Koudelka, l’évasion contemporaine au Centre Pompidou


La photographie de Josef Koudelka est d’une beauté brutale. Effet hypnotique, pouvoir d’évocation d’un monde fait de nécessité, de nostalgie et d’histoire. L’artiste français d’origine tchèque, né en Moravie en 1938, est de retour à Paris, après un exil de 29 longues années, loin de la scène artistique parisienne.

CZECHOSLOVAKIA. Prague. August 1968. Warsaw Pact troops invasion.

Un retour signé par le don de l’artiste au Centre Pompidou des 75 œuvres photographiques de sa série Exils. L’exposition nous présente La Fabrique d’Exils, regard de l’artiste sur l’Histoire, avec pour introduction l’invasion de Prague par les chars soviétiques. La place Venceslas vide de monde, une montre au poignet comme unique présence humaine. Une manifestation est attendue. A l’heure dite, personne. Ruse populaire, image qui instaure le compte-à-rebours : 1970, début d’Exils. Celui qui s’est fait reconnaître et apprivoisé par l’agence Magnum suite à son travail sur la bohème perdue des Rroms, nous livre ici son parcours à travers l’Europe. Regard historique mais aussi personnel, comme à travers la série d’autoportraits Les réveils. Ce parcours durera près de vingt ans, d’un festival à une fête de solstice d’été, au pèlerinage gitan des Saintes Maries de la Mer. Exils est d’ailleurs très liée aux gitans, c’est par leur rencontre que Josef Koudelka réalisera les images de la série.

Ses images reflètent un moment pris dans l’histoire, récit de trajectoires, de changements soudains. A la fois très situés et intemporels. Muni d’un appareil photo et d’un sac de couchage, il dort partout, dans les champs, chez des amis, au hasard des rencontres…

GREECE. 1983.

 

Paris, France, 1980

FRANCE. Paris. 1980.

Exils est aussi un livre, publié en 1988 par Robert Delpire. Aujourd’hui reconnu comme grand livre de l’histoire de la photographie. Il est très justement introduit par un essai du poète polonais Czeslaw Milosz, prix Nobel de littérature.

« En écrivant cet essai, j’avais devant les yeux les photographies de Josef Koudelka. Puissent mes mots servir d’hommage à son art de raconter des histoires sans mots. » C.M.

Cette exposition nous ouvre les portes d’un exil politique, personnel… Autobiographique ? Projection de l’état d’âme de l’artiste mêlée à la volonté de se réintroduire dans son image. Présence, rayons de soleil, épiphanies lumineuses dans l’obscure. On pense à l’Europe centrale de Kafka, qui avait nommé le héros de son Procès, Joseph K. Paysage sombre magnifié par les mots, contingence de l’existence, intersubjectivité et oppression politique.

« On ne revient jamais d’exil. » Josef Koudelka nous surprend par son ascèse photographique, sa grande connaissance des sujets. Empathie et rage de vivre hors du commun. Une infinité d’instants révélés qu’il est important de voir sur le vif. Jusqu’au 22 mai à la Galerie de Photographies du Centre Pompidou à Paris.

Crédits photographiques vernissage: Antoine Monégier du Sorbier

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