A Hébron sévit un colonialisme fanatique


Rapide présentation d’Hébron pour comprendre l’article dans sa plénitude :

Hébron est une ville sainte pour les trois grands monothéismes, depuis l’acquisition par Abraham d’une grotte où sera bâti le Tombeau Des Patriarches. Dans une moindre mesure que Jérusalem, Hébron concentre les convoitises.

Après le guerre de 1948, l’Etat palestinien prévu par le plan de partition de l’ONU ne voit pas le jour. La ville d’Hébron initialement prévue pour être palestinienne devient finalement jordanienne. Les Juifs sont alors interdits de passage en Cisjordanie, en particulier dans les lieux saints. Sauf qu’après la guerre des Six-Jours, l’administration de la région passe sous contrôle israélien. Les sionistes installent dès lors petit à petit plusieurs colonies à proximité d’Hébron puis au sein même de son centre-ville qui passe sous le giron israélien. S’ensuit un nombre incalculable d’échauffourées entre Juifs et Musulmans qui avant 1948, vivaient pourtant en harmonie. Devant les restrictions de toutes sortes surtout pendant la Seconde Intifafa en 2002 (couvre-feu très strict, restrictions de mouvement, etc), nombre de palestiniens désertent la vieille ville.

Hébron est l’endroit où ont été enlevés les 3 colons israéliens en juin dernier.

NB: Sur l’enlèvement de ces colons, les versions diffèrent toujours, il faut dire que la guerre a détourné les esprits vers d’autres préoccupations. Les Israéliens accusent le Hamas et profitent de cette « aubaine » pour lancer l’opération « Bordure Protectrice ». D’autres comme un journaliste allemand, Christian Sievers, font porter la responsabilité du crime à un Israélien dans le cadre d’un règlement de compte économique. Sievers indique que le Shin Bet a pu enregistrer des appels passés par un des colons durant sa séquestration, disculpant totalement d’éventuels ravisseurs palestiniens. Cette information n’aurait pas été révélée sur les ordres de Netanyahou pour servir de prétexte à la guerre.

Je suis personnellement indécis sur cette affaire. Je n’ai pas lu le rapport Sievers, mais je me demande comment il peut être en mesure de connaitre l’existence de ces appels téléphoniques. Mais d’autre part, je trouve très étrange que le chef du Mossad, une semaine avant l’enlèvement des colons ne fasse cette déclaration troublante: « Que ferez-vous si dans une semaine, trois adolescentes de 14 ans sont kidnappées dans une de nos colonies ? » Etait-il au courant de ce qui allait se passer? Bizarre bizarre en tout cas. (http://www.voltairenet.org/article184675.html)

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Conflit entre Sionistes et Palestiniens

Je me suis rendu à cet endroit à Hébron. Le bâtiment s’appelle Beit Hadassa, il est situé en plein coeur de la vieille ville. Avant 1917 et l’arrivée des Britanniques et des sionistes, Ashem un gars qui me fait visiter la ville, m’informe que dans ce bâtiment vivait une famille juive ainsi qu’une famille musulmane qui s’entraidaient et vivaient en harmonie. Dans les années 20, des sionistes armés vinrent à Hébron, près de ce bâtiment pour tuer les juifs à l’intérieur. Dans la description d’Ashem, je ne me rappelle plus trop pourquoi. Je ne sais plus si c’est pour punir les traîtres juifs qui vivent avec les Palestiniens, ou si c’est pour accuser les Palestiniens du meurtre par la suite. Toujours est-il que selon Ashem, Juifs et Musulmans palestiniens se battirent alors ensemble contre les sionistes.

Ce qu’Ashem voulait sans doute m’expliquer à travers cet exemple (je suis désolé d’avance pour son manque de clarté), c’est que le conflit israélo-palestinien n’est pas un conflit religieux. D’ailleurs, de tous les Palestiniens que j’ai rencontrés, je n’ai pas vu un seul antisémite, tous étaient par contre anti-sionistes. Même si, chers lecteurs avisés, je suis certain que vous êtes très au fait de la différence entre les deux termes, je préfère quand même rappeler leurs définitions respectives car l’amalgame fait le jeu des sionistes qui accusent régulièrement les anti-sionistes d’être antisémites, alors que ce sont deux choses radicalement différentes.

