Un autre Monde


Salut tout le monde ! Il s’est passé tellement de temps depuis mon dernier article sur ce même blog que je ne sais par où commencer.

Afin que l’article soit facilement lisible et compréhensible pour tout le monde, y compris pour ceux qui n’ont jamais mis un pied en Inde, j’ai longtemps cherché une problématique globale originale et claire pour quadriller mon propos.  Hélas, à défaut de mieux, j’ai été obligé de me rabattre sur une clé d’analyse très « bateau » dès lors que l’on parle de l’Inde, c’est-à-dire son« incroyable diversité ». Pourquoi ? Parce qu’à mon sens, et avec un peu de recul maintenant, je crois que c’est l’aspect à la fois le plus fascinant et le plus déroutant en Inde. Un poil obstiné avec mon universalisme à tout crin, je me suis longtemps entêté à chercher inlassablement ce « qu’était l’Inde », et « qui étaient les Indiens. » Au cours du récit qui suit, au gré des réflexions sérieuses agrémentées d’anecdotes très spécifiques à l’Inde, vous comprendrez qu’étant donnée la multiplicité des visages du pays, cette entreprise était vouée à l’échec.

NB : Je n’écrirai pas beaucoup sur l’Inde développée que je connais assez mal par rapport à l’Inde rurale. Courage, c’est un peu long! 😉

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Un décalage déroutant

Des modes de vie radicalement différents

Au cours de mes 6 mois de stage, j’ai effectué des périples dans les régions les plus reculées de l’Inde au sein des Etats très pauvres de l’Est : Jharkhand, Chhattisgarh, Orissa, Bihar. Dans ces quatre là, les conditions de vie sont relativement similaires.
Le plus gros problème auquel j’étais confronté sur le terrain était celui de la langue. Dans ces Etats en effet, le niveau d’Anglais des gens est catastrophique, rien d’étonnant par conséquent que la plupart de mes collègues soient incapables de biter une seule phrase d’Anglais. Les Chrétiens sortent en général du lot car au sein des écoles catholiques privées, ils bénéficient de cours en Anglais.

Comme d’habitude, je ne fis pas les choses à moitié, et ainsi de mon premier séjour de 4 jours au sein des populations tribales, j’étais accompagné de Salim, un field worker de l’ONG – comprenez un mec peu qualifié, capable de dormir n’importe où, de faire des longs trajets en moto – dont l’Anglais est vraiment mauvais. Il faut donc de la patience, du self-control, des mimiques pour pouvoir se faire comprendre et poser des questions. Lors de chacune de mes visites, je répétais sans cesse les mêmes phrases apprises par cœur expliquant d’où je venais et ce que je faisais, ce que n’avait pas grand sens dans la mesure où l’horizon de ces gens ne dépasse pas au mieux l’Etat du Jharkhand, « au pire » le district (équivalent des départements en France). Donc la France pour eux, c’est une contrée obscure et lointaine où vivent des blancs comme moi.

Pour atteindre ces contrées, il faut systématiquement emprunter des routes dont on se demande si c’en est réellement tellement leur état est lamentable. Le moindre camion que vous croisez peut, sans que le chauffeur n’ait à forcer sur l’accélérateur démesurément, vous remplir les poumons de plusieurs kilogrammes de poussière. Je comprends maintenant pourquoi tous les habitants du Jharkhand portent constamment des foulards. Ces régions sont vraiment reléguées à la marge du développement des métropoles globales indiennes. La faible connectivité de ces régions par rapport au reste du monde n’est pas restreinte au seul réseau routier mais s’applique également à l’électricité, et quant à Internet, mieux vaut ne pas en parler. L’accès durable à l’eau n’est quasi jamais garanti non plus, quant aux écoles gouvernementales de premier et deuxième niveau (5-12 ans si je ne m’abuse), elles sont régulièrement délestées de leur professeurs qui n’acceptent pas de venir enseigner dans ces régions, d’autant plus qu’ils sont payés une misère. Du coup, on essaie de bricoler des solutions à l’arrache en choppant par ci par là un dude qui n’a pas vraiment intégré l’IUFM mais bon, ça fera l’affaire, c’est mieux que rien.

