Miss Sloane : un thriller haletant sur le lobbying à Washington – Cinéma et Politique #6


« Lobbying is about foresight ». C’est ainsi que Miss Sloane définit son métier. Celui qui a un coup d’avance gagne, comme aux échecs. Faire preuve d’inventivité, cela va s’avérer rudement nécessaire étant donné la tâche qui l’attend.

En effet, alors qu’elle déployait des trésors d’inventivité pour supprimer la taxe Nutella aux Etats-Unis, du jour au lendemain elle change de cheval pour aller s’engager dans la campagne pour une meilleure règlementation du port d’armes aux Etats-Unis. Elle quitte ainsi son prestigieux cabinet de conseil en Government affairs & Communication – « the fancy expression to say lobbying » ainsi qu’elle l’admet elle-même – pour rejoindre un collectif de militants.

Miss Sloane

A contrario de ces derniers qui se battent par conviction, Sloane est en fait plus guidée par sa soif de défis impossibles à relever. Pour cette quasi nihiliste qui ne chérit qu’une seule chose, la victoire, tous les coups sont permis. Elle multiplie ainsi les pirouettes pour contourner voire contester le célèbre second amendement de la constitution des Etats-Unis, allant jusqu’à mettre en danger ses collaborateurs. Mais la fin justifie les moyens.

Mise en scène d’une profession fantasmée

D’abord un peu décontenancé par la rapidité de la réflexion de la lobbyiste, on se rend finalement compte qu’il s’agit d’une volonté du réalisateur de la rendre inhumaine et d’une efficacité robotique. Sloane n’a en effet absolument aucune vie sociale. Elle engage des escorts pour satisfaire ses besoins primaires, dont on se dit d’ailleurs qu’elle se passerait bien vu la façon dont elle met à la porte ces objets humains une fois consommés. En outre, elle prend des médicaments contre le sommeil et attend de pied ferme l’apparition d’une pilule qui la dispenserait de la nécessité chronophage de s’alimenter.

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Miss Sloane

On imagine que cette exagération hollywoodienne relève plus d’une volonté de divertir – ce qui est d’ailleurs parfaitement réussi – que d’une intention de souligner à quel point la réalité du lobbying est toute autre. Le film met en scène une face assez marginale mais très fantasmée de la profession, à grands coups de corruption et de chantage. La réalité est pourtant parfois plus sobre. Ainsi, les rapports entre élus et lobbyistes ne sont pas nécessairement des rapports conflictuels. Ce sont en effet des personnes ayant souvent étudié dans les mêmes écoles, avec des convergences idéologiques certaines et des intérêts parfois communs.

A de rares moments, Miss Sloane laisse apparaitre des signes de faiblesse. Le sentiment qu’elle perd pied apparait peu à peu. Mais derrière ces apparences enfin humaines, n’aurait-elle pas aussi un coup d’avance sur nous ? Réponse devant l’écran !

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