Good Bye, Lenin! : allégorie d’une transition politique brusque et déconcertante – Cinéma et Politique #9


Octobre 1989, nous sommes à Berlin-Est. Des manifestants défilent pour revendiquer le droit de libre circulation entre l’Est et l’Ouest. Alexander fait partie de la foule. La répression ne tarde pas, les policiers rouent de coups ces trouble-fêtes insoumis. Au milieu de la cohue, Christiane Kerner, la mère d’Alexander, fervente idéaliste du système communiste est comme pétrifiée par tant de violence policière. Alors, quand elle voit son fils se faire embarquer par deux gorilles, elle fait inévitablement un infarctus. Quand elle se réveille miraculeusement de son coma, huit mois après, les choses ont radicalement changé. Il n’y a plus d’Est et d’Ouest et la réunification est en cours. Mais pour Alexander, hors de question de le dire à sa mère. Le choc pourrait cette fois lui être définitivement fatal.

Alors comment expliquer à sa mère que sa fille travaille désormais en tant que « serveuse » chez Burger King, répétant à longueur de journée des formules insipides et abrutissantes ? Comment lui expliquer la raison pour laquelle une gigantesque affiche « Coca Cola » trône désormais sur la façade de l’immeuble en face de sa fenêtre ? Comment expliquer tout simplement que le monde dans lequel elle vivait et auquel elle croyait s’en est allé pour toujours ? C’est impossible. Une fois qu’elle sera revenue à la maison, il va falloir lui mentir et reconstituer l’environnement de Christiane à l’identique. Alexander se rend alors compte de l’incroyable difficulté de la tâche, compte tenu des changements majeurs notamment dans les habitudes de consommation, intervenus depuis la chute du Mur. Mais la comédie marche plutôt bien.

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Jusqu’à ce que sa mère sorte à l’improviste de sa chambre pour aller marcher dehors. Elle se retrouve alors dans un monde qu’elle ne reconnait plus. Bouche bée, sans voix, incompréhension totale. Son fils la rattrape finalement et parvient à sauver les apparences.

good bye lenin film

Cette mise en scène de la vie de la famille Kerner, c’est l’allégorie de ce qu’ont vécu des millions d’Allemands de la R.D.A après la chute du Mur, forcés d’adopter à toute vitesse le nouveau modèle capitaliste. A la fois contents de voir s’abattre le symbole de l’échec du communisme, mais en même temps un peu nostalgiques d’un certain état d’esprit, d’entraide et de solidarité.

Un état d’esprit que la mère d’Alexander idéalisait, et qui n’a probablement pourtant jamais existé à grande échelle au sein de l’URSS. D’ailleurs, la famille Kerner en a elle-même fait les frais, divisée par le Mur construit par les Soviétiques. Mais la convalescence de Christiane va permettre de réécrire l’histoire et de redonner une dignité à la RDA, à travers des reportages télé fictifs où un ami d’Alexander représente un Est attractif, véritable terre d’accueil pour des hordes de jeunes fuyant le capitalisme aseptisé. L’Est est ainsi représenté comme accueillant, hospitalier et humain, pour le plus grand bonheur de la mère d’Alexander et de son fils, si heureux de pouvoir réaliser le rêve de sa mère. On en finit même par se demander qui est le plus heureux des deux, et si la mère est dupe de la fiction inventée par son fils.

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Good Bye Lenin marie ainsi réflexion historique et récit familial avec un succès indéniable. Touchant !

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