L’antisémitisme, tout simplement, c’est la haine des juifs. L’anti-sionisme, c’est le rejet du projet politique de Théodore Herzl, repris par David Ben Gourion (premier 1er ministre de l’Etat d’Israël) et tous les autres qui ont suivi. Partant du principe que les juifs en diaspora seraient partout et toujours en minorité dans le monde, le projet des sionistes était de construire un Etat exclusivement juif dans lequel les Juifs seraient enfin en sécurité. Je peux comprendre les raisons qui ont poussé les intellectuels sionistes à porter le projet, les nombreux pogroms anti-juifs tout au long du XIXe et XXe siècle partout en Europe et surtout la Shoah témoignent en effet du climat antisémite de l’époque. Cependant, je ne pourrai jamais accepter la pertinence d’un Etat fondamentalement juif, donc par définition raciste envers toutes les autres religions, peuples.

NB: (D’ailleurs le peuple juif existe-t-il? http://www.monde-diplomatique.fr/2008/08/SAND/16205)

De plus, je l’ai déjà mentionné, le sionisme a tout de même conduit à expulser de force des populations entières de leurs terres sans leur accorder de droit au retour depuis 1948. Les sionistes continuent d’ailleurs de le faire avec la colonisation à Hébron par exemple, où le centre-ville a été interdit aux Palestiniens (sauf pour ceux qui y habitent toujours mais qui font chaque jour l’objet de menaces de la part des colons). Rappelons que cela fait plus de 60 ans que la colonisation israélienne est condamnée par les Nations Unies qui pourtant ne réagissent toujours pas.

NB: Malgré leur hypocrisie, j’ai tout de même pu constater l’utilité de la présence des Nations Unies à Dheisheh. L’ONU loue les terres du camp de réfugiés depuis 48 et sans ses écoles beaucoup d’enfants n’auraient pas accès à une éducation de base.

Bon, je sors de mon ellipse narrative pour revenir à mon expérience à Hébron.

Visite d’Hébron

Pour aller rencontrer Ashem dans la vieille ville d’Hébron, il faut passer un check-point, les soldats israéliens en face de moi sont très jeunes (18 ans je pense). Ashem arrive à notre rencontre. C’est le moment pour moi de le présenter un peu. Ashem a la cinquantaine, il est grand et maigre. C’est un pote de Naji, très à gauche politiquement (même si plutôt conservateur au niveau des moeurs; je sais, c’est paradoxal mais c’est la Palestine!), c’est un militant activiste palestinien, prophète de la non-violence (je ne sais pas comment il fait d’ailleurs). Il est le président d’une association dans la vieille ville et c’est d’ailleurs ce qui a conduit les Israéliens à l’empêcher de sortir de la ville. Ou plutôt s’il sort de la vieille ville, il ne pourra plus re-rentrer. Il est donc prisonnier dans quelques kilomètres carrés de terres. Il a perdu son travail comme la majeure partie des personnes restées dans le centre-ville occupé d’Hébron. Sa famille fait comme elle peut pour survivre.

Lire  Un Bordel ordonné

On se balade dans la vieille ville fantomatique où les magasins ont dû fermer. En effet, la clientèle est venue à manquer en raison des check-points installés aux extrémités de la vieille ville empêchant les Palestiniens de venir acheter les produits des boutiques. Pendant que nous marchons, des marchands ambulants viennent nous aborder pour nous vendre des petites bricoles. Du coup, après les déclarations d’Ashem sur la situation d’Hébron, je suis vraiment en condition pour acheter un truc au gars. Je prends un porte-clé Andallah au type pour 10 shekels (un peu plus de 2 euros); Ashem me dira après qu’il pense que ces marchands sont corrompus avec les Israéliens. Je suis un peu énervé qu’il ne me l’ait pas dit avant, auquel cas je n’aurais rien acheté.

