L’art et les nationalismes européens


La nation est un concept assez récent, né en Europe, qui a ensuite connu un rayonnement mondial. Nous allons tenter de voir dans cet article comment l’art a servi les nationalismes européens, voire les a influencé, au cours du 19ème siècle. 

L’Europe centrale est alors marquée par la domination des grands empires : autrichien, russe et prussien. Dans ce contexte, de nombreux artistes tentent de valoriser le paysage national pour rendre leur région plus visible. En Norvège, ce sont les peintures des fjords d’Adolph Tidemand, les Alpes pour les peintres suisses ou les bords de mer au Danemark.

Il s’agit de montrer toute la beauté de ces paysages, leur aspect grandiose qui rejaillit sur les peuples concernés. En parallèle, on ressort du placard des costumes traditionnels, allant jusqu’à en inventer en Bretagne. Certains vont même acquérir une forte dimension symbolique comme le kilt, qui sera représenté dans de nombreuses oeuvres de l’époque.

Fjord norvégien par Adolph Tidemand

En France, on assiste à l’essor du romantisme. Celui-ci va rapidement défendre la cause des Grecs, aboutissant au mouvement philhellène. La Grèce est alors sous domination ottomane mais une majeure partie de la population se trouve en rébellion ouverte contre le Sultan. Des artistes étrangers tel que Lord Byron vont aller jusqu’à prendre les armes pour défendre la cause nationale, tandis que d’autres comme Delacroix réaliseront de nombreuses oeuvres pour défendre la patrie des anciens philosophes.

Ce mouvement est général, et pas seulement réservé à la peinture. Victor Hugo en littérature ou Berlioz en musique s’emparent également du sujet. Cet engagement de grands artistes amorce un vaste élan de sympathie envers les Grecs dans toute l’Europe. Les grandes puissances européennes finiront par s’engager militairement contre l’Empire Ottoman, battant sa marine à Navarin, ce qui scellera l’indépendance de la Grèce.

Peinture de Delacroix

L’art joue également un rôle important durant tout le 19ème siècle par la caricature. Très présente en Angleterre depuis des décennies, la presse bénéficiant de plus de libertés, elle s’étend peu à peu au continent. En France, c’est le journal Charivari, pro-républicain dans un premier temps, qui réclamera plus de droits pour le peuple à travers des dessins sans concession. Journal où travaillait l’illustrateur Gustave Doré.

Les artistes retranscrivent aussi les grands bouleversements de l’époque. Le tableau de Delacroix, la liberté guidant le peuple, nous vient tout de suite à l’esprit. Le drapeau français est un des éléments central de l’oeuvre. Regroupés autour de lui, on peut y voir des bourgeois comme des gens issus des classes populaires, s’alliant tous pour restaurer la nation.

La liberté guidant le peuple de Delacroix

La musique n’est pas en reste, spécialement l’opéra. En 1830 des troubles vont éclater à Bruxelles suite à une représentation à fort caractère nationaliste, les wallons étant alors exclus des centres de décision par les flamands. Quant au Nabucco de Verdi, il participera à l’édification d’une histoire italienne. Il met en scène des hébreux emprisonnés à Babylone avides de liberté, faisant écho à la domination autrichienne dans le Nord de la péninsule. Tous ces faits montrent bien l’impact de l’art engagé sur les sociétés occidentales du 19ème siècle.

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