Acheter des oeuvres d’art sur internet n’a jamais été aussi simple


Depuis le développement fracassant du web, de nombreuses entreprises ont tenté, et la plupart ont échoué, de vendre de l’art en ligne.

En 1999, par exemple, eBay achetait Butterfield and Butterfield, une des principales maisons de ventes aux enchères, pour la modique somme de 260 millions dollars, en promettant d’utiliser la technologie pour démocratiser les beaux-arts. Trois ans plus tard, face à la réticence des internautes pour acheter des oeuvres d’art très chères en ligne, eBay abandonnait et vendait l’entreprise à Bonhams.

La démocratisation de la vente d’oeuvres d’art sur internet

Après une décennie, on se rend compte que les acquéreurs sont désormais prêts à débourser plusieurs milliers, voire centaines de milliers d’euros, sur internet pour acheter des oeuvres d’art. La démocratisation de ce type d’achat s’est faite grâce à des startups telles que Artsy, dont nous avions déjà longuement parlé dans notre article sur le marché de l’art à l’ère du numérique, ou 1stdibs. On trouve aussi des géants de la vente au détail comme Amazon. Résultat : de nombreuses plates-formes permettent désormais d’acheter ou de vendre des oeuvres d’art en toute transparence. Même si la part de marché des ventes en ligne reste modeste, elle totalise tout de même 6% des 51 milliards d’euros de ventes d’oeuvres d’art et d’objets antiques réalisées dans le monde en 2014 selon une étude annuelle réalisée par l’European Fine Art Foundation.

acheter oeuvre art internet

Clare McAndrew, créateur de Art Economies qui a écrit le rapport de la fondation, explique que les oeuvres d’art avec la valorisation la plus forte continuent de s’échanger au sein des circuits de ventes traditionnels. Les plus grosses fortunes de la planète ne sont pas très intéressées par l’achat en ligne selon lui. A l’opposé, les classes moyennes supérieures sont davantage enclines à acheter des oeuvres pour quelques centaines d’euros sur des sites comme Amazon ou Art.com, et le vaste marché intermédiaire est de plus en plus occupé par les vendeurs en ligne. « La personne lambda devient un petit peu plus confiante » affirme le Dr. McAndrew.

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Entre startups et grandes maisons de ventes

Afin de capitaliser sur la confiance des acheteurs, Artsy a misé sur l’éducation de ses visiteurs en affichant par exemple les collections de plus de 500 musées sur son site, dont le Louvre et la National Gallery de Londres, fournissant des informations sur chaque pièce. Artsy a également développé le Art Genome Project pour montrer les liens entre les artistes. Selon Sebastian Cwilich, chef de projet chez Artsy, l’idée est de « construire une communauté amatrice d’art, prête à faire des achats à l’occasion ». Ainsi, plus de la moitié des 300 000 oeuvres exposées sur le site sont à vendre, et les ventes « normales » peuvent très facilement atteindre les 5000 dollars. Tandis que les prix des ventes aux enchères organisées en ligne sur Artsy par des maisons réputées peuvent aisément montés jusqu’à 50 000 dollars.

Une vente traditionnelle chez Sotheby's

Une vente traditionnelle chez Sotheby’s

David Goodman, vice-président de Sotheby’s en charge du développement digital et du marketing, explique que eBay (désormais de retour sur ce marché), en particulier, a réussi à diamétralement élargir l’audience de Sotheby’s en-dehors de son cercle de clients traditionnels grâce à un partenariat privilégié entre les deux groupes. Les grandes maisons de ventes n’ont donc pas dit leur denier mot, comme en témoignent d’ailleurs leurs chiffres d’affaires impressionnants rien qu’en France, et veulent tirer leur épingle de jeu sur ce nouveau canal de distribution. Dans un registre plus strictement national, on peut aussi noter la création de Drouot Online. Quant au site new-yorkais 1stdibs, comme Artsy, il s’est constitué son propre réseau d’antiquaires, de vendeurs de meubles d’art et de bijoux.

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Trouver un modèle économique viable pour 1stdibs

Pourtant, le pari du digital était au départ loin d’être gagné pour le CEO de l’entreprise David Rosenblatt, un ancien d’une régie publicitaire américaine rachetée par Google en 2008. Il a fallu ancrer les achats en ligne au coeur des habitudes des acheteurs, alors que ces derniers, en grande partie des designers d’intérieurs, se servaient surtout de 1stdibs comme d’un catalogue et contactaient directement les revendeurs. David Rosenblatt est parvenu à insérer son site au sein des transactions en prélevant une commission sur les ventes. Aujourd’hui, 1stdibs peut compter sur un réseau de 2 000 revendeurs présents dans 17 pays. 100 millions de dollars de transactions sont réalisées directement en ligne sur un total de 1,2 milliards de dollars.

Les bureaux très start-up de 1stdibs

Les bureaux très start-up de 1stdibs

La prochaine étape pour 1stdibs est de rassurer davantage ses clients sur la qualité de ses produits et de lutter plus activement contre la fraude. Cela passe notamment par des certificats d’authentification, à la manière de ce qui se fait dans les circuits de ventes traditionnels.

Des levées de fonds de spectaculaires sur le marché de l’art numérique

Ce nouveau marché a attisé l’appétit de nombreux investisseurs : Artsy a levé 51 millions de dollars auprès de grands noms du secteur de l’art et du numérique, tandis que 1stdibs est parvenu à réunir plus de 115 millions de dollars auprès de fonds d’investissement. De plus, avec environ 40 petites entreprises et startups tentant de retenir l’attention des acheteur sur internet, des rachats ou des fusions semblent inévitables. « Beaucoup d’entreprises sont simplement des intermédiaires, ou des intermédiaires d’autres intermédiaires » argumente le Dr. McAndrew « Il y a des limites aux besoins du marché ».

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