AdBlock est-il en train de détruire l’internet gratuit ?


Le débat ne date pas d’hier, entre les défenseurs des bloqueurs de publicité et les professionnels/amateurs du web qui voient leurs revenus publicitaires fondre comme neige au soleil. Parce que oui, il faut bien trouver un moyen de dégager de l’argent pour payer les journalistes, les développements ou l’hébergement. En effet, de nombreux internautes s’étonnent de voir les contenus payants se multiplier sur net et arguent qu’un journaliste web n’a pas à être payé, car internet c’est bien sûr gratuit. On se croirait dans un retour vers les années 90, certaines ne semblent pas avoir compris que le numérique est désormais un marché stratégique pour de nombreux secteurs.

Des torts des deux côtés

Au sein de ce grand marché du numérique, on trouve l’édition de contenus qui est le secteur le plus menacé par l’érosion de la publicité en ligne. Selon l’Union des annonceurs, AdBlock et consorts empêcheraient déjà l’affichage de 20% des impressions publicitaires sur le web francophone. Mais des domaines sont bien plus touchés que d’autres, comme le jeu vidéo ou le hight-tech dont les consommations sont davantage sensibilisés à ces usages. On parle même d’un taux de blocage pouvant monter jusqu’à 60-65%… Vous comprendrez que cela impacte fortement leurs résultats financiers.

Bien entendu, les torts sont partagés entre les éditeurs et les utilisateurs. Des sites ont abusé des affichages publicitaires en devenant de véritables sapins de Noël, avec des publicités très intrusives qui ont exaspéré les internautes. D’où une très forte augmentation de la dissémination d’Adblock depuis environ 2 ou 3 ans. Le problème est que le bloqueurs empêchent toutes les impressions publicitaires quelles qu’elles soient, même celles venant de sites respectueux de l’internaute.

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publicité lave cerveau

La multiplication des « offres premium »

Mis aux pieds du mur, les éditeurs ont dû réagir en lançant notamment des offres premium. Les précurseurs de ce modèle ont été les sites de jeux vidéo comme Gameblog, car plus touchés que les autres plateformes par ce problème. Sauf que désormais même les très gros éditeurs de contenus s’y mettent à plein régime. Il ne vous a sans doute pas échappé que les articles abonnés poussent comme des champignons sur les sites web de journaux tels que Le Point ou Le Monde. Si ce n’est pas la seule raison, elle fait aussi partie de l’équation.

D’autant plus que si les grands médias conservent encore des marges de manoeuvre, les bloqueurs de publicité causent beaucoup plus de difficultés aux sites moyens, à peine en équilibre financier. C’est tout un modèle qui est remis en cause depuis quelques années: celui de la gratuité des contenus sur internet en échange de l’affichage de publicités. Un marché mondial de 130 milliards de dollars par an, qui ne pourra jamais être totalement remplacé par les offres premium. Pourtant, ce modèle est vertueux dans le sens où il permet l’accès à tous des contenus.

Trouver des solutions alternatives

On peut également imaginer d’autres solutions que des offres payantes pour conserver un internet gratuit. Au premier rang duquel un nouveau type de publicité très à la mode : le native advertising ou contenus sponsorisés. Ce sont des contenus publicitaires qui s’affichent dans la même zone que les contenus éditoriaux. Une très bonne idée impossible à bloquer impliquant néanmoins une forte dimension morale, de nombreuses personnes accusant le native advertising de vouloir tromper les internautes dans leur libre arbitre. Il ne faut donc pas que les webmasters acceptent tout et n’importe quoi… ce que de nombreux sites peu scrupuleux sont parfois tentés de faire. Au final, on peut être totalement en accord avec soi-même, si on le fait pour des produits que l’on juge bons ou bien si on apporte une réelle valeur ajoutée à l’internaute.

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Il faut aussi relever la technologie développée par la start-up Secret Media, fondée par Frédéric Montagnon le créateur d’Overblog. Celle-ci a développé un algorithme de cryptage polymorphique pour empêcher les automates des ad-bloqueurs de reconnaître les URLs des adservers (c’est à dire les technologies qui gèrent la publicité, différentes de celles gérant le contenu). Une idée géniale, brevetée et encore unique au monde. Malheureusement, Secret Media est pour le moment réservé aux grands médias au vu de la difficulté de sa mise place… Ci-dessous, une interview du CEO de l’entreprise.

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