Faute d’Amour : le choc esthétique et éthique de Cannes 2017 !


Apprenez à prononcer son nom, Andrei Zvyagintsev est en passe de devenir l’un des plus grands réalisateurs du début du XXIe siècle ! Le maître du cinéma russe contemporain offre aux spectateurs une œuvre puissante et déconcertante.

Alyosha, 12 ans, est le fruit de l’amour de Boris et Zhenya. Mais ça, c’était avant. Aujourd’hui, le couple se déchire. Quand l’un est en couple avec une jeune femme qu’il a déjà mise enceinte, l’autre flirte avec un homme plus âgé et plus riche. Boris se préoccupe de l’incompatibilité morale d’un divorce au sein d’une entreprise rigide. Zhenya continue de séduire Anton quitte à se soumettre. Au milieu de ce couple détruit, Alyosha n’a plus d’importance aux yeux de ses parents. Ils n’en veulent d’ailleurs pas la garde.

Un matin, Alyosha s’enfuit, et plus personne ne le reverra. Disparition constatée trop tard, les parents – à l’aide de bénévoles et de la police – vont parcourir un long chemin, à la recherche de leur fils.

Cet ultime chemin, comme une quête d’un amour perdu, une recherche d’un être qui avait cessé d’exister pour ses parents. Faute d’amour, c’est la tragédie de deux parents qui ont cessé de remplir la promesse d’être père et mère ; et qui dans une dernière lutte tenteront de se racheter. Le film est sans espoir : c’est l’écrasante victoire de l’individualisme. Chacun des parents cherche son propre bonheur. La société d’aujourd’hui, le monde de l’entreprise, la richesse matérielle, la convoitise…tout converge vers l’égoïsme. Mais dans un monde gris, la lumière peut surgir : un groupe de bénévole, un arbre qui retient un ruban… et Alyosha. Cet enfant, symbole d’un être encore pur et non encore corrompu par le mal, représente l’espoir du film. S’il refuse le non-amour, l’indifférence, même au risque de perdre sa vie, c’est que l’humanité a encore cette petite lueur d’espoir.

faute d'amour film

Parlons maintenant de la forme. Mise en scène rigoureuse, elle paraît parfois glaciale mais ne condamne aucun des personnages – même les parents indignes. Comme dans ses précédents films (Leviathan, Elena), la lumière est magnifique et les acteurs impeccables. Le scénario ne laisse aucun personnage sur la touche, même les rôles secondaires sont intéressants et peu caricaturaux. Les scènes d’ouverture et de clôture du film sont filmées avec grâce et virtuosité. Mais, si nous ne devions retenir qu’une unique scène, c’est celle d’une dispute des parents dans leur appartement, le petit Alyosha pleurant à cause de leur désamour derrière la porte de la salle de bain…

Nous ne pouvons vous en dire plus : allez voir « Faute d’amour » !

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