No Land’s Song : le combat des chanteuses iraniennes


Le film à voir en ce moment est un documentaire : No Land’s Song, réalisé par Ayat Najafi, résidant à Berlin, et porté par sa soeur Sara Najafi. Dès avril 2011, cette compositrice iranienne de formation décide de mener un combat long et éprouvant avec l’administration iranienne pour organiser un concert de femmes solistes à Téhéran. Un type de concert prohibé depuis la révolution de 1979, qui interdit aux femmes de chanter seules devant un public mixte.

No Land's Song documentaire

Sara Najafi n’est pas effrayée par le défi et décide même d’inviter des chanteuses étrangères : deux françaises – Élise Caron et Jeanne Cherhal- et une tunisienne, Emel Mathlouthi, artiste engagée durant la révolution tunisienne de 2010-2011. Ce pont culturel complexifie encore davantage l’organisation du concert. Le contexte politique ne joue également pas en leur faveur : les autorités craignent d’éventuels débordements lors des élections de 2013 qui verront la montée au pouvoir du modéré Rohani, suite au soulèvement post-électoral de 2009, refusant ainsi tout événement jugé trop subversif.

No Land’s Song illustre la lutte des femmes pour faire entendre leur voix dans une société très conservatrice, illustrée par une rencontre avec un religieux à l’argumentation certes logique mais assez surréaliste – la voix féminine est synonyme d’émoi ou d’excitation négative – et des rendez-vous avec les responsables du ministère de la Guidance islamique en charge de la musique. La force de ce documentaire réside ainsi dans le fait de partir d’un cas très spécifique pour montrer le combat contre l’obscurantisme, tout en nous faisant entrevoir la situation antérieure de l’Iran sur ces questions, où les cabarets étaient légaux et les divas comme Delkash remplissaient les salles.

No Land’s Song est aussi une nouvelle occasion de se plonger dans ce pays fascinant qu’est l’Iran et son ambiance si atypique, que ce soit par ses habitants, ses chants traditionnels tombés dans l’oubli du grand public ou son architecture ; vous pouvez d’ailleurs consulter notre article sur les plafonds iraniens. Après plusieurs annulations, le premier concert de femmes solistes depuis la révolution a lieu le 19 Septembre 2013 à l’opéra de Téhéran, un acte révolutionnaire limité par son ampleur du fait du faible nombre de spectateurs, mais à la portée symbolique très forte. Une occasion, aussi, de voir toute la puissance dégagée par ces femmes et la force de leur engagement.


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