La Fille de Brest d’Emmanuelle Bercot


« Ils ne sont grands que parce que nous sommes à genoux. »

Cette affirmation d’Etienne de la Boétie, écrivain humaniste du XVIe siècle, Irène Frachon semble l’avoir faite sienne. Février 2007, cette pneumologue brestoise est dévastée par la vision de ses patients mourants. Ceux-ci contractent des maladies cardiaques dont elle est persuadée qu’il n’y a qu’un seul responsable : le Mediator.

Pour s’en convaincre, elle est prête à tout. Ainsi, alors qu’elle n’est pas spécialiste en cardiologie, elle prend le taureau par les cornes et mobilise une petite équipe de chercheurs brestois autour de sa cause pour évaluer, puis prouver la nocivité du Mediator. Evidemment, la route est semée d’embûches, au premier rang desquelles la puissance du laboratoire Servier, bien décidé à étouffer dans l’œuf la polémique lancée par ces petits provinciaux ridicules. Elle rencontre la même hostilité chez les autorités sanitaires, notamment l’Afssaps dont l’indépendance de jugement apparait largement théorique. Par-dessus tout, il apparait impossible pour le monde médical que la nocivité de ce médicament soit finalement avérée alors que personne ne s’est aperçu de rien au cours de trente ans de prescriptions !

Cette histoire, c’est donc un peu David contre Goliath ? Eh bien pas exactement, car Irène n’est pas seule à se battre contre Servier et c’est là que réside la puissance de l’histoire. On ne sombre jamais dans l’héroïsme hollywoodien où « SuperIrène » sauve le monde. Sans son équipe de chercheurs, sans la journaliste du Figaro qui accepte de la rencontrer, sans l’éditeur de la librairie Dialogues à Brest qui accepte de la publier, sans le concours fortuit d’une taupe à la Sécu – « le Père Noël » comme elle l’appelle – , sans sa famille et son mari compréhensifs, sans l’aide d’une thésarde en pharma, Irène n’aurait pas été bien loin dans son combat.

A lire aussi :  Taj Mahal: un quasi huis clos réussi

En ce qui concerne le casting, Emmanuelle Bercot joue la carte de l’originalité. Elle s’appuie sur l’actrice danoise, Sidse Babett Knudsen, connue pour son rôle dans la série Borgen, dont on craint au début du film que son accent ne nous obsède à chaque phrase. Il est finalement vite oublié tant l’ultraexpressivité de l’actrice est émouvante. Rien qu’en se rappelant l’entendre énoncer lentement le nom des victimes du Mediator au JT d’Elise Lucet, on en a encore les yeux humides. D’autre part, un Benoît Magimel à contre-emploi dans le rôle du chercheur écrasé sous la pression de Servier remplit à merveille le rôle de l’homme tiraillé entre la bonne cause et sa carrière.

La fille de Brest film

Avec son message d’espérance, avec l’idée qu’il est possible de se révolter, de refuser le statu quo au nom d’un but supérieur – la santé du patient – ce film dégage une force implacable et salutaire par les temps qui courent. Dans un monde en perte de repères, il fait chaud au cœur de constater que certains gardent le cap. Et on n’est pas étonné que ce soit une brestoise à la manœuvre !

1 comment

Add yours

+ Leave a Comment