Azyle, icône du métro Parisien – From The Street #05


Personnage légendaire et énigmatique, Azyle fut entre 1989 et 2007 l’ennemi n°1 de la RATP ! Ingénieur dans un groupe automobile et père de famille, il est aujourd’hui une figure du graffiti Parisien. Reconnu par les initiés pour ses « punitions » – répétition de sa signature sur un même espace, il se fait connaître du grand public après avoir tagué le Concorde. Condamné en 2012 à huit mois de prison avec sursis et 195.000 euros de dommages et intérêts, l’artiste reconnaît les faits mais conteste le montant de l’amende. 

Azyle : un artiste adepte du « vandale »

Il pose partout et par tous les moyens  (aérosol, acide, marqueur ou gravure) mais surtout sur les voitures de la RATP dont il dispose d’une véritable collection d’uniformes pour s’infiltrer en toute discrétion. Dans une relation schizophrène, il voue une certaine obsession à la compagnie de transport, qu’il respecte et détruit par son art.

Ses réalisations (« panel » dans le jargon pour désigner les graffitis sur train) monumentales sont souvent uniquement constituées de sa signature « Azyle » qu’il reproduit à l’infini dans un dédale de couleurs sensationnel. Un style compulsif et hystérique qui consiste en la répétition d’un même tag jusqu’à la saturation de l’espace.

En 2001, il obtient une certaine notoriété auprès du grand public après avoir vandalisé le Supersonique d’Air France. Une renommée spectaculaire pour un artiste qui à toujours revendiqué la gratuité de son art et rejeté les sollicitations des galléries d’art.

Azyle x Le Concorde

Son procès

Azyle est arrêté en 2007 par la cellule antigraffiti alors qu’il taguait dans le métro accompagné de Vices. En 2012, il est condamné en première instance à huit mois de prison avec sursis et 195.000 euros de dommages et intérêts. Le graffeur reconnaît l’ensemble de ses dégradations mais conteste le montant demandé par la RATP et son mode de calcul. Azyle adopte ainsi une relation ambivalente entre respect de la Justice et vandalisme assumé : il accepte la sentence mais réclame de payer le juste prix. Montre en main et devant huissier, le graffeur démontre qu’il lui faut moins de 10 minutes pour effacer une surface d’un mètre carré de peinture, là où il faut 1h à la compagnie de transport pour nettoyer le même espace. En appel, il conteste donc la décision de justice et selon son mode de calcul, il estime à environ 40.000 euros le montant des dommages qui lui sont imputables. Sa défense repose également sur les « doublons » de la RATP : il fait remarquer au juge qu’on lui facture les vitres de wagons qui partent directement à la casse.

-« Mais que diable avez vous contre la RATP ?  »

– « Rien Monsieur le juge, au contraire, j’adore la RATP et les remercie d’avoir mis à ma disposition de tels supports »

La cour d’appel de Paris à rendu son verdict le 6 mars 2016 : Azyle est condamné à 8 mois de prison avec sursis et un peu plus de 138.000 euros de dommages et intérêts – une réduction d’un tiers par rapport au montant décrété en première instance. Une décision à première vue très éloignée des 40.000 euros revendiqués par Azyle mais qui marque cependant un changement d’attitude des juges à l’égard des graffeurs, de la RATP et des méthodes employées pour évaluer le préjudice. Si on ne peut pas vraiment parler d’une « jurisprudence Azyle », le graffeur reconnait cependant une décision positive:

« Réduire la somme d’un tiers est un choix courageux. Particulièrement au regard du contexte, où les juges sont habitués depuis une quinzaine d’années à rendre des décisions taillées pour la RATP. »

 

 

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