On peut voir par moments sur les murs des inscriptions comme « Gas the Arabs », et des vitres de maisons palestiniennes cassées par des pierres. Ashem nous désigne des traits de peinture de couleur différente de celle des maisons. Il explique que ce sont les autorités israéliennes qui, après que les internationaux ont pris les photos des tags, ont passé des coups de peinture pour effacer les traces et éviter que la communauté internationale ne prenne en grippe Israël et sa politique de colonisation. Ashem nous montre une photo déchirée d’un rabbin avec du texte à côté. Il nous explique que le texte est à la destination des jeunes colons. Selon Ashem, il est écrit quelque chose comme « Ne perds pas ton temps à boire, à draguer des filles, à lire des livres, emploie toi à tuer des jeunes arabes si tu veux que ton peuple gagne la guerre. » Malheureusement, pas moyen de vérifier s’il dit vrai.

On arrive à proximité d’un escalier. On ne peut pas aller plus loin car après, c’est la colonie. Un jeune soldat garde l’entrée. Ashem nous explique (en anglais) sereinement devant lui les atrocités commises par l’armée et les colons. Le soldat doit très bien comprendre mais il ne réagit pas. C’est une situation étrange du coup. C’est comme si vous critiquiez ouvertement vos gardiens de prison à deux pas d’eux sans craindre de représailles. Mais Ashem nous dit que de toute façon, au point où il en est, il n’a plus rien à perdre. On va un peu plus loin près d’une école palestinienne, Ashem nous montre des traces de feu. Il explique que les colons ont voulu détruire l’école il y a quelques années.

C’est la sortie de l’école quand on fait demi-tour pour se diriger vers la maison d’Ashem. Sur le chemin, on peut voir les enfants rire et s’amuser, ça me fait du bien de me dire qu’ils arrivent à passer du bon temps malgré les abominables conditions de vie dans lesquelles ils vivent. Des internationaux d’une ONG chrétienne se postent à plusieurs coins de la ville pour surveiller la sortie de l’école, ils veulent s’assurer que les enfants palestiniens ne fassent pas l’objet d’attaques orchestrées par les colons. Aujourd’hui tout se passe bien en tout cas. On remonte vers la maison d’Ashem, Emilien m’explique que la dernière fois qu’il est venu, un soldat israélien avait voulu empêcher Ashem de rentrer chez lui car sa maison borde la colonie israélienne. Cette fois « tout va bien ». On arrive dans un petit chemin, il nous montre ses arbres, les fruits sont tous morts, les arbres sont malades, empoisonnés par les colons nous dit-il.

A ce stade, je rappelle que les colons appartiennent souvent à la branche des sionistes d’extrême droite, très religieux, très racistes, fanatiques. A Hébron, il n’existe pas de colonisation pour des raisons économiques (Israël attribue des terres à bas prix dans les colonies pour inciter à la colonisation mais ici à Hébron, c’est si tendu que seuls les fanatiques viennent, pas les pauvres). Pour venir habiter dans une colonie à Hébron, il faut vraiment le faire dans un état d’esprit de conquête sinon ce n’est pas vivable, donc seuls les plus chtarbés viennent.

