Happy End : la comédie noire de Michael Haneke


Michael Haneke nous avait habitué à des films torturés et franchement traumatisants. Il change son fusil d’épaule avec « Happy End », qui, s’il contient son lot de personnages névrosés, tient davantage de la comédie noire. Une réussite que nous avons pu voir en avant-première grâce aux Films du Losange.

Direction le Nord de la France et la ville de Calais, régulièrement citée pour son actualité migratoire, où nous retrouvons la famille Laurent issue de la grande bourgeoisie et propriétaire d’une entreprise de BTP. Ses différents membres se réunissent à l’occasion d’une double crise : une surdose de médicaments prise par l’ex-femme de Thomas – Mathieu Kassovitz – et un accident sur un chantier de construction qui pousse Anne – Isabelle Huppert – à reprendre les manettes de l’entreprise familiale laissée à la gestion d’un fils – Franz Rogowski – pas vraiment passionné par l’affaire.

Si les événements peuvent paraître tragiques, les personnages ne s’en émeuvent pas outre-mesure en faisant preuve d’un déconcertant manque d’empathie. Thomas minimise les problèmes de santé de son ex-femme, Anne s’inquiète plus de l’image et de l’avenir de l’entreprise que du sort des ouvriers… Le réalisateur les déshumanise complètement en mettant à leur service une famille marocaine d’employés de maison ou encore en se moquant du mal-être et de l’hypocrisie des personnages lors de l’arrivée impromptue de migrants lors d’une cérémonie de mariage.

Haneke nous plonge ainsi face à de riches blasés et dépressifs. Le patriarche de la famille incarnée par Jean-Louis Trintignant, assurément l’acteur le plus en vue du film avec la jeune Fantine Arduin, songe à se suicider en essayant de convaincre son coiffeur personnel de lui fournir une arme tandis qu’un mystérieux membre de la famille envoie des messages salaces sur les réseaux. Les énigmes sont nombreuses dans cette comédie noire et vous feront assurément rire jaune.

Happy End film

Les échanges sur les réseaux sociaux de Thomas ne sont pas une exception dans Happy End. Michael Haneke a pris un malin plaisir à représenter l’influence de la technologie dans nos rapports sociaux modernes : messageries instantanées, vidéos en live, etc. Ces outils deviennent une opportunité unique pour que les hommes expriment leur « face sombre » sans être inquiétés par le regard de leurs proches, du moins c’est ce qu’ils croient. Entre nouvelles technologies et démons d’une société occidentale jugée trop aseptisée, Happy End est un film assurément moderne qui a du mordant.

Une production des Films du Losange.

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