Rachat de SFR : pourquoi Numericable ?


C’est le grand événement dans le secteur des télécoms de ce début d’année, l’annonce par Vivendi de sa volonté de céder l’opérateur SFR, qui représente la moitié du chiffre d’affaire du groupe.

Le deuxième opérateur français a en effet eu du mal à supporter l’entrée de Free en tant que quatrième opérateur français. Sa rentabilité a été fortement affectée, malgré d’excellents chiffres dans les ventes aux professionnels. SFR n’a pas su faire les efforts consentis par Bouygues Telecom avec ses forfaits B&You ou Sosh chez Orange qui sont parvenus à contrer les tarifs agressifs pratiqués par Free, sans doute par un manque de volonté de la maison mère.

Cela fait d’ailleurs quelques mois que les rumeurs se font de plus insistantes autour d’une vente de la filiale de Vivendi, qui a déjà rétrocédé Activision – Blizzard aux fondateurs de l’entreprise. Mais on parlait à l’époque de Free comme acheteur potentiel, puis plus récemment de Numericable et de Bouygues Telecom.

Une ambition européenne

Les deux poids lourds ont proposé deux offres très intéressantes à Vivendi qui a finalement choisi de rentrer en négociations exclusives avec Altice, la maison mère de Numericable basée au Luxembourg. Il n’y aura donc pas constitution d’un poids lourd pour le mobile qui serait passé devant Orange en terme de parts de marché, mais la volonté de construire un géant européen du mobile, du fixe et de la fibre optique.

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En choisissant cette option, SFR peut se permettre de voir les choses en grand en s’appuyant sur le réseau fixe de Numericable, spécialisé dans la télévision et la fibre optique avec 5 millions de foyers équipés pour des complémentarités évidentes. Le réseau haut débit a sans doute pesé dans la balance, priorité du gouvernement, où Altice a annoncé vouloir investir 320 millions d’euros en 2013 ce qui lui a sans doute permis d’obtenir des relais au gouvernement.

Une offre plus simple à mettre en oeuvre

Si Vivendi penche pour Numericable, c’est aussi du fait de l’offre financière en elle-même. Altice propose 11,75 milliards d’euros en cash et 32% de la nouvelle entité tandis que la holding conservera plus de 50% de l’ensemble. De plus, il n’y aurait pas de passation de réseau à effectuer et le marché conserverait 4 opérateurs, évitant le risque de se faire retoquer par les autorités de concurrence ou encore l’Arcep.

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Le risque de suppression d’emploi est également moins élevés comme les deux entreprises ne sont pas des spécialistes des mêmes domaines. Alors que dans le cas de Bouygues Telecom, il est évident que les doublons auraient été très importants. On envisage tout de même 1 000 suppressions de postes selon Bercy avec l’offre de Numericable.

Tout n’est pas non plus rose du côté de dernière. Le dirigeant Patrick Drahi est accusé de manque de patriotisme et d’une possible évasion fiscale avec sa résidence en Suisse et sa holding luxembourgeoise. Xavier Niel a également critiqué ses rachats de Noos et de Hot, le premier opérateur israélien, où les licenciement ont été très nombreux (jusqu’à 60% de l’effectif total pour Noos). De même l’endettement pose problème, Numericable reste une petite entreprise et Drahi a du réunir près de 9 banques avec un endettement prévu de 10 milliards d’euros pour la nouvelle entité.

Le lobbying raté de Xavier Niel et d’Arnaud Montebourg

Il est évident que ce dossier était à prendre avec des pincettes. Cependant, Arnaud Montebourg a un peu oublié le concept de neutralité en prenant ouvertement parti pour Bouygues Telecom et en révélant en avance le choix de Vivendi de rentrer en négociations exclusives avec Numericable. Il souhaitait retourner à trois opérateurs pour assainir leurs finances, après avoir été un fervent partisan de l’entrée de Free sur le marché.

Xavier Niel et Arnaud Montebourg

L’autre grand perdant, hormis Bouygues Telecom et Montebourg, c’est Xavier Niel qui ne s’était pas investi autant dans la communication médiatique depuis longtemps. Il a tenté de peser de tout son poids dans la décision de Vivendi et était un des rouages essentiel du plan de Bouygues. Le PDG de Free passe donc à côté de l’occasion de racheter un solide réseau national, le meilleur pour la 4G, et de stopper ses très chères redevances à Orange.

Finalement, celui qui gagne dans l’ombre, c’est bien Orange qui évite la construction d’un nouveau géant national des télécoms et donc une source potentielle de problèmes. Stéphane Richard peut donc continuer d’user ses concurrents qui n’ont pas ses effets volumes, sa solide implantation dans les entreprises et la réputation de son réseau.

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