La dénonciation de Robert Gligorov

L’œuvre pour Robert Gligorov doit être un symbole, non seulement du point de vue médiatique mais surtout du point de vue du contenu, elle doit être d’importance pour l’époque contemporaine et elle doit laisser une trace dans le temps.

Artiste né à Kriva Palanka en Macédoine en 1959, Robert Gligorov a grandi en Italie dans des conditions économiques difficiles, un jour, il a dû voler un poulet pour avoir quelque chose à manger. Sa vie a changé lorsque l’artiste est devenu le protagoniste principal d’une série célèbre de roman-photo « Lancio ». Grâce à cette série, il a démarré une carrière dans le monde de la publicité et du cinéma.

Cependant, sa passion pour le dessin est tellement forte qu’elle le pousse à abandonner cette voie. Il utilise l’argent qu’il a mis de côté pour se consacrer à l’art et à la bande-dessinée. Il commence alors à transcrire des vidéoclips musicaux en bande-dessinée (les strip-clips). Ce sera grâce à cette activité et à son obstination que Gligorov rencontrera le chanteur Sting. Ce dernier lui ouvrira les portes du succès en tant qu’artiste.

Artiste polyédrique qui va de la musique à la photographie et à la performance. Dans les œuvres de Gligorov, son corps est souvent l’objet; le corps et la mutation de celui-ci comme dans l’œuvre « Chicken Skin » où il fait référence à l’épisode du vol du poulet.

GLIGOROV, Robert, Chicken Skin, 1997

Dans « Chicken Skin »,  c’est l’artiste, lui-même, qui se recouvre de peau de poulet, attirant ainsi l’attention sur un débat actuel : celui de la place accordée aux animaux dans notre société. La proximité homme-animal et la personnification de l’homme en animal mène à un résultat déstabilisant. L’artiste joue avec la sensibilité du spectateur en présentant des œuvres qui ont un impact visuel toujours très fort.

En cherchant à animaliser l’être humain ou à humaniser les objets, l’artiste veut faire réfléchir le public sur la distance entre l’homme et l’animal.

Gligorov a à cœur la cause animale et il suit un régime végétarien depuis des années. C’est pour cela qu’il nous renvoie souvent, avec son œuvre, à l’interrogation : pendant que croît la consommation de viande au niveau global, la distance physique et cognitive entre les êtres humains et les animaux que nous mangeons augmente.

Comme Fernando Galan – auteur avec Pierluigi Maisons de l’oeuvre « Underskin[2]« – le souligne,  un peu comme Walt Disney, Gligorov transforme les animaux en êtres humains et vice versa:

« Cela fait presque 80 ans que Walt Disney a popularisé ses animaux humanoïdes. Mais évidemment l’imagination artistique demande quelque chose de plus de nos jours (…)Disney utilise l’humanisation des animaux et Gligorov fait de même, aussi bien que le contraire : l’animalisation de l’homme ».[3]

Si dans son travail l’artiste semble se concentrer sur l’idée de mutation génétique, d’hybridation et de biotechnologie à travers l’usage du corps, le but de son art est plutôt d’exprimer les contradictions de l’homme dans la société contemporaine et aussi le rapport entre homme et animal.

GLIGOROV, Robert, Shoes, 1997

Quand Gligorov nous montre des chaussures en cuir en nous présentant de l’épiderme humain, l’observateur est finalement capable de comprendre la mention « cuir véritable » sans ambages.

« Je ne m’intéresse pas -déclare Gligorov- à l’art commercial qui est fait seulement pour embellir un mur, ni à l’art malin réalisé pour séduire les pouvoirs forts. Je m’intéresse à un art qui possède une réelle signification, un art qui pousse l’observateur à prendre part de l’événement ».

Un art qui aide, peut-être, à mieux voir certains aspects de la réalité. C’est à partir des années 1980, que les œuvres de l’artiste macédonien ce joue des impressions et des attentes du public.

Pour plus d’information:

http://www.artparis.com/fr/artist/75387

http://www.galeriepascalvanhoecke.com/index.php/fr/artistes-2/artistes-de-la-galerie/robert-gligorov

[1] Traduction personnelle de l’italien: “Si tu croyais avoir trouvé l’arbre des cerises à février, certainement que tu ne pouvais pas trouver la troisième solution à l’énigme de Stelvio »

[2] GALAN, F., CASOLARI, P., Underskin: Robert Gligorov, Ed. Galeria de Arte Carmen de la Guerra, Madrid, 2004

[3] Traduction personnelle de l’anglais « It’ been almost 80 years since Walt Disney popularisez his humanoid animals. But obviously artistic imagination demands something more these days ( …)Disney used the humanization of animals, and Gligorov does the same, as well as the opposite : the animalization of the human » Fernando Galan, Underskin, op.cit.

Passionnée par l'art contemporain, ma recherche actuelle porte sur les artistes non conformistes russes et soviétiques. Je suis basée entre Paris, Rome et Moscou.