Ensuite, il nous indique le chemin de sa maison. Il y a des pierres partout dans son allée, Ashem nous explique que la veille, sa famille et lui-même ont été pris pour cible. Emilien m’explique que c’est la première fois (il est déjà venu 3 fois) qu’Ashem le lui dit, donc on en déduit qu’il ne ment pas. Dans cette allée, les colons ont déjà menacé et tapé Ashem à coups de batte. Sa femme enceinte a fait deux fausses couches à causes des coups reçus par les colons. Ashem continue en nous affirmant qu’on lui a proposé des millions et une autre femme pour qu’il quitte sa maison. Chaque fois, il a refusé. J’admire sa détermination, dans sa situation je pense que j’aurais pris l’argent… Il faudrait que vous voyez dans quelle atmosphère hostile est-ce qu’ils vivent lui et sa famille. D’ailleurs, soudain, Ashem fait 2 pas en arrière, apeuré, un colon est apparu à la fenêtre de sa maison en hauteur. Voyant sa réaction, la peur nous gagne également. On rentre dans sa maison par l’autre côté. On découvre des impacts de balles un peu partout sur les murs, je comprends définitivement que ce que nous raconte ce Palestinien, ce ne sont pas des cracks. On rencontre ses enfants, qu’il a initié à l’esprit de résistance. Je suis pensif. Je me dis que peut-être qu’ils devraient partir et vivre ailleurs au lieu de gâcher leur vie ici, pour éviter de se faire humilier par des fanatiques religieux ici. Mais pour Ashem, la fierté, la défense de sa terre passent avant tout.

Il nous montre aussi plusieurs vidéos:

Sur celle-ci, on peut voir Ashem. C’est lui qui cueille ses olives. Cela date car c’était avant que les colons n’empoisonnent ses arbres. Ashem nous explique que la femme horrible qui victimise les colons juifs à la fin de la vidéo ment de façon éhontée sur la mort de son père car… celui-ci est tranquillement installé dans son canapé au moment où elle parlait. Atroce…

Lire  Bordélique Palestine

On peut voir que les colons ont tous une Torah à la main dans la rue, les types croient vraiment en Dieu quoi.

Sur celle-ci, on peut voir une attaque des jeunes colons fanatisés à l’encontre des Palestiniens. ça me touche d’autant plus que je me suis rendu dans cet endroit. Molester des enfants innocents… c’est vraiment horrible!

 

Sur cette vidéo, on peut voir une femme en rouge qui surveille la sortie de l’école des enfants palestiniens à côté des colons. Comme d’habitude, les colons traitent les internationaux de Nazis… On ne commentera pas la bêtise de ce genre d’affirmations sans fondement.

Settlers around Palestinian children

Sur la vidéo suivante, on peut voir une sioniste traiter de « pute » une palestinienne (« Shalmotta »)

 

La colonisation messianique et fanatique existe donc toujours au XXIe siècle

Aux 19e et 20e, outre leur volonté de dominer le monde, les Grandes Puissances européennes telles que la France et la Grande Bretagne justifiaient la colonisation par un devoir civilisationnel. Les messianistes occidentaux voulaient « éduquer les barbares ». Aujourd’hui, en Cisjordanie, et particulièrement à Hébron où je me suis rendu, on retrouve quelques facettes de cette pensée d’autrefois:

