Critique de The Grand Budapest Hotel par Wes Anderson


Wes Anderson a enthousiasmé beaucoup de monde, avec des oeuvres originales dans le milieu du cinéma hollywoodien comme l’excellent A bord du Darjeeling Limited. Il revient cette année avec une comédie : The Grand Budapest Hotel. 

Un projet en gestation depuis 8 ans, qui s’est appuyé sur la solide oeuvre de Stefan Zweig, cet auteur autrichien mythique du début du 20ème siècle, qui s’est suicidé au Brésil par désespoir face à l’avancée des nazis . Dans son livre le monde d’hier, il décrit cet Europe immobile mais complexe, avec sa vivacité intellectuelle et son amour de la liberté. Ce long métrage s’inscrit dans cette vision en nous présentant un palace au milieu d’une station thermale du pays imaginaire de Zubrowka avec ses nombreux codes et exigences.

Un art de vivre

Si The Grand Budapest Hotel reste une comédie, le film cache donc bien d’autres facettes derrière cette appellation. En premier lieu duquel cette fascination pour un mode de vie européen rempli de charmes et de classe qui se fait finalement dévoré par le conformisme et la sévérité du totalitarisme, notamment à l’Est sous la férule soviétique où se trouve Zubrowka.

the-grand-budapest-hotel-film-1

The Grand Budapest Hotel se trouve à l’apogée des palaces, de leur luxe inouï et bien entendu de leurs concierges, véritables couteaux suisses capables de vous trouver une solution en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Ici, c’est le talentueux Ralph Fiennes qui s’y colle en incarnant Gustave. H avec une prestance impressionnante alliant le sens du verbe à une attitude rebelle ravageuse, mais toujours avec flegme bien entendu.

Scénario et esthétisme

Le scénario reste la véritable force du film, découpé en 5 actes, il nous fait suivre une aventure sans temps mort. Car intrigue il y a bien. Après la mort d’une femme richissime, les vautours commencent à rôder pour se partager son gigantesque héritage. Mais il y a un hic. Gustave. H s’est rapproché de la vieille dame son incommensurable amour pour ce type de personne (âgée, riche, blonde) et il semblerait qu’un très cher tableau lui soit légué, ce qui n’est pas du goût de tout le monde…

the-grand-budapest-hotel-film-5

Le réalisateur ne s’arrête pas là avec un immense talent pour surprendre le spectateur dans l’enchaînement des péripéties. Il y est aidé par un casting d’acteurs exceptionnels : Jude Law, Ralph Fiennes, Bill Murray, Adrian Brody, Harvey Keitel, ou encore Léa Seydou et Mathieu Amalric pour les français, accompagnés d’une B.O de qualité. Wes Anderson a également misé sur un jeune acteur prometteur du cinéma américain, Tony Revolori dans le rôle du Lobby Boy, qui s’avère excellent.

GHB_7195 20130213.CR2

Outre ce casting de premier plan, The Grand Budapest Hotel nous sert de l’esthétisme à tous les étages, allant jusqu’à l’excès pour la devanture du Palace ou le commerce de pâtisserie dans un pur style romantique, très coloré. Un esthétisme qui se fait engloutir par le communisme quand le film alterne entre flashbacks et retour du présent. En effet, l’histoire est narrée par Zero des décennies plus tard, le lobby boy, à un écrivain qui en fera un livre. Ce n’est plus l’atmosphère coloré et flamboyante de la Belle Epoque mais un hôtel sans âme et terne.

Alliant vitesse inouïe, suspens, retournements de situation et humour décapant, Wes Anderson réussit haut la main son pari et nous fait passer 1H40 de pur plaisir cinématographique sur la Vieille Europe en compagnie de très bons acteurs. 

+ There are no comments

Add yours