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Pentagon Papers remet l’épopée journalistique sur le devant de la scène

Alors que la défiance vis-à-vis des médias semble à son apogée ainsi que l’atteste l’enquête annuelle de l’institut Kantar pour le quotidien « La Croix », Pentagon Papers redonne ses lettres de noblesse au métier de journaliste, contre-pouvoir indispensable de nos démocraties. 

Pentagon Papers ne révolutionne pas un genre déjà bien exploité par des films précédents tels que le culte « Les Hommes du Président » ou plus récemment par l’excellent « Spotlight ». Il a cependant le mérite de placer l’épopée journalistique dans une nouvelle perspective historique : la guerre du Vietnam.

L’objectif est toujours d’apporter la vérité aux citoyens contre la raison d’Etat. En l’occurrence de rendre public un document de 7 000 pages écrit par le Département de la Défense de l’époque démontrant la planification à long terme et les prises de décisions du gouvernement fédéral américain sur ce conflit. Pour remplir cette mission, le film nous plonge au sein de la rédaction du Washington Post, un journal qui n’a pas encore l’aura internationale qu’on lui connaît.

Effet de gel pour la politique américaine

En psychologie sociale, la définition de l’effet de gel est « l’adhésion des indi­vi­dus à l’acte de déci­sion et non aux rai­sons de celle-ci. La déci­sion gèle en quelque sorte son uni­vers d’alternatives et le conduit à agir en cohé­rence avec la déci­sion ini­tiale. » En résumé, une fois que la décision est prise, l’individu ne parvient pas à la remettre en cause s’enfermant dans une terrible « escalade de l’engagement ». C’est le constat psychologique que l’on pourrait faire des présidences américaines successives pendant la guerre du Vietnam.

Pourtant, l’étude secrète commanditée par McNamara, a mis en lumière de manière scientifique l’inefficacité de cette guerre. Comme le relate cet article du New-York Times, qui est au passage un des protagonistes majeurs du film, McNamara était partagé entre sa conviction personnelle de participer à une guerre inutile dès 1963 et son devoir de loyauté envers une présidence qui voulait à tout prix éviter l’humiliation de perdre une guerre contre un pays en développement.

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Tom Hanks et la rédaction du Washington Post

Un film pro-journalisme et féministe

Si Tom Hanks s’avère excellent dans la figure du journaliste profondément attaché à son indépendance et à ses méthodes de travail, on retiendra surtout le personnage de Kay Graham incarné par Meryl Streep. Steven Spielberg a voulu mettre en scène une femme plongée au milieu d’un monde des affaires très masculin. D’abord hésitante, elle s’affirme de plus en plus en allant jusqu’à risquer l’existence de son journal pour publier l’investigation de la rédaction sur les « Pentagon Papers ». Car, en parallèle certains de ses conseillers le lui déconseillent dans un contexte d’introduction en bourse du Washington Post. La liberté d’informer ne peut pas exister sans l’indépendance financière.

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Pentagon Papers risque d’irriter les pourfendeurs habituels du politiquement correct. Ici, la liberté de la presse s’impose face aux gouvernants, les médias ne sont finalement pas vendus. Ici, une femme réussit à imposer ses vues sans pour autant qu’une quelconque haine des hommes ne transparaisse à aucun moment. Steven Spielberg réussit ainsi le pari de nous rafraîchir le mémoire sur les bienfaits des fondements de nos démocraties à la manière d’un 12 hommes en colère.

Fondateur du site artjuice.net, passionné par les nouveaux médias et la culture contemporaine.