Histoire de Nintendo (Partie 1)


Nintendo est aujourd’hui est un des poids lourds du secteur du jeu vidéo mais il n’en a pas toujours été ainsi. Avant de livrer des dizaines de millions de NES, Super Nintendo, Game Boy, Wii ou DS aux quatre coins du globe, le fabricant japonais a dû batailler de toutes ses forces pour grimper en haut de l’échelle. Il aura d’ailleurs fallu un siècle et d’innombrables crises, remises en causes et échecs pour parvenir à ce brillant résultat. Revenons sans plus attendre au 19ème siècle pour mieux comprendre comment une simple boutique d’artisan d’une étroite rue de Kyôto est parvenue à dominer le marché du jeu vidéo mondial…

Nintendo au 19ème siècle

Au XVIIème, le Japon gouverné par le Shogun Iéyasu Tokugawa est très inquiet. L’influence des missionnaires chrétiens portugais gagne en importance et l’autorité shogunale a de plus en plus de mal à se faire entendre. Pour préserver la mainmise sur son peuple, le dirigeant nippon prend une mesure draconienne : fermer les frontières de son territoire et exterminer tous les chrétiens du pays. Pendant plus de deux siècles et demi, le Japon connaît une période de fermeture quasi-hermétique avec l’extérieur : c’est l’ère d’Edo. Tout ce qui à trait à la culture occidentale est fortement prohibé. Les cartes à jouer, dites Carta, importées du Portugal sont bien entendu concernées. Mais pour contourner les interdictions, le peuple japonais trouve une parade : modifier les illustrations des cartes pour les rendre plus en adéquation avec la culture nationale. C’est la naissance des cartes Hanafuda (cartes à fleurs). Les quatre figures et les douze chiffres de la version européenne sont remplacés par les saisons et les moins de l’année.

shogun

Il faudra attendre 1868 et l’ultimatum musclé du commandant américain Perry pour que le pays du Soleil Levant daigne rouvrir ses portes. La révolution de Meiji est en place ; de profonds bouleversements, aussi bien culturels que technologiques ou encore militaires, vont modifier le style de vie des Japonais. De nombreuses restrictions sont levées, notamment sur les jeux d’argent et les cartes. C’est en 1889 que naît donc le petit atelier Nintendo, à Kyôto, sous la direction d’un trentenaire nommé Fusajirô Yamauchi. Avec quelques jeunes employés, il réalise des Hanafuda ainsi que d’autres types de cartes à jouer traditionnelles, comme le jeu des 100 poètes.

Si les affaires vont bon train au début, Yamauchi doit cependant faire face à différentes crises. Ses cartes, de très bonne qualité, sont relativement chères et – ironie du sort – trop solides pour les clients renouvellent régulièrement leur achat. Son système de diffusion, limité à sa propre boutique et à celle d’un ami à Ōsaka, ne lui permet pas d’être visible. Sans oublier qu’à cette époque, la concurrence est particulièrement rude. Rien qu’à Kyôto, on ne compte pas moins de deux cent autres artisans de Hanafuda !

Carte hanafuda

Un businessman avant-gardiste

Pour remédier à ces différents soucis, Fusajirô cherche des solutions par tous les moyens. Vif et intelligent, il parvient à passer de nombreux contrats exclusifs avec d’innombrables salles de jeux de la ville, puis de la région. Il faut savoir qu’à cette époque déjà les parieurs demandent à ce que chaque partie soit débutée avec un jeu neuf, pour éviter d’éventuelles parties truquées. Belle aubaine pour Yamauchi et ses jeux ! En quelques années, Nintendo devient leader à Kyôto et dans toute la région du Kansai. Mais son appétit est illimité et il est bien décidé à aller beaucoup plus loin. Pour cela, il met au point une stratégie pour le moins révolutionnaire dans le Japon de cette époque. Homme de son temps, Yamauchi a remarqué que ses cartes sont généralement utilisées par des hommes dans des soirées « tabac ». Il lui vient donc l’ingénieuse idée de s’allier avec le Nihon Sembai (l’actuel Japan Tobacco, syndicat national des fabricants de tabac) pour permettre une diffusion nationale aux côtés des paquets de cigarettes, très en vogue à la fin du 19ème siècle.

Yamauchi nintendo

Et ça marche ! On commence à trouver des jeux Nintendo aux quatre coins du pays ! Certes, une distribution « nationale » des produits est aujourd’hui quelque chose de très banale. Mais il y a 120 ans, il faut comprendre, que de tels circuits de distribution étaient difficiles à mettre n place et réservés à quelques rares domaines, comme le tabac et les médicaments ! Grâce à ce coup de génie, Yamauchi parvient à faire de Nintendo le numéro un national des cartes Hanafuda.

Les cartes occidentales

La révolution de Meiji permet aux Japonais de la haute société de redécouvrir les cartes à jouer occidentales, qui ont tout de même fortement évolué depuis les vieilles Carta portugaises. Pourtant, il faudra attendre 1907 pour qu’une société japonaise ait l’idée d’exploiter ce filon de la « Playing Card » à l’occidentale. Derechef, c’est Yamauchi qui est le premier à sauter sur l’occasion. Cette idée de business lui vient d’ailleurs par pur hasard. En effet, le Japon connaît en 1905 un conflit militaire contre la Russie. Or, pendant les combats que l’armée nipponne remporte généralement, de nombreux militaires russes sont envoyés dans différentes prisons du pays. Plusieurs de ces geôles se trouvent à Kyôto, près du Temple Tôfukuji, c’est-à-dire à quelques pâtés de maisons de la petite usine usine Nintendo.

kyoto

Une légende raconte à ce propos que les prisonniers, pour se détendre pendant leur longue détention, auraient demandé un jeu de cartes aux gardiens. Les geôliers, visiblement compatissants, auraient donc cherché à se procurer des Playing Cards. Malheureusement, à cette époque, tous les exemplaires sont importés d’Europe ou d’Amérique et coûtent une véritable petite fortune. Les militaires Japonais ont donc l’idée de frapper à la porte de Nintendo pour savoir si ce dernier peut leur fabriquer quelques pièces de secours.

Yamauchi accepte et se lance, par la même occasion, dans la fabrication à grande échelle des cartes occidentales. C’est d’ailleurs cette nouvelle activité qui permet à Nintendo de passer la crise de la guerre russo-japonaise. En effet, le gouvernement, dans le cadre de son effort de guerre, impose une taxe sur tous les jeux. Ce nouvel impôt fait considérablement augmenter le prix des Hanafuda et des cartes. Les ventes de jeux tradtionnels s’effondrent et seuls quelques artisans parviennent à survivre à cette crise. Nintendo, on s’en doutait, garde encore la tête hors de l’eau grâce aux cartes occidentales, beaucoup moins chères à produire…

La suite au prochain article…

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