Mr. Smith goes to Washington : quand l’individu sauve la démocratie – Cinéma et Politique #8


« Il faut que par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. » Selon la théorie de la séparation des pouvoirs de Montesquieu, les institutions doivent être organisées de telle manière qu’un individu ou un groupe ne puissent pas s’arroger le contrôle des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires. Elle a fortement inspiré les rédacteurs de la Constitution des Etats-Unis en 1787, limitant ainsi les pouvoirs du président américain au grand dam de Mr. Trump aujourd’hui.

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Cela dit, comme le montre le film-fable de Mr. Smith goes to Washington, une réalisation de F. Capra avec James Stewart, le système américain ne permet pas de se prémunir contre la puissance des milieux économiques. Et quand le sénateur Samuel Foley meurt, le gouverneur de l’Etat fédéral doit nommer un remplaçant, docile de préférence pour ne pas contrarier les ambitions d’un riche homme d’affaires de la région. Mr. Jefferson Smith, jeune héros local à la tête des « Boy Rangers », naïf à souhait, fera l’affaire.

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Au cours de la première phase du film, d’ailleurs un peu trop longue, Smith découvre le fonctionnement de la démocratie américaine puis déchante progressivement. On sent vraiment que Capra veut vraiment nous faire comprendre que Smith est un gentil, genre « Regardez comme il est idéaliste, comme il est mignon et tout ». Bref, lui est gentil et les autres sont méchants quoi. Très Américain. Mais il faut s’accrocher, car la suite vaut le coup. Smith va en effet prendre progressivement de l’épaisseur et cesser de nous agacer. Bien décidé à créer un camp pour jeunes scout dans son Etat, il fait face à l’opposition d’un sénateur de son propre Etat, Mr. Paine qui, à la botte du puissant homme d’affaires local, souhaite favoriser la construction d’un barrage sur le même emplacement.

Tout le monde va s’employer à salir M. Smith, jusqu’à présenter des fausses preuves indiquant que Smith ne poursuit en fait que son intérêt personnel dans cette affaire. Il tangue, chancelle mais, avec l’aide de sa géniale assistante ne rompt pas. Jusqu’à cette mythique scène où Smith monopolise la parole au Sénat pendant plus de 24h alternant lectures de la Déclaration d’indépendance des Etats-Unis et plaidoyers vibrant pour une vraie éthique des représentants de la nation.

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Capra présente ainsi le « Filibustering » comme un grand moment de démocratie. Osé. Mais il faut bien laisser le temps aux journaux d’investiguer, aux sénateurs corrompus de culpabiliser puis craquer, et surtout à la minorité (Mr. Smith) d’exprimer son désaccord. L’idéal démocratique américain dans toute sa splendeur. L’individu peut avoir raison contre le groupe, conformément au 1er amendement de la constitution américaine qui protège le « Right to Dissent ». Après une première partie plutôt critique du modèle institutionnel américain, dans lequel on comprend que les lois prennent un temps considérable à être votées, Capra semble finalement démontrer les avantages de la démocratie américaine. Une apologie qu’on imagine d’autant plus nécessaire que le film a été réalisé en 1939, période à laquelle la démocratie était remise en cause comme modèle institutionnel « idéal », et où de nombreux hauts fonctionnaires américains ne cachaient pas leur sympathie pour l’hitlérisme.

Après avoir été un peu sceptique initialement sur le film, on finit donc par se prendre au jeu. On ne trouve plus Smith ridicule. On se surprend même à vibrer à l’écoute de ses discours endiablés. Pas mal du tout au final. Un bel éloge de la non-professionnalisation de la politique aussi. Et en plus, nous voilà de bonne humeur ! Dans la même veine, nous vous conseillons de regarder 12 Hommes en colère, entre critique du système judiciaire américain et ode à la présomption d’innocence.

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