Bloodborne le jeu qui vous fait passer pour un amateur


Vous qui lisez, abandonnez toute espérance. Si on publie cette chronique à la bourre (le jeu est sorti le 24 Mars), ce n’est pas qu’on a pris le temps de finir Bloodborne afin de mieux en parler. Aucune astuce de vétéran à révéler ici : on a beau arriver après la bataille, on en est au même point que nos confrères il y a deux bon gros mois. C’est à dire conquis mais penaud, follement accro et en même temps écoeuré. Ecoeuré par ce long périple masochiste, mais surtout par la frustration d’aimer si fort un jeu qui nous file entre les doigts (et quand on écrit « nous », on entend les joueur light, moins aguerris que les ultras qui finissaient Dark Souls en speedrun).

A la rigueur, si on a progressé, c’est sur le plan de la sagesse : alors que la ludospshère s’est jetée sur Bloodborne dès sa sortie et s’est mangé un mur aussi sec, nous, on a pris le temps de souffrir. Pour avoir lu les aveux d’échec dépités dans la presse, on savait qu’on aurait mal. Mais on est quand même parti au charbon, longuement, gentiment, doucement.

Bloodborne

L’avantage, c’est qu’on a peut-être mieux compris notre douleur. Si Bloodborne est à la fois un enchantement et une tannée, c’est que sa belle patinée gothique réconcilie hardcore gamers et promeneurs dilettantes (c’était déjà l’exploit du grand frère Dark Souls 2, dont nous avons fait le test). Mais c’est aussi qu’il sublime la vieille mécanique du die and try. D’habitude, la Sainte-Trinité « vis-meurs-ressuscite » obéit à une logique pédalo : on tente, on se vautre et on repart, comme un petit mioche qui apprend le vélo.

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Mieux que jamais, From Software ringardise ce principe en le pervertissant : leur jeu se fout pas mal de notre roman d’apprentissage. Il ne pleure pas sur notre sort, ne nous tend pas la main après une gamelle. Il n’est pas là pour ça. Ce n’est pas un Jimmy Cricket qui défie son joueur avec malice (type Video Kojima). Ni même un Sergent Hartman qui vous gifle pour mieux vous endurcir (style Shinji Mikami). C’est juste un « enfant de salaud », qui malmène son public comme un sale gosse arrache les ailes d’une mouche.

Les précédents opus de From Software portaient en eux la même fourberie, mais Bloodborne franchit un vrai cap. Davantage que ses aînés le jeu mise sur la flippe comme adversaire premier. C’est parce que la griffe horrifique est implacable (rats géants, cyclopes bourrus, corbeaux hurlants) que l’épreuve ressemble à un cauchemar. A moins qu’elle ressemble plutôt à la vraie vie : le seul lieu d’apaisement est situé dans un rêve (celui du chasseur de monstres, dans lequel on replonge pour se ressourcer et choper de nouvelles armes). Et quand on revient à la dure réalité, on retrouve ce feeling de l’entrée en CP, quand on se réveillait pour affronter le monde et qu’on suppliait maman de ne pas y aller.

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Bloodborne

C’est cette audace-là qui explique le choc subit par toute une génération de gamers. Biberonnée aux RPG narratifs et aux petits lutins qui montrent la voie, celle-ci s’est souvenue d’un coup qu’un jeu pouvait faire souffrir le martyre. Il faut dire qu’à force de rêvasser devant le pantouflard The Order (ou même devant les très bons jeux flâneurs de David Cage), on l’avait un peu oublié ces dernières années. Par extension, c’est aussi ce qui explique le tour de force industriel de Bloodborne.

Pour tabler sur une exclu PS4, et tenter de réunir les casual gamers autour d’un machin aussi rêche, il fallait sacrément assumer sa différence. A croire que Sony avait compris la mollesse qui guettait son catalogue en matière de challenge technique, et avait mandaté les bourreaux de From Software pour dynamiter tout ça. Le pari semble fou, mais c’est au fond la plus logique des formules : un jeu pour les gens qui en ont, par des gens qui en ont encore plus.

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