  • Tout d’abord, il existe chez les colons d’Hébron une véritable conviction de la supériorité de la civilisation occidentale par rapport aux « masses arabes agressives islamistes » (alors que je rencontre Palestiniens athées – assez peu proportionnellement à la population il est vrai). On constate ce sentiment avec plusieurs indices: d’abord, un truc tout concret, la façon dont les colons regardent les habitants de la vieille ville à Hébron, c’est juste de la condescendance tout à fait assumée. Le type avec qui j’avais parlé près de Tibériade était de ce genre aussi. « Je suis fier d’être juif et les Arabes sont mauvais par essence ». C’est très huntigtonnien (cf S. Huntington, Le Choc des Civilisations).
  • Ensuite, comme jadis les puissances coloniales, Israël emploie la force pour imposer sa loi, sa culture sur un territoire qui n’est historiquement pas le sien. Israël enferme les opposants politiques, retourne les Palestiniens les uns contre les autres avec des avantages donnés à certains d’entre eux, utilise des espions (appelés ici « Jéssusse »), diviser pour mieux régner en soit.
  • Enfin évidemment, de la même façon que les puissances coloniales du 19e et 20e, le facteur religieux intervient dans le processus car pour les Juifs, cette terre leur revient de droit. (ce qui n’est d’ailleurs pas évident pour tous les Juifs; http://salon-litteraire.com/fr/flammarion/review/1806459-comment-la-terre-d-israel-fut-inventee-shlomo-sand-persiste-et-signe); là quand même il y a une différence avec les puissances coloniales qui elles voulaient convertir les barbares, ici ce n’est pas la visée. Et quand des Musulmans perdent des pédales et souhaitent instaurer un Etat islamique au Moyen-Orient, très justement tout le monde s’en inquiète. Par contre, quand des Juifs extrémistes perdent les pédales, molestent des enfants, expulsent des gens de chez eux, perpétuent la colonisation, une pratique que je croyais personnellement « révolue » depuis la 2e moitié du 20e, la communauté internationale ne cille pas. Toutes les interprétations religieuses extrémistes sont nécessairement mauvaises, TOUTES, pas seulement la religion musulmane. Mais cela, tout le monde ne semble pas l’avoir intégré.
  • Ce qui est encore pire dans la colonisation actuelle, c’est que le dominant se présente comme la victime. Sur les différentes vidéos, il traite les Palestiniens et les internationaux de Nazis, alors que les Palestiniens n’ont rien à voir avec la Shoah. Avec le génocide juif, les Israéliens bénéficient d’un crédit moral inépuisable (http://www.contretemps.eu/interventions/j%C3%A9nine-chroniques-dun-crime-detat) grâce auquel ils peuvent accomplir toutes les atrocités qu’ils jugent nécessaires sans recevoir de critiques du monde occidental qui se sent toujours coupable vis-à-vis du judéocide.

Israël ne veut pas la paix

Quand j’étais dans le camp de Dheisheh, lorsque la paix a été annoncée, tout le camp était en liesse comme je l’ai décrit précédemment ici (http://artjuice.net/escapade-jerusalem/). En revanche, quand les Israéliens ont appris que les négociations avaient abouti à la paix, la côte de popularité de B. Netanyahou est descendue en flèche (http://www.jolpress.com/israel-benyamin-netanyahou-chute-sondages-guerre-gaza-hamas-bordure-protectrice-article-827751.html).  La « victime israélienne » était mécontente que le massacre stoppe.

En réalité, Israël ne souhaite pas la paix, la guerre est ce qui leur permet d’unifier leur société autour d’un nationalisme toujours grandissant appuyé d’un racisme anti-arabe assumé (que je ne soupçonnait vraiment pas de cet ampleur avant d’y être confronté). Dans la période précédent la guerre de 14-18, les différents Etats-Nations européens boostaient le sentiment nationaliste pour unir leur population contre les ennemis. Cela leur permettait en outre de contenir le mécontentement des ouvriers en l’orientant contre les Allemands (dans le cas de la France ici). Pour lutter contre des inégalités qui deviennent de plus en plus criantes, Israël dope le sentiment nationaliste permettant d’unifier sa population contre un ennemi commun: les « Arabes ». (http://www.slate.fr/story/42231/economie-israelienne-va-bien-pas-la-population). Et pour l’instant, « ça marche ».

