La Grande Bellezza, le chef d’œuvre de Sorrentino – Les artistes à l’écran #1


A l’occasion du lancement d’une nouvelle série d’articles, nous nous pencherons sur la manière dont sont représentés les artistes au cinéma, dont nous donnerons une définition extensive puisque nous inclurons les écrivains, les peintres, les musiciens mais également d’autres professions telles que les philosophes, les designers, les publicitaires éventuellement, etc.

Et nous commençons cette semaine par le chef d’oeuvre de Sorrentino, la Grande Bellezza qui est probablement l’un des meilleurs films vu par la rédaction d’Art Juice depuis un certain temps. Par souci de ne pas vous voler votre plaisir mais au détriment peut-être aussi du fond, nous nous sommes efforcés d’en dire le moins possible dans cette critique. Nous vous renvoyons vers l’excellente critique de Pierre Murat dans Télérama une fois que vous aurez visionné le film. Nous qualifierons donc cet article d’amuse-bouche !

C’est la fête sur les toits de Rome ! Les danseurs apprêtés s’agitent frénétiquement au rythme du tube commercial « Far l’amore » de Bob Sinclar. Tout le gratin romain semble être de la partie. Et pour cause, c’est l’anniversaire de Jep Gambardella, mondain parmi les mondains, dont la présence ou non peut gâcher à elle seule un événement. Jep Gambardella, large sourire se retourne pour faire face à la caméra. Il embrasse presque au hasard une femme de trente ans sa cadette, sous le regard médusé de son ami Romano.

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Mais tout ça est superficiel. Chacun danse sans réellement aimer la musique, en complète représentation pour faire bonne figure devant les autres. On se comporte comme on pense que l’on doit se comporter. « Lenfer, c’est les autres » aurait pu dire Sartre pour résumer la situation. D’ailleurs, ce soir-là, Jep raccompagnera une ravissante jeune femme chez elle. Après le sexe hélas, elle lui propose de regarder des photos d’elle sur Facebook. Ne se sentant plus capable de faire semblant d’aimer faire ça, il file discrètement à l’anglaise. Comme un symbole du monde dans lequel il vit désormais.

la grande bellezza sorrentino

Jep arrive à une période de sa vie où il s’interroge sur le sens de sa vie et sur ce qui lui reste à accomplir. Auteur d’un chef d’œuvre littéraire il y a 40 ans, il n’a plus été capable de produire quoi que ce soit de qualité depuis. Alors, il écrit des articles par ci par là, organise des soirées, des dîners avec ses autres amis artistes où ils refont le monde, se donnent bonne conscience sur leurs actions. Mais sont-ils vraiment artistes au fond? Jep semble en douter de plus en plus. Un soir, lors d’une discussion sur sa terrasse, devant les propos un peu narcissiques et moralisateurs d’une de ces amies, Jep craque et lui dit ses quatre vérités sur la vacuité de son existence. Un autre jour, dans le cadre d’une critique artistique pour le journal d’une de ses amies, il apparaît particulièrement sévère en mettant face à ses contradictions une artiste ridicule qui se donne une contenance qu’elle n’a pas.

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Interprété par Toni Servillo, dont on avait déjà vanté les mérites dans Viva La Liberta, Jep, impressionnant de solitude et de mal-être, est à la recherche de la « Bellezza » dans ce monde faux. Mais la beauté le fuit continument. Il découvre ainsi trente ans plus tard qu’une amoureuse d’enfance n’avait jamais cessé de l’aimer. Quand il demande à lire son journal intime, il apprend que son mari veuf l’a jeté dans le Tibre. Il commence à s’enticher d’une femme extérieure à tout ce tumulte, et celle-ci finit par disparaître aussi vite qu’elle était rentrée dans sa vie. Enfin, le fils d’une amie chère pour qui il a de l’affection se suicide. Une fuite en avant incessante. Jep, d’ordinaire si bon en paraître, pleure à l’enterrement.

Mais finalement, dans cette vie qu’il n’a finalement pas « assez vécue », faite de simulacres et de jeux de rôle se faufilent par instant des éclairs de « bellezza ». L’essentiel est de savoir les saisir. Il suffit d’attendre et de contempler.

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