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Panoramas festival

Panoramas festival : rencontre passionnante avec les fondateurs

Panoramas, c’est un festival pas comme les autres, né d’un pari un peu fou d’une bande de potes musicophiles habitués à organiser des soirées avec du bon son. Et à l’arrivée, le petit évènement local devient l’un des plus gros festivals de musique électronique de France, « le festival qui ouvre la saison des festivals ». Et avec succès jusqu’alors, l’année dernière étant celle d’un nouveau record avec plus de 30 000 visiteurs.

Crédits photographie de de couverture : Eric Tanguy 

Désireux d’en savoir plus sur son festival préféré électro préféré, au fin fond de sa Bretagne natale, un de nos contributeurs a interviewé le directeur du festival, Eddy Pierres (EP) ainsi que le directeur de la programmation, Joran Le Corre (JLC).

joran fondateur panorama festival

Joran Le Corre ; Crédits : Julien Mignot et Ben Pi

GQ : Comment vous sentez-vous à l’approche de cette 21e édition ?

JLC : Très bien, les nouvelles de la billetterie sont bonnes. Etant donné que le festival est très largement autoproduit, c’est un peu le facteur clef. Nous sommes donc sereins et on a hâte d’y être !

GQ : Parmi les premières questions qu’on a envie de vous poser, il y a celle de l’identité du festival. Comment définiriez-vous Panoramas ?

EP : Panoramas, c’est un festival qui s’adresse à un public de jeunes mais très connaisseur de la musique électronique. Quand on dévoile la programmation chaque année, je suis toujours surpris de voir à quel point les jeunes sont au fait de l’actualité de la musique électronique et des DJ du moment. Panoramas, c’est aussi un festival hors période festival, et avec camping, même au printemps ! (rires)

GQ : On comprend mieux la nécessité d’attirer les jeunes !

(rires) Oui, mais cela permet aux gens de rester sur place pendant toute la durée du festival. Car Morlaix n’est pas Rennes, qui en tant que ville étudiante peut permettre aux festivaliers de loger le temps du week-end chez un copain. Et puis Pano reste résolument un festival breton avec je dirais environ 1/3 de finistériens, 1/3 du reste de la Bretagne, 1/3 du reste de la France et d’ailleurs.

GQ : En tout cas, d’une programmation initialement assez éclectique, Pano a semblé se diriger progressivement vers une identité techno/electro de plus en plus assumée.

JLC : C’est exact. Cela dit, même si nous étions plus éclectiques avant, nous le sommes toujours. Cette année, à côté des artistes électro/techno, nous avons Roméo Elvis par exemple. Cette évolution correspond à nos affinités musicales mais aussi à l’évolution des attentes du public.

EP : Les mentalités ont changé avec la nouvelle génération, qui est peut-être plus électro qu’avant.

Plus d’infos sur la programmation: https://www.festivalpanoramas.com/artistes/

GQ : Comment passe-t-on d’un petit festival local à une grosse machine comme Panoramas ?

EP : Il y a eu un déclic il y a une petite dizaine d’année. Nous avons pu capitaliser sur plusieurs aspects : tout d’abord, au fur et à mesure des éditions, nous sommes parvenus à engranger de l’expérience et à tirer les leçons des bons et mauvais choix passés. Et nous avons aussi pu développer notre activité d’agent qui rentre bien en synergie avec l’organisation du festival.

JLC : Nous étions déjà organisateurs de soirées avant de monter Pano. Nous n’étions donc pas complètement novices en la matière. Mais c’est vrai que pour tout le reste, on a appris sur le tas. On s’est professionnalisés peu à peu. A nos débuts, il m’est arrivé de gérer la programmation des artistes depuis une cabine téléphonique de Rennes en bas de mon appartement, et même d’avoir invité des DJ à venir manger chez nous avant Pano.

Notre agence Wart nous a ensuite permis de développer des liens privilégiés avec les artistes. Nous tournons par exemple Boris Brechja quand il vient en France ainsi que les 3 DJs N’to, Worakls et Joaquim Pastor (du label Hungry Music). Cela facilite les choses quand il s’agit de les inviter à Pano (rires).

