Le dernier Jour d’Yitzhak Rabin – Le jour où la paix fut enterrée


Le désir de paix d’Yitzhak Rabin  – premier ministre de l’Etat d’Israël de 1974 à 1977 et de 1992 à 1995 –  caractérisé par sa détermination à créer un Etat palestinien, finira par conduire l’ancien général à sa perte. Après son assassinat par Yigal Amir, un militant d’extrême droite, une commission d’enquête mandatée par la Cour Suprême fut chargée d’analyser les circonstances de son assassinat et les failles du système de sécurité censée assurer sa protection. C’est précisément l’objet de ce documentaire signé Amos Gitaï, long de deux heures et demie qui restitue en même temps avec un talent certain l’état de la société israélienne au moment des faits.

In Israel, in order to be a realist you must believe in miracles. (CBS, 5 October 1956) David Ben Gurion

Le film met en avant la cohabitation au sein de la société israélienne entre la loi de l’Etat à laquelle les citoyens sont soumis (comme dans un Etat démocratique au sens « classique du terme »), et la loi de Dieu qui est, elle, sujette à l’interprétation individuelle des croyants. « D’après la Torah, si un juif livre sa patrie à l’ennemi, alors on a droit de le tuer » affirme l’assassin lors d’un interrogatoire. C’est précisément cela le problème avec la loi de Dieu semble nous dire Amos Gitaï, c’est qu’elle dépend de la religiosité du croyant, c’est-à-dire de la manière dont le croyant vit et éventuellement théorise son rapport à la religion et à la Torah plus particulièrement.

Prenant à partie les colons qui s’opposaient aux accords d’Oslo et à la restitution des territoires aux Palestiniens, Yitzhak Rabin appelait d’ailleurs à cesser l’utilisation de la Bible comme si elle n’était qu’un vulgaire cadastre. Il faisait de plus remarquer que s’il fallait se conformer à la Torah, l’Etat d’Israël devrait être amputé de son littoral, les villes de Tel Aviv et Haïfa comprises, puisque les Hébreux n’avaient jamais peuplé cette partie de la Palestine.

Yitzhak Rabin Discours Tel Aviv 4 Novembre 1995

Yitzhak Rabin lors d’un discours Tel Aviv 4 Novembre 1995, peu avant son assassinat

Ce documentaire, via un mélange entre images d’archives – qui mériteraient d’ailleurs peut-être plus de place – et scènes fictives, dépeint de manière très réussie le climat de violence à l’œuvre au sein de la société israélienne. « A mort Rabin ! A mort Rabin ! » crient les sympathisants du Likoud, parti conservateur israélien. On est choqué par ces injonctions à tuer le chef du gouvernement israélien. Rabin est représenté sur leurs affiches affublé d’une moustache et d’un costume nazi. Les Israéliens, pour des raisons évidentes, ont décidément une propension plus importante que les autres sociétés à atteindre rapidement le point Godwin.

De nombreux plans reviennent sur les tentatives de construction des colonies par des fanatiques d’extrême droite, mettant en exergue les difficultés rencontrées par Israël pour canaliser efficacement les actions de ces groupes radicaux sur son territoire.

Le dernier jour d'Yitzhak rabin

On pourrait reprocher au film quelques longueurs notamment certains plans très longs comme celui au-dessus de la ville pendant la manifestation. Il peut également souffrir d’un déficit de clarté pour les non-initiés au conflit israélo-palestinien, mais cela témoigne probablement d’un choix personnel du réalisateur dont le documentaire – intégralement en hébreu – doit être destiné tout d’abord et surtout à un public israélien.

Le fait qu’Amos Gitaï se concentre sur l’enquête judiciaire qui a eu lieu suite à l’assassinat de Rabin, le conduit à ne pas assez creuser la personnalité d’Y. Rabin infiniment plus complexe qu’elle en a l’air dans le documentaire. Celui-ci n’était devenu « l’homme de la paix » que sur le tard. Il faut rappeler par exemple que c’était l’un des généraux les plus en faveur de la guerre en 1967 – appelés aussi les faucons – durant laquelle Israël attaqua la Jordanie, l’Egypte et la Syrie à la suite de laquelle Israël tripla son emprise territoriale.

Yitzhak Rabin le dernier jour film

Mais en définitive et malgré ces quelques critiques, ce documentaire touche énormément le spectateur, qu’il suscite l’indignation, l’incompréhension, ou même la colère. En ce qui me concerne, je n’ai pas pu m’empêcher de compatir pour ces Israéliens progressistes comme Amos Gitaï, piégés par l’extrême droite devenue majoritaire dans leur propre pays.

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