Il serait temps que le monde se réveille et comprenne que si les Palestiniens se battent et utilisent la voie des armes, d’une part, c’est plus de la résistance à l’oppression que de la violence, mais c’est d’autre part aussi parce qu’ils ne voient plus très bien quelles autres alternatives se présentent à eux.
Je m’explique: En Palestine, les Israéliens ont construit des checks-point partout autour de la Cisjordanie et de Gaza. Les Gazaouis ne peuvent même pas sortir de chez eux, car il n’y a plus d’aéroport, ils ont de sévères restrictions en termes de pêche et ils n’ont pas le droit de rentrer sur les territoires israéliens. Quant aux habitants de la Cisjordanie, ce n’est pas beaucoup mieux, leur territoire est parsemé de colonies et donc de check-points. Leur liberté de mouvement est largement bafouée. Pour avoir patienté moi-même des heures au checkpoint de « Qalandia » entre Ramallah et Jérusalem, je peux le confirmer et c’est quelque chose de très désagréable (alors qu’en tant que Français j’ai de nombreux droits dont ne disposent pas les Palestiniens). Leur seul moyen d’aller à l’étranger, c’est par la Jordanie, et une fois encore, la frontière est contrôlée par des Israéliens, qui ne les laissent pas nécessairement passer s’ils ne veulent pas. C’est très arbitraire. La Palestine est une prison à ciel ouvert. Et les négociations entre le Fatah et Israël n’ont jamais permis d’arrêter la colonisation ou de permettre à certains Palestiniens de retourner visiter la terre sur laquelle ils sont nés, ou d’aller à la plage, ou d’arrêter les expulsions de Palestiniens de Jérusalem. Un jour, une Palestinienne m’a dit (je l’ai déjà dit mais je le répète): « Qu’est-ce que le monde croit? Que nous sommes des bandits assoiffés de sang, que nous aimons voir nos enfants, nos proches mourir, etc. Nous nous battons parce que nous n’avons pas le choix, parce que ce que nous vivons n’est pas une vie. »

Lire  4e et 5e jour : expédition à Ramallah

Plus que jamais, même si c’est impossible de se mettre à la place des Palestiniens, on peut par hypothèse théorique essayer de se demander: « Et si j’étais Palestinien (un être humain comme les autres donc), comment est-ce que je réagirais? Et si on prenait possession de la Place des Lices (Rennes) en m’empêchant d’y aller et en virant tous mes potes rennais qui y habitaient au nom de la religion, qu’est-ce que je ferais? (Je ne pourrais plus aller au Délicat avec Jay….) Et si, un de mes meilleurs amis mourrait dans une des manifestations juste en face de moi et que je recevais son propre sang sur moi, mais qu’est-ce que je penserais?? » (c’est le cas de Naba) Eh bien franchement, je ne sais pas si j’arriverais à rester modéré.

NB: Le dernier exemple (Naba) n’est pas un fait divers, à Dheisheh, de nombreux Palestiniens ont perdu des proches dans les manifestations.

Ma mère lisant ces lignes me met en garde, elle trouve que mon argumentaire ressemble à celui du FN pour justifier la violence: « Et si votre fils se faisait assassiner par un malade mental dans les banlieues, que feriez-vous? » Je me suis donc mal exprimé.
En France, nous sommes dans un Etat de droit, c’est-à-dire que si nous rencontrons un problème avec l’Etat ou avec un autre citoyen, nous avons une chance non négligeable de faire entendre nos revendications devant un tribunal et d’obtenir gain de cause. Même si le système judiciaire français n’est sûrement pas parfait, il reste beaucoup plus juste à mon sens que le système judiciaire israélien envers les Palestiniens.

Israël, un Etat de non-droit pour les Palestiniens

Je reprends la définition de l’Etat de droit donnée par vie-publique.fr:

L’État de droit peut se définir comme un système institutionnel dans lequel la puissance publique est soumise au droit. Cette notion, d’origine allemande (Rechtsstaat), a été redéfinie au début du vingtième siècle par le juriste autrichien Hans Kelsen, comme un État dans lequel les normes juridiques sont hiérarchisées de telle sorte que sa puissance s’en trouve limitée. L’Etat de droit repose sur 3 grands principes nécessaires aux conditions d’existence d’un Etat de droit:

