Le Grand jeu – Qui tient les rênes du pouvoir ?


Inspiré de l’histoire vraie de l’affaire dite de «Tarnac », arrestation en 2008 d’une petite communauté d’extrême gauche dans le sud, suspectée d’avoir sabotée plusieurs lignes SNCF ; « le Grand Jeu » de Nicolas Parisier entend éclaircir les zones d’ombres de l’affaire.

Sommes-nous trop lassés pour faire nous-même la révolution ? Le mystérieux personnage de Jacques (André Dussolier) commande à Pierre (Melvil Poulpaud), écrivain à la dérive depuis quinze ans, un pamphlet appelant le peuple à se révolter. Comme il dit, le débat n’est pas créé par les gens eux-mêmes, mais par des petites mains qui mélangent leurs intérêts politiques aux affaires publiques.

Si cet appel est tronqué, il vise à la fois le ministre de l’intérieur contre qui Jacques a une rancune inexpliquée – et jamais rendue explicite – et un groupe d’extrême-gauche composé d’intellectuels reclus à la campagne. Ces derniers ne font pas grand-chose mis à part débattre sur la société, retourner la terre et vénérer leur maître à penser, Louis. Pourtant, ils deviennent les boucs-émissaires du pouvoir alors que l’extrême gauche paraît déjà un vieux souvenir nostalgique.

le grand jeu

La première partie du film nous emmène en effet vers le thriller politique, entre manigances au sein du pouvoir et surveillance douteuse des individus (le Plan d’Urgence ne serait alors que la partie visible d’un iceberg d’un système bien plus systématique de surveillance …). On est fascinés par les petites affaires au sommet de l’Etat et surtout par le discours – le plus pertinent du film – du général sur la réalité de la politique : ni droite, ni gauche, ni journalisme politique, ni élections. Deux visions donc de la politique : ceux qui font, qui crée le débat et l’action et ceux qui choisissent de s’exiler de la ville et de refaire le monde par des discours.

A lire aussi :  Welcome To New-York fait scandale au Festival de Cannes

Et puis tout s’arrête. Il semble que Nicolas Parisier regrette d’être allé trop loin dans les abysses du pouvoir et n’ose pas à la manière de Pierre Schoeller avec L’Exercice de l’Etat nous montrer la politique au quotidien, la politique sale, corrompue mais celle aussi qui nous fascine. André Dussolier s’efface, Melvil Poulpaud se perd et tombe amoureux. Le couple à la marge de la société qu’incarnaient Poulpaud et Dussolier laisse place au couple sentimental Poulpaud-Poésy : on tombe dans une comédie romantique à la française.

C’est dommage car le film ne répond finalement pas aux questions qu’il soulève en se perdant dans les méandres amoureux. Finalement, la révolution n’est qu’une utopie qui servait à rendre plus belle la jeunesse, comme le dit l’ex-femme de Pierre, elle ne parle plus à un peuple endormi, à peine réveillé par le pouvoir lui-même.

+ There are no comments

Add yours