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La vie n’est pas une partie de plaisir

D’emblée dès lors qu’on visite un village tribal, on ne peut qu’être frappé par la dureté  qu’expriment  les visages émaciés des gens et puis aussi par cette expression indescriptible que j’ai vue si souvent chez les personnes âgées : une espèce de mélange de peur, de méfiance, de gravité. Dès lors qu’ils voient venir des étrangers au village, les expressions sont hagardes et timides. Cette peur et cette innocence, c’est un aspect de la pauvreté que je n’avais encore jamais rencontré. Elle n’a aucune équivalence en France ou en Europe. Il apparait vraiment que la vie n’est une partie de plaisir pour ces gens. Ça n’a d’ailleurs pas l’air de rigoler beaucoup dans les maisonnettes à un tel point que parfois s’il n’y avait pas Dieu, peut-être que la vie ne vaudrait pas la peine d’être vécue.

Au-delà de l’innocence ou de la peur, les conditions matérielles de vie dans les villages indiens sont également assez déplorables selon nos standards : l’électricité est quasi inexistante, ce qui fait que les gens vivent dans le noir complet après 17h, peinant à égorger le canard juste à côté de vous et dont vous n’imaginiez pas la carcasse se retrouver dans votre assiette quelques heures après. Ils ont un rapport aux choses et à la nourriture très cru, très direct.

Parfois cela permet quand même de redécouvrir des plaisirs simples comme par exemple un soir quand on se réchauffa tous ensemble au coin du feu. Il m’est arrivé de me demander ce que je foutais là. Ce fut un bon moment, mais je ne me sentais pas à ma place. J’aurais aimé avoir quelqu’un pour partager mes impressions. Tout comme quand cette femme que je ne me connaissais pas me demanda de retirer mes chaussures et commença à me laver les pieds. Je rigolai, gêné, je ne savais pas trop quoi faire, je bégayais les « Choukria » par dizaines (Merci en Hindi) mais c’était déplacé évidemment. En Inde, on ne dit jamais merci mais ça m’était égal.

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Mon inculture agricole

La vie de ces gens est centrée autour de l’agriculture. Alors la plupart des questions qu’ils me posaient tournait autour de ça. Ils me demandaient comment ça fonctionnait chez moi ; j’expliquais tant bien que mal le peu que je sais : « Il y a plusieurs décennies de cela, l’Etat a favorisé l’émergence des Grandes exploitations pour maximiser la productivité des agricultures. Du coup contrairement à chez vous, on a relativement peu de petits fermiers ne possédant que quelques hectares. Ainsi, seulement 3% des Français travaillent dans le secteur agricole tandis que chez vous, la moitié des gens sont fermiers. »
Pas toujours facile d’expliquer tout ça mais bon.
Je me hasardais parfois à parler de la PAC mais assez rarement tout de même. J’étais par contre bien emmerdé quand il s’agissait de décrire les types de sol qu’on a en France. Je disais qu’on utilise beaucoup d’engrais et que du coup parfois ça crée de problèmes sur nos plages, mais pour le reste, à part dire que le sol est plus vert chez nous et que nous n’avons que rarement des problèmes d’alimentation en eau l’été, je ne pouvais pas dire plus.

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J’avais un peu honte de dire que je ne me préoccupe pas trop de ces questions, que je vais au supermarché et puis voilà quoi. Pourtant, on sera bientôt 9 milliards sur cette planète et le problème de l’alimentation n’est pas prêt de se régler.

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Kana !

Pour les tribaux comme pour la plupart des habitants du Jharkhand que je fréquentais, manger (« kana » en hindi) est quelque chose de central. Mais vraiment ! Ils mangent tout le temps, du coup la plupart a un petit bide. Et de là, l’importante population de diabétiques en Inde!
De la même façon, ils te demandent tous le temps si t’as bien mangé et tout. Quand vous êtes jeune, votre mère vous demande souvent « T’as bien mangé à l’école aujourd’hui mon garçon ? », mais ça s’arrête là. Ici toute leur vie, les parents du Jharkhand disent à leurs gosses, « Eat good food my boy » (Pas en anglais malheureusement pour moi d’ailleurs). Du coup, comme je suis le « petit frère » de beaucoup de mes collègues, cette question tendait à être beaucoup trop récurrente. J’ai ma petite idée sur les raisons de cette obsession :

Mes parents, eux, n’ont pas vraiment eu des problèmes de famine ou de malnutrition même si ça n’a pas toujours été facile financièrement. Quand mon grand père était jeune, ils avaient du tuer le chat parce qu’ils n’avaient plus rien à manger pendant la guerre. Mais à part cette histoire glauque restée longtemps secrète, pas de problèmes de sécurité alimentaire dans ma famille.
A l’inverse, dans les campagnes indiennes, les gens ne bénéficient que depuis très récemment de la sécurité alimentaire. D’où selon moi cette obsession de manger bien pour constituer des réserves au cas où il n’y ait plus rien. A des meetings avec des petits fermiers, j’ai vu des gens se presser comme c’est pas possible pour avoir leur nourriture le plus vite possible, c’était vraiment frappant.