  • Le Respect de la Hiérarchie des Normes; il consacre la constitution au sommet de l’ensemble de la pyramide des normes et s’impose à toutes les personnes juridiques. Ainsi, l’Etat, pas plus qu’un particulier ne peut enfreindre le principe de légalité.
  • L’égalité des Sujets de droit: L’Etat de droit implique en effet que tout individu, toute organisation, puissent contester l’application d’une norme juridique, dès lors que celle-ci n’est pas conforme à une norme supérieure. L’État est considéré comme une personne morale (qui jouit donc de la personnalité juridique) : ses décisions sont ainsi soumises au respect du principe de légalité. Ce principe permet d’encadrer l’action de la puissance publique en la soumettant au principe de légalité, qui suppose au premier chef le respect des principes constitutionnels. L’Etat comme tout autre personnalité juridique doit donc respecter les règles supérieures (comme la constitution ou les traité internationaux) sans pouvoir y déroger.
  • L’indépendance de la justice: Pour avoir une portée pratique, le principe de l’État de droit suppose l’existence de juridictions indépendantes, compétentes pour trancher les conflits entre les différentes personnes juridiques en appliquant à la fois le principe de légalité, qui découle de l’existence de la hiérarchie des normes, et le principe d’égalité, qui s’oppose à tout traitement différencié des personnes juridiques.

L’État de droit est avant tout un modèle théorique. Mais il est également devenu un thème politique, puisqu’il est aujourd’hui considéré comme la principale caractéristique des régimes démocratiques.

On va confronter cette définition à l’analyse:

D’abord, on voit mal les Gazaouis ou les habitants de Cisjordanie pouvoir poursuivre en justice Tsahal car elle a détruit sa maison ou tué un de ses proches. On voit mal les habitants de Bethléem obtenir gain de cause en justice s’ils protestent contre la saisie arbitraire de 400 hectares au sud de Bethléem une semaine après la fin de la guerre à Gaza par le gouvernement israélien (http://www.france-palestine.org/Israel-poursuit-le-grignotage-de). Ce genre d’actes par le gouvernement israélien est totalement unilatéral. On ne consulte pas les Palestiniens qui n’ont pas voix au chapitre. La récente guerre à Gaza dans laquelle 97% des victimes étaient palestiniennes (http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2014/07/29/guerre-a-gaza-le-nombre-de-victimes-de-l-operation-bordure-protectrice_4463996_4355770.html) a prouvé que la vie des Palestiniens ne valait pas celle des Israéliens selon le point de vue du gouvernement israélien et de la communauté internationale.

Ainsi donc le 1er et le 2e critère de la définition de l’Etat de droit ne sont pas remplis: Il n’y a pas de respect de la hiérarchie des Normes en cela que l’Etat d’Israël ne respecte pas la charte des Nations Unies qui condamne la colonisation et fait valoir le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (http://www.lefigaro.fr/international/2011/01/18/01003-20110118ARTFIG00781-la-colonisation-israelienne-en-proces-aux-nations-unies.php). Quant à l’égalité des Sujets de Droit, on peut émettre de sérieux doutes sur l’égalité de traitement par la justice israélienne entre Tsahal par exemple et un citoyen palestinien lambda. Ou alors tout bêtement, on peut constater que les Palestiniens n’ont pas les mêmes droits que les Israéliens (liberté de circulation par exemple)

Voilà donc où je voulais en venir avec mon argumentation, « et si on était à leur place, que ferait-on? », et ainsi, d’une certaine manière je m’abstiens de juger ceux qui utilisent la résistance par les armes (même je n’apprécie pas particulièrement les extrémistes religieux, soyons clairs). Leur situation est une situation d’exception. Maintenant les Palestiniens veulent ratifier les statuts de la CPI, qui pourrait amener à la condamnation des crimes de guerre israéliens. Je suis curieux de voir où cela va nous mener.

PS: Dernier article en prévision, j’espère que mon blog vous a plu! 🙂

PPS: Les photos arrivent après réception de mes affaires à la poste.

5 Comments

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  1. 2
    Luh

    Quelques fautes de syntaxes qui ressemblent à des lapsus, par exemple quand tu parles du centre-ville d’Hebron qui passe « sous le giron israélien » (je dirais plutôt « dans le giron »…sauf si tu sous-entend « sous le joug » bien sûr 😉 )
    Bravo pour les nombreuses références qui donnent de la distance à ton article, très intéressant ! Et merci à Mam qui t’as fait préciser ton propos 🙂

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