Gomorra, la série italienne qui fait mieux que Game of Thrones – Cinéma et Politique #10


A l’occasion de notre 10e et dernière critique Cinéma et Politique, nous revenons sur LA série italienne qui a marqué 2016, en faisant plus d’audience dans la Péninsule que Game of Thrones. Un peu à l’instar de l’élection présidentielle qui vient de se terminer en France, Gomorra met en scène une lutte incessante et machiavélique pour le Pouvoir. Cette réalisation de Roberto Saviano, véritable icône en Italie depuis la parution de son livre du même nom et pour lequel il fait l’objet d’une protection rapprochée par la police, n’a en rien volé son succès. Intrigue fouillée mais rythmée, personnages complexes et crédibles, esthétique folle, la série coche décidément toutes les cases.

 Nous voici donc à Naples, en Italie. Les bandes errent dans des quartiers aux bâtiments délabrés. Les barres d’immeubles pyramidales décrépies de Scampia nous rappellent le clip le Monde ou rien de PNL. Cirro, un jeune trentenaire chauve invective ses comparses dans le patois napolitain. Il s’agit d’écouler la drogue sans vague, le plus efficacement possible. Il reste sur ses gardes au cas où la police ou un gang rival auraient la mauvaise idée de faire une petite visite surprise. D’autant plus que le chef du clan Savastano, Don Pietro ne brille pas par sa finesse ces derniers temps, mécontentant tout Naples. Une nouvelle ère apparaît, et tout le monde veut sa part du gâteau. Un jeu à trois s’instaure entre Donna Imma, son fils Genna et Cirro, marqué par les manigances, les frustrations, les regards obliques.

Au sein du clan Savastano, les styles sont différents : ainsi, quand elle se retrouve temporairement en situation de décider, la mère de Genna s’efforce d’incarner le rôle social du malfrat, que le père Savastano ne remplissait plus, croyant pouvoir régner seulement par la violence et la virilité. Elle paie un nouveau cierge pour le quartier, donne des emplois aux désœuvrés, fait la paix avec ses ennemis tout en restant très ferme quand il le faut. Elle comprend que dealer c’est d’abord faire du business, et pour que le business marche, il faut de l’ordre et de la sérénité. Genna et Ciro quant à eux, sont moins fins dans leurs manigances, préférant régler les problèmes à la manière forte. Et les morts pleuvent.

Avec Gomorra, on comprend ainsi que lorsqu’on s’attaque à un clan, c’est un peu comme si on s’attaquait à la famille d’un autre. L’occasion de revenir sur la nature des liens familiaux en Italie, où la tradition religieuse pèse de tout son poids. Le frère est déifié, à l’image de ce que représente Ciro pour Daniè – un jeune réparateur de scooter. Et puis il y a la mère de Conte, chérie comme jamais par son fils qui lui voue une tendresse illimitée, laquelle va se reconvertir en soif de vengeance quand les Savastano vont s’attaquer à elle.

Conte ajoute d’ailleurs à la remarquable complexité des personnages de la série. Calme, intelligent et violent, il dégage un mélange de classe et de vulgarité très atypique, faisant de lui l’un des plus fascinant protagonistes de la série.

La fin de la saison 1 met en scène l’arrivée de la relève prenant le pouvoir aux vieux. Mais la transition est compliquée. Genna, en quête de légitimité, sur-prouve constamment, surtout depuis qu’il est revenu d’Amérique centrale. Il peine à asseoir son pouvoir, gérant mal l’équilibre entre l’usage du bâton et de la carotte. Une vraie leçon de machiavélisme.

L’esthétique de la série n’est quant à elle pas en reste avec un décor et des personnages chaotiques mais presque somptueux de dureté, où l’on en vient presque à aimer ces barres d’immeubles, ces gueules fermées, ces joggings troués. L’enrobage musical, entre rap et électro, est du même acabit à l’image de son morceau phare, trafique et magnifique, relayant un message d’éternité. A l’image de la mafia en Italie ?

La troisième saison de ce monde gris sans gentil ni méchant sera diffusée dans les prochains mois.

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