Les fleurs bleues : le peintre qui s’opposa à la dictature soviétique – Cinéma et Politique #04


« Les fleurs bleues » nous raconte l’histoire du peintre d’avant-garde Władysław Strzemiński, professeur à l’école des Beaux-Arts de Lodz, pendant l’affirmation de l’emprise du communisme et du parti unique sur la Pologne. L’occasion de revenir sur les frontières entre art et politique dans ce quatrième article, ainsi que de saluer l’oeuvre d’Andrzej Wajda, décédé le 9 Octobre dernier.

Les années 50 en Pologne sont une époque charnière où les artistes vont être confrontés au dogme des soviétiques en matière d’art. Le réalisme porteur de l’idéologie marxiste et de la lutte des classes s’impose comme norme, à l’inverse de l’art qui occulte ce sujet, donc soumis à l’influence occidentale et au cosmopolitisme. Władysław Strzemiński n’accepte pas cette vision binaire et ne veut pas limiter l’art au réalisme.

fleurs bleues film wajda

Avec nous ou contre nous

Pourtant, l’artiste avait pleinement soutenu la révolution russe de 1917 comme la majorité des artistes qui formeront le mouvement constructiviste russe. Celui-ci visait à inclure davantage les prolétaires dans le processus créatif, en mettant en valeur les matériaux dans leurs oeuvres et en privilégiant la construction à la décoration. Le constructivisme sera pendant plusieurs années l’art officiel des soviétiques, alimentant en affiches leur propagande, avant d’être rejeté car incompris des classes populaires. Strzemiński en était un des membres avec Vladimir Tatline et Alexandre Rodtchenko.

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Affiche propagande constructiviste

Andrzej Wajda réussit parfaitement à transmettre un sentiment de révolte contre cette politique et contre les dérives du Parti, qu’il a lui même vécues. Mais, il a l’intelligence de ne pas tomber dans le schéma du bon contre le méchant en complexifiant la personnalité de son héros. En effet, on ne peut s’empêcher d’éprouver un malaise sur la relation entre le peintre et sa fille. Tout entier consacré à son art et à ses élèves de l’école des Beaux-Arts, il ne semble pas vouloir s’occuper d’elle, de ses peurs et de son avenir s’il disparaît sous la répression, alors que sa mère vient de mourir. Il s’en rend compte sur la fin, mais trop tard.

L’indifférence de la masse

Scène marquante du film, Władysław Strzemiński tombe inanimé dans la rue, éprouvé par la faim et la maladie, en plus de son handicap physique (il a perdu une jambe et un bras pendant la première guerre mondiale). Personne ne vient à son secours. La foule passe, indifférente, croyant qu’il a simplement trop bu. Enfin, une femme s’arrête et appelle une ambulance. Une fois celle-ci partie, elle fait un signe de croix.

On peut difficilement ne pas y voir un éloge du chrétien soucieux de son prochain contre l’indifférence du communiste noyée dans la masse du collectif. C’est aussi une image de la déchéance de ce peintre suite à son opposition au ministre de la Culture du Parti. Congédié de l’école qu’il a co-fondé, écarté du musée de la ville, on assiste à sa lente descente aux enfers.

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