Kupka grand palais peintre

Kupka : rétrospective d’un pionnier de l’art abstrait méconnu au Grand Palais

A l’occasion de la spectaculaire rétrospective que lui consacre le Grand Palais – 300 oeuvres réunies sous la direction de la commissaire Brigitte Léal -, nous nous devions de revenir sur l’oeuvre de Frantisek Kupka. Pionnier de l’abstraction souvent méconnu, il sera l’un des premiers à abandonner l’art figuratif en traversant plusieurs périodes d’innovations artistiques très denses. 

L’argent dans l’Assiette au Beurre – Frantisek Kupka

En entrant dans la première salle de rétrospective, nous découvrons des travaux de Kupka relativement peu connus du grand public. L’artiste tchèque fraîchement arrivé à Paris était alors caricaturiste pour la revue littéraire et artistique « Cocorico », la libertaire « L’Assiette au beurre » et « Les Temps nouveaux » de l’anarchistes Jean Grave. Ces publications ne ménagent pas les capitalistes représentés sous l’apparence de gros hommes aux ventres dorés et dénoncent la paupérisation du prolétariat. Kupka s’affirme alors comme un libre penseur dans l’air du temps. Il adopte le style symboliste, préfigurant l’abandon de l’art figuratif, en voulant évoquer les choses au moyen des sensations et des impressions qu’elles provoquent. Le symbolisme puise dans la spiritualité, l’imagination, les rêves et est imprégné de métaphysique, de mystère, voire de mysticisme.

L’Onde – Frantisek Kupka

La couleur comme moteur

La caricature va rapidement prendre fin pour laisser pleinement place au peintre, où Kupka se joue dès 1900 des conventions classiques comme nombre de ses contemporains. Comme eux, il déconstruit les codes préalablement établis pour laisser libre cours à sa vision de la peinture. Il effectue alors de nombreuses recherches picturales. Le magistral tableau « La Baigneuse », où il étudie les effets d’optique du corps et des rochers plongés dans l’eau, en est la preuve. Tout comme son autoportrait. En effet, dans ces deux tableaux la figure et le mouvement se dissolvent dans la couleur qui occupe ainsi le premier rôle.

La Baigneuse – Frantisek Kupka Autoportrait – Frantisek Kupka

Cette recherche picturale préfigure le passage à l’abstraction qui est l’aboutissement de ce travail sur les couleurs et les formes. Kupka s’explique sur cette quête artistique :

« Pour qu’une oeuvre soit rythmée, ses moindres parties doivent y concourir, se commander, se solliciter, se répondre l’une à l’autre. Le rythme réside dans les retours périodiques d’analogies, dans la symétrie des lignes et des limites ».

Madame Kupka dans les verticales – Frantisek Kupka

L’abstraction dès les années 1910

Il finit par rompre avec la tradition mimétique pour peindre une réalité uniquement picturale dans des tableaux révolutionnaires : « Les Disques de Newton » ou « Amorpha ». Le public parisien va ainsi découvrir les premières oeuvres non-figuratives dans les années 1910.  Kupka n’oublie pas pour autant le symbolisme en continuant de s’appuyer sur des thématiques comme la floraison printanière et l’espace cosmique. Dans les années suivantes, Frantisek Kupka va continuer sur la voie de l’abstraction en travaillant sur les points, les lignes, les spirales et leur ordonnancement dans l’espace. C’est pourquoi il choisit le terme « constructivisme » pour qualifier son mouvement : tel l’architecte, le peintre abstrait pense son oeuvre à partir de formes inventées et disposées à sa guise pour la rendre lisible au spectateur.

Les Disques de Newton – Frantisek Kupka Autour d’un point – Frantisek Kupka La montée – Frantisek Kupka

Il faut dire que Kupka a également été un grand théoricien, entretenant une correspondance nourrie avec les historiens de l’art, François Villon l’ami de Marcel Duchamp ou des peintres tchèques. Il fera également de nombreuses recherches sur la vitesse de propagation des couleurs et les équilibres chromatiques. Bref, tout un travail de fond dont la rétrospective du Grand Palais nous donne un aperçu grâce à la réunion des archives du peintre. Vous avez jusqu’au 31 juillet pour vous y précipiter !

Circulaires et rectilignes – Frantisek Kupka

Fondateur du site artjuice.net, passionné par les nouveaux médias et la culture contemporaine.