Pour le reste, le métier de programmateur implique d’écouter énormément de musique : pendant des festivals, en ligne, sans oublier la musique qu’on reçoit, et on en reçoit pas mal ! Ensuite, il faut gérer l’enchaînement des sets pendant le festival, ce qui n’est pas toujours une mince affaire. Pour l’édition 2013 par exemple, on n’avait pas du tout anticipé le passage à l’heure d’été avec Dave Clarke et Joris Voorn. Leurs managers m’ont mis la pression pour finir à l’heure car les avions, eux, n’attendent pas. Finalement, on avait réussi à se démerder avec l’aide de Don Rimini pour changer un peu l’enchaînement des artistes. Mais ça reste dans ma mémoire comme une de mes pires éditions !

GQ : Ressentez-vous la concurrence des autres festivals ou des clubs en Bretagne ?

EP : Franchement, pas trop. Nous sommes tôt dans l’année, au printemps. Nous nous sommes déplacés dans le calendrier il y a quelques années après avoir eu des problèmes de neige en février, et depuis nous n’organisons plus le festival en hiver. Il reste qu’en France, Panoramas est un des rares festivals à intervenir aussi tôt dans l’année. Notre concurrence est surtout étrangère en fait. Quand on nous dit, « non on va à Coachella », bon là on accepte (rires).

Eddy Pierre
Crédits : E.T

GQ : On lit souvent les plaintes des organisateurs vis-à-vis de l’augmentation du cachet pris par les artistes. Est-ce également votre cas ? Il faut rappeler à nos lecteurs que cette année, Pano peut s’appuyer sur la présence de Rone, Boris Brechja, Stephan Bodzin qui sont des références internationales de la techno.

EP : Pas vraiment, pour plusieurs séries de raison. Une nouvelle fois, notre place dans le calendrier nous garantit des prix moins élevés qu’en été, et puis la techno n’atteint pas les sommets de l’EDM ou du rock. Enfin, notre festival commence à être particulièrement connu dans le milieu, donc quand on sollicite un artiste pour se produire à Pano, on ne débarque pas de nulle part, et cela tend aussi à faire baisser le cachet des artistes.

GQ : Avez-vous songé à mettre en place des partenariats avec les marques, un peu à l’image de ce que font les Transmusicales à Rennes avec leur Green Room sponsorisée par Heineken ?

EP : Les partenariats font partie intégrante de notre modèle économique. D’autant que notre taux de remplissage doit être de 95% cette année pour assurer l’équilibre du festival. L’apport de nos partenaires Kronenbourg, la banque Crédit Agricole ou encore Haribo est donc indispensable pour assurer la pérennité du festival. Mais pour le moment, pas de Greenroom en perspective.

GQ : A propos de modèle économique, quel a été le soutien des pouvoirs publics locaux au cours de ces vingt dernières années ?

EP : Un soutien lent au démarrage mais qui correspond aussi à l’essor progressif du festival. Aujourd’hui, nous recevons des aides de la ville de Morlaix, Morlaix communauté, du département et de la région. Nos dépenses de sécurité accrues ont pu également être subventionnées par le fonds d’urgence mis en place suite aux attentats. On essaie de grappiller par ci par là, mais les budgets pour la culture sont en baisse partout, c’est une réalité, donc nous dépendons surtout de nous-mêmes.

GQ : Une dernière question un peu plus politique. Un nouveau décret a été passé pour réduire le volume sonore dans les festivals et le club de 105 à 102 Db maximum, ce qui correspond à une réduction de moitié du son perçu par le public. Le décret sera applicable le 31 octobre 2018. Cela vous inquiète ?

EP : Oui, cela nous préoccupe. Non seulement, c’est une mauvaise nouvelle pour l’expérience des festivaliers mais ça annonce aussi une nouvelle vague de coûts pour se mettre aux normes, et pas que pour nous d’ailleurs, pour nos fournisseurs aussi. Certains parlent aussi de zones de repos et de détente obligatoires au sein des festivals. Là ça va trop loin et dénature un peu le festival je trouve.

GQ : Oui… d’autant que les festivaliers sont majeurs, et savent les risques auxquels ils s’exposent en se rendant à un festival pendant 48 heures.

EP : Nous oeuvrons au sein de plusieurs réseaux professsionnels pour voir si on peut faire quelque chose pour changer un peu ce décret…

En attendant Pano, nous vous invitons à réécouter notre dernière playlist dédiée au festival. http://artjuice.net/art-juice-music-21-panoramas-preview-le-line-up-en-playlist/