Jour 9 : Escapade à Jérusalem


Aujourd’hui, Camille doit aller renouveler son visa. Pour cela, il part avec le fils de Naji, Ma’an en Jordanie dans le but de passer la frontière jordanienne. Ma’an joue au football à haut niveau aux USA.

Quant à Emilien et moi, nous allons à Jérusalem pour aller chercher les visas français d’Issar et Mohammad. Ils ne peuvent pas aller les chercher eux mêmes à Jérusalem puisqu’ils ne peuvent y rentrer. On prend le bus, on descend tous du bus au checkpoint pour que la police israélienne, deux petits jeunes d’à peine dix huit ans avec un fusil d’assaut à la main, contrôle s’il n’y a pas de clandestins parmi nous.

On arrive à Jérusalem, on s’oriente directement vers le consulat français. On passe de nouveau à travers des rues occidentales (nous ne sommes pas encore dans la vieille ville). Il fait hyper chaud. On arrive au consulat. Emilien commence à expliquer ce qu’il souhaite. Tout de suite, je sens que ça va être compliqué et que cela risque de durer. Concernant Issar, le type nous explique que les visas ne sont pas prêts, qu’il y a eu des erreurs parce qu’il a demandé un visa touriste puis un visa d’1 an (il va à Saint Brieuc l’année prochaine normalement) et qu’on ne peut cumuler deux demandes de visa. Or Issar a son avion mercredi prochain. En attendant d’avoir une idée, Emilien demande qu’en est-il pour Mohammad. Le type de l’autre côté de la vitre prend soudain un air différent et nous affirme que pour lui, ce ne sera pas possible d’obtenir même un visa touriste. Emilien ne comprend pas. Ils sont une vingtaine à y aller en même temps dans le cadre d’une rencontre entre pleins de jeunes européens, le tout est chapeauté par une MJC.

Difficile à entendre car situé de l’autre côté de la vitre – je ne comprends d’ailleurs pas ce concept de vitre, c’est toujours le même problème, vous êtes presque obligé de coller l’oreille contre la vitre, sachant que de nombreux individus ont fait la même chose toute la journée, vous vous retrouvez donc en contact avec leurs sécrétions, bref, appétissant – nous parvenons tout de même à comprendre que Mohammad ne pourra jamais aller en Europe. Choqué, Emilien demande pourquoi. Le gars répond que ceux qui accordent les visas ont peur qu’il ne revienne jamais. Au début, Emilien rigole mais très vite, il s’aperçoit que le gars ne blague pas. Du coup, on demande pourquoi lui en particulier. Le gars ne répond pas clairement, nous dit que le consulat de Suède est surbooké, des trucs comme ça, que si sa situation change il pourra peut être partir de Palestine. On part, dépités. J’explique ce que j’en pense à Emilien: je me rappelle vaguement avoir vu en cours que le consulat de Suède naturalisait assez facilement les réfugiés politiques du Moyen-Orient, genre Syrie, Palestine, etc. Ils croient donc vraiment que Mohammad veut devenir clandestin en France, mais pourquoi lui en particulier? On ne sait peut-être pas tout de lui.

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Quoiqu’il en soit, on va faire un tour dans Jérusalem, pas le meilleur moment pour le faire en sachant qu’un pote ne pourra jamais venir en Europe parce qu’il est né en Cisjordanie, clairement au « mauvais endroit » de la terre. Du coup, c’est un peu chelou comme visite. On rentre dans le Saint Sépulcre, je suis d’humeur très athée. Je médite sur le fait que des gens touchent une pierre plate, près de l’entrée, endroit où Jésus aurait été allongé après avoir été crucifié. Athée ou non, le temple, l’Eglise, le truc quoi, est vraiment hyper beau. Je fais une remarque à Emilien, « Même si t’es athée et tout ou que t’es islamiste radical, t’as pas droit de poser une bombe dans un bâtiment pareil. » Grâce à la guerre, y’a vraiment pas grand monde. On parvient à se faufiler dans le tombeau de Jésus. Le syndrome de Jérusalem me guette. La spiritualité du lieu est telle que je culpabilise presque de ne pas être croyant. Avec Emilien, c’est notre tour de nous agenouiller devant le tombeau de Jésus et de prier. J’allais m’exécuter je pense, même si je ne sais pas trop comment faire, mais Emilien reste la tête en l’air à contempler le tombeau. Plus tard en sortant il me fait une remarque très pertinente: « C’est quand même con de rentrer dans le tombeau de Jésus et de ne rien voir parce qu’on prie ». On rigole bien.

Saint Sépulcre

Sortis du Saint Sépulcre, on traverse le souk, en direction du mur des Lamentations, on croise de plus en plus de Juifs orthodoxes. Après un contrôle de routine (désormais pour moi) pour vérifier que je ne transporte pas de bombes, on y est. Le lieu est impressionnant. Les juifs sont tous massés devant le mur et je reste pensif devant leurs mouvements frénétiques et synchronisés de la tête d’avant en arrière. On enfile une kippa pour aller voir de plus près. J’ai vraiment chaud et je transpire pas mal. Je me dis que tous ces types avec kippa, chapeau, tresse, veste noire, chemise blanche doivent avoir encore plus chaud que moi. Le type qui a inventé un déodorant pour ces gars doit être un véritable génie. Un juif nous aborde, nous demande d’où on vient, nous baragouine des trucs que je ne comprends pas en anglais. Il s’aperçoit que nous ne sommes pas des juifs, et tourne les talons. Le lieu reste impressionnant. Je me demande combien de temps par jour ces types restent prier. une barmistva bat son plein près du mur, sacrée ambiance!

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On va manger sur une place très sympa à l’ombre plus haut puis on rentre à Dheisheh.

Le soir venu, une effervescence inhabituelle traverse la rue. Tous les gens klaxonnent, des drapeaux du Hamas, FPLP, Fatah sont brandis. Avec Emilien, on laisse les légumes sur le feu pour aller voir. En fait, tous les gens célèbrent les accords de paix. La foule est en liesse. On croise des potes du camp, grand sourire. Des gars installent une sono et un micro. Des voitures prennent la rue en sens inverse pour se rendre au rassemblement. On chante, on danse, vieux et jeunes sont rassemblés, les femmes restent sur le côté par contre. Une musique arabe est mise à fond. Transporté par ce moment et par la musique, j’ai des frissons partout.

Cessez le feu gaza

Je shazame la musique, évidemment, l’appli ne la reconnait, je peste contre son répertoire limité aux musiques de l’Occident. Montés sur un bâtiment pour prendre des photos et des vidéos, on redescend pour se joindre à la ville. Je porte Emilien pour qu’il puisse prendre des photos, puis un gars de Laylac avec un drapeau. C’est un moment très fort. On doit l’interrompre pour éviter que la cuisine de Laylac ne crame à cause des légumes laissés sur le feu.

PS: Je vous joins des photos et vidéos dès que possible!

2 Comments

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  1. PAPMAM

    « On parvient à se faufiler dans le tombeau de Jésus. »: ça c’est une vraie perf mon fils!
    « doivent avoir encore plus chaud que moi. « : oui,quand on te connait:torse nu dès 15° de tempé ext ressentie!
    à quoi vont te servir les 3 pulls que tu as emportés dans ta valise?

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