Le Leto de Kirill Serebrennikov a du cachet

Assigné à résidence, le réalisateur russe Kirill Serebrennikov ne pourra pas assister à la projection de son film « Leto » en sélection officielle au Festival de Cannes. Cette absence a été logiquement soulignée par les organisateurs et les acteurs qui ont rendu hommage au réalisateur de ce film centré sur l’émergence de la culture rock en URSS. 

★★ : Excellent


Comment parvenir à implanter un mode de vie né au sein de l’oppresseur américain dans la société russe. Telle est une des questions centrales de ce long métrage où le soft power anglo-saxon essaye indirectement de se faire une place : T-Rex, Blondie, Sex Pistols, Velvet Underground… La jeunesse y voit une formidable voie d’émancipation au sein d’une société sclérosée et une manière efficace de dépenser son énergie débordante. Au moins une partie de la jeunesse russe en tout cas, car « Leto » montre bien le rejet par une grande partie de la population de cette mouvance rock et punk au nom du patriotisme face à l’Oncle Sam.

Une atmosphère unique inspirée de faits réels

Souffrant de nombreuses longueurs, Leto parvient tout de même à insuffler une réelle ambiance underground tout droit sortie des années 80 : pellicule en noir et blanc, mise en scène décalée et musiques rock alternant le russe et l’anglais. Nous n’avons ainsi rien à reprocher à la forme du film qui est vraiment fantastique, mais le scénario souffre parfois d’un manque de rythme amenant des passages loin d’être essentiels…

Cette ambiance s’appuie sur la narration de faits réels. Les deux groupes au coeur de « Leto », Kino et Zoopark et leurs leaders respectifs Viktor Tsoï et Mike Naumenko, étaient la bande-son de la Pérestroïka, période des réformes sociales et économiques menée par Mikhaïl Gorbatchev dans les années 80. C’est cette jeunesse débordante de créativité qui voulait le changement en URSS et la liberté.

Fondateur du site artjuice.net, passionné par les nouveaux médias et la culture contemporaine.