Quand on demande au barman de nous faire écouter une musique que les potes palestiniens de Dheisheh écoutent tout le temps et qui parlent DD tremblement de terre sur Tel-Aviv on nous traite pour rigoler de terroristes. On finit à 4 dans le bar à 4h du mat’. Le bar devait fermer à minuit mais un des barmans est resté pour nous. Il adore le fait que les gars sachent parler un peu sa langue. Il met toutes les musiques très palestiniennes du moment (comprenez anti – Tsahal, anti bombardement). Il propose de nous ramener.. Incroyable. Qui en France ferait ça? Les gens ici ont vraiment un rapport différent au travail. C’est vu en plus Occident comme une contrainte, ici pas trop. Nous travaillons pour nous payer des loisirs, eux c’est différent. Certains magasins comme des épiceries restent ouverts jusqu’à 1h du mat’! Le travail fait partie de leur vie, ils le font par plaisir.

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Il nous dépose près de l’hôtel on est un perdu mais qu’est-ce qu’on rigole. Finalement, Camille fait une remarque pertinente: « tu vois cette tour là, bah y’a un type qui va gueuler et nous empêcher de dormir à 4h30 du mat’. » énorme fou rire quand à 4h30 ça n’a pas manqué et qu’on crie: « Mais il va la fermer sa gueule! Y’a des gens qui dorment! ». Pour la peine, on se dit qu’il faut absolument qu’on regarde OSS 117 une fois revenu à Dheisheh. Une fois que le muezzin a fini son appel à la prière on finit par s’endormir.

Le lendemain matin, après avoir dû gérer une coupure d’eau à l’hôtel, on essaye de trouver Euro-Med une ONG basée à Ramallah qui est censée nous financer des projets. C’est très compliqué ce  » matin » (il est 13h) mais la ténacité aidant, on parcourt plusieurs kilomètres, on demande aux gens la rue que l’on cherche. Pendant une heure et demie on zone, de façon assez inutile finalement. Euro-Med me fait penser aux sociétés factices introuvables basées dans les paradis fiscaux. On a fait toute la rue sans trouver le bâtiment. Las, on finit par rentrer manger dans un restaurant typique (un KFC). On erre dans le centre ville, c’est vraiment vivant Ramallah, une manif a l’air de se préparer. Je suis vraiment content d’être en short, tous les palestiniens sont en Jean, la religion/tradition ne leur permet pas d’être en short. Je trouve ça un peu difficile pour eux d’être obligés de crever de chaud pour respecter Dieu.

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Enfin bon. On prend un taxi qui va nous ramener à Bethléem. Sur la route, on voit des gosses attroupés en train de « cueillir » des pierres pour les lancer sur les soldats avec leur lances pierres. Vu la gueule de la rue ça a du chauffer ici il y a quelques semaines. Y’a des voitures défoncées partout. Camille me montre comment reconnaitre les colonies. Comme je l’ai déjà dit, elles sont en hauteur, les toits sont composés de tuile comme dans le sud de la France. Y’a des grillages tout autour, avec du sable pour voir si quelqu’un est passé par là.

On revient à la guesthouse de Dheisheh, ça fait du bien. On matte OSS comme prévu. Ce soir, on va chez Issar. On mange avec sa famille, c’est hyper rare apparemment, c’est un super moment. Issar a deux soeurs super belles, les Palestiniennes sont vraiment pas mal globalement. Pour me mettre à la culture locale je fais comme Antoine de Maximy dans « j’irai dormir chez vous » et je me mets à tirer quelques bouffées de narguilé. Les femmes nous rejoignent sur le balcon. Encore une fois, c’est rare apparemment. La famille d’Issar n’est pas pratiquante. Issar est très intéressant. Il nous explique comment le balcon a été construit. C’est très drôle car ils avaient oublié de créer une porte pour accéder au balcon, le seul moyen d’y accéder était une fenêtre. Il explique que sa famille est étourdie. On rigole bien. On rentre à Laylac pour faire des jeux et discuter politique. C’est très sympa. Demain, grasse mat’!

PS: Dur dur d’écrire l’article en entier avec un téléphone portable!

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2 Comments

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  1. PAPMAM

    Merci,on ne sen lasse pas!!

    Quelle vie mouvementée!
    Je ne suis plus étonné maintenant du différentiel entre ton visage reposé
    au départ de l’avion et celui,zombiesque, entraperçu sur Skype hier soir..

    Que voilà une belle idée: te substituer à Antoine de Maximy pour la suite
    du voyage! Mais la GoPro ne passerait pas l’aéroport…

    Superficie,nombre d’habitants du camp de Dheisheh?

  2. Golbek Tsevelmaa

    Super carnet de voyage 😉 ! Je suis contente que tout se passe bien pour toi.

    Ça m’intéresserai de savoir les procédures lorsqu’il y a des délits graves.

    Bisous, et profites à fond !

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