Nicolas Jaar : Un artiste à succès sans concession


Il est presque 21h quand Nicolas Jaar arrive aux platines. L’Olympia rugit de plaisir au son des premières notes du DJ américano chilien. Les gens se serrent dans les bras, se congratulent vivement malgré le faible espace dont ils disposent. La salle est littéralement blindée. Impossible d’avancer plus, et gare à celui qui essaie de passer devant son voisin. L’équipe d’Art Juice a ainsi pu constater en live l’extraordinaire popularité dont jouit Jaar auprès du public français. L’occasion de se pencher un peu plus près sur le parcours de l’artiste.

Nicolas Jaar naît en janvier 1990 à New York. Son père étant cinéaste, il devient rapidement évident qu’il va consacrer à sa vie aux arts. A 14 ans, il fait part à son père de sa volonté de devenir compositeur de musique électronique. Et c’est peu dire qu’il ne va pas trainer. Il fait ses débuts au lycée puis à l’université, sortant quelques petits tracks par ci par là, mais c’est réellement en 2011 qu’il perce avec son album Space is Only Noise. Il devient dès lors lui même producteur en créant notamment sa propre maison de disques Clown & Sunset et son propre label. Il n’hésite pas à diffuser gratuitement ses créations sur Soundcloud ou même directement sur son site Web.

Son style se rapproche le plus de la House à tempo lent avec de très présentes influences de jazz. Mixmag définit la musique de Jaar comme « une musique peuplée de transition troublantes, d’objets sonores décalés, d’instants où une chaleur inattendue se diffuse« . Une caractéristique qui ressort d’autant plus au cours de ses lives. En 2011, 2012 et 2013, il réalise de telles prouesses sur scène où il fait se mélanger chants, guitares ou encore saxophones, qu’il prend plusieurs fois la tête du classement de Resident Advisor.

Nicolas Jaar se dit très inspiré par la culture française, inculquée par sa mère ainsi que via une éducation dans les lycées français de New York et Santiago. Musicalement, il est influencé par l’album Thé au harem d’Archimède de Ricardo Villalobos, DJ que nous prendrons le temps de découvrir avec vous dans un prochain article consacré à la sortie française du film Ich Denke an Deutschland in der Nacht du réalisateur français Romuald Karmakar.

Jaar est également un artiste particulièrement engagé. En septembre dernier, alors qu’il aurait probablement pu remplir n’importe quel club de Tel Aviv, il a décidé de se produire à Ramallah devant une assistance réduite de 800 personnes. Rappelant sa passion pour la littérature qu’il a étudiée à l’université de Brown, il ouvre son set avec le poème de Mahmoud Darwich sur Edouard Saïd, l’auteur du célèbre ouvrage L’orientalisme. Il enchaine en remixant de l’opéra arabe. Magnifique.

Jaar ne semble pas courir après l’argent. Il fait peu de dates, propose ses morceaux parfois en libre accès. Ses sons ne sont pas tubesques ou fédérateurs. Attribuant à la musique une sacralité toute particulière, il se refuse obstinément à signer en major. La musique pour la musique en somme. Une exception dans un monde de la culture parfois un peu désenchanté.

Mais Jaar n’est décidément pas un artiste comme les autres.

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