Faut-il privatiser la culture en France ?


« Faut-il privatiser la culture ? » est tout d’abord une question de volonté politique. Depuis plusieurs décennies, la culture est d’une importance stratégique pour l’Etat français. Elle est considérée comme un levier de croissance majeur des pays développés, au même titre que l’éducation et la recherche. En parallèle, de nombreux analystes pointent du doigt les gaspillages au sein du budget du ministère de la Culture, tels que des festivals qui n’attirent pas les foules, mais survivent uniquement grâce aux subventions.

Un budget de plus de 7 milliards d’euros

Selon un sondage Harris Interactive, 59% des français sont favorables à ce que l’Etat demeure l’acteur majeur du secteur culturel français. Néanmoins, les ressources publiques se tarissent dans cette période de crise et les coupes budgétaires se multiplient. Selon les chiffres des projets de loi de finances, le budget 2014 du Ministère de la Culture et de la Communication s’est élevé à 7,26 milliards d’euros, dont 2,69 milliards pour la culture et la recherche culturelle. Les médias et les industries culturelles se taillent la part du lion avec 4,56 milliards d’euros.

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Le ministère de la Culture et de la Communication

Ainsi, l’audiovisuel public (notamment France Télévisions) mobilise une grande part des ressources : un phénomène qui commence à s’inverser dans le projet de loi de finance 2015 avec une légère augmentation du budget de la culture et de la recherche culturelle (2,7 milliards d’euros) tandis que celui des médias est en chute libre à 4,3 milliards d’euros. L’argent ira donc de plus en plus à la création artistique, même si l’audiovisuel public aura certainement de plus en plus de mal à financer des productions de films et de séries. Cette volonté de stabiliser le budget de la culture après les baisses de ces dernières années émane directement de l’exécutif, Manuel Valls a d’ailleurs reconnu que « la baisse du budget de la culture était une erreur ».

Ces chiffres ne font donc pas mystère d’une pérennité d’un « Etat culturel » pour de nombreuses années. Néanmoins, le recours au privé est de plus en plus fréquent et répond à nécessité de réaliser des projets de plus grande envergure, les baisses ou les stagnations passées du budget culturel ainsi qu’à une diversification des sources de financement.

Le recours au financement privé ne fait pas tout

C’est un fait : les grandes institutions culturelles se tournent de plus en plus vers les investisseurs privés. On peut citer l’exemple des opérations d’appel au mécénat du Louvre afin d’acquérir certaines oeuvres, des opérations qui ont d’ailleurs toujours été couronnées de succès. Si le mécénat va de soi, certains groupes d’opinion voudraient aller beaucoup plus loin qu’un simple recours au financement privé. Le Think-Tank très libéral l’IFRAP pointait déjà du doigt en 2004 le focus trop important sur l’artistique et les interventions spectaculaires (pour « l’image »), au détriment de la rentabilité financière et de la production intellectuelle de long-terme.

Mécénat Culturel

Une campagne pour le mécénat

Jack Lang, invité de l’émission « Place aux Idées » sur LCP récemment, a expliqué que ces recours au financement privé marchent pour de grandes organisations comme le Musée d’Orsay ou l’Institut du Monde Arabe, mais les petits opérateurs ont bien plus de mal à attirer l’intérêt des acteurs privés. Ils préfèrent par exemple miser sur des musées à la visibilité très importante. Un désengagement de l’Etat conduirait donc à une destruction du tissu culturel français, notamment au niveau local. Néanmoins, les institutions ont tout intérêt à chercher de nouvelles ressources dans le secteur privé afin de limiter le tarissement des subventions publiques et les gaspillages.

Défendre « l’exception française »

Le ministère de la Culture et de la Communication a aussi pour objectif de défendre la fameuse « exception française », expression sans doute un peu trop chauvine. Cela passe par des politiques publiques spécifiques dont la plus connue est celle du CNC (centre national du cinéma et de l’image animée), qui offre des subventions au monde du cinéma.

Centre national du cinéma

Les récents succès du cinéma français

On peut aussi citer les actions en faveur de la protection du patrimoine, la direction générale de la création artistique (l’opérateur de la fête de la musique), etc. Bref, toute une palette d’actions visant à promouvoir la culture française qui auraient du mal à trouver des équivalents par le financement privé.

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