De l’importance de la vie

Tiens, une autre remarque me vient à l’esprit. On me demandait souvent si je suis marié. Je répondais que non, je ne suis pas prêt à être père à seulement 20 ans et que dans mon pays, souvent, on fait des études et puis entre 25 et 40 ans, on fait des enfants. Là-dessus, on me répond : « Be careful, at 20 years old, you have good seeds in yourself ! ». Si je ne vivais que pour avoir des enfants et pour assurer la survie de l’espèce, ce genre d’argument pourrait me sembler pertinent. Malgré les réponses cyniques qui fusent dans ma tête, je me censure. Ce genre de façon de penser contribue en tout cas à maintenir la très importante croissance de la très très très nombreuse population indienne.

On critique assez fréquemment dans nos médias le fait que par exemple, une dizaine de morts en France fasse plus de bruit que 100 morts en Inde. Néanmoins, j’ai été surpris de constater à quel point, globalement, pour les Indiens eux-mêmes, la vie humaine est moins importante en Inde. D’ailleurs, mes collègues n’ont pas compris pourquoi la presse internationale faisait un tel ramdam après les attentats perpétrés par les djihadistes en France en janvier. « Franchement, chez nous, il y a des morts tous les jours et on n’en parle pas pendant des semaines. » Je vois personnellement plusieurs raisons à cela :

D’abord, il est indéniable que la présence d’une forte population analphabétisée joue un rôle important. Grosso modo, l’idée est que sur le 1 milliard 300 millions d’Indiens, un pauvre de plus, un pauvre de moins, ça ne va pas changer grand-chose.
Cet état d’esprit témoigne également de quelque chose d’assez spécifique à l’Inde – on peut aussi le retrouver en France mais de façon moins prononcée – qui est l’incroyable hiérarchisation des rapports sociaux (je développerai quelques paragraphes plus loin). Ce phénomène aboutit à ce que la mort des individus situés en bas de la hiérarchie sociale soit considérée comme assez peu grave.
Enfin, la religion hindoue et tout l’idéal de réincarnation qu’elle colporte joue également un rôle important dans le phénomène. La mort n’est qu’une étape là où dans notre France sécularisée, elle est une fin de parcours.

Violence non cachée

Une fois, j’ai eu un accident de moto avec un collègue de l’ONG. Quand on conduit en Inde, on doit éviter les bosses sur la route. Du coup on roulait sur le côté milieu-droit de la route (au lieu d’être complètement à gauche), mais comme on allait tout droit, et que notre trajectoire ne faisait pas de zigzags, il n’y avait pas de danger pour personne. On croise d’ailleurs des dizaines de scooters, de vélos sans rencontrer de problèmes. Salim, mon collègue est un vrai pilote en plus donc pas de souci. Mais c’est alors que l’on croise un enfant sur son frêle vélo qui arrive dans l’autre sens. Une seconde avant qu’on ne passe devant lui, il dévie brusquement de sa trajectoire pour se retrouver juste devant les roues de notre moto. Et là, BOUM ! On s’écrase quelques mètres plus loin, sans casse, on a dominé le choc évidemment, notre puissance étant bien plus importante. On se retourne, l’enfant maladroit saigne un peu, mais son vélo a pris un coup.

Et là, je ressens tout à fait l’émotion décrite dans Shantaram, un best seller qui se passe en Inde. Les Indiens autour de nous commencent à monter en température, ils s’excitent un tous. La rationalité les abandonne peu à peu. Le garçon s’est précipité sous nos roues mais cela ne fait rien, nous sommes les coupables. Je file des mouchoirs au garçon pour qu’il tamponne sa plaie et pour montrer que je suis gentil, Salim essaie d’expliquer la situation mais les gens ne veulent rien entendre. Ils sont presque menaçants. Salim demande au garçon d’avouer que c’est lui qui a dévié. Là-dessus, celui-ci n’est pas réglo, il ne dit rien, du coup on est un peu dans la merde. Salim sort un billet de 100 et on se barre en vitesse. C’est bon tout va bien !

En Inde rurale, il y a cette envie de se faire justice soit même pour être sûr qu’in fine, les coupables se fassent lyncher. Dans le même temps, la violence n’est pas cachée. A Ranchi, la capitale du Jharkhand, il m’est arrivé d’arriver à une place où les vendeurs égorgeaient les poulets pour les revendre directement aux clients. Cela ne dégoutait personne à part moi. Je n’ai pas l’habitude de voir autant de sang sortir des carcasses jetées négligemment sur le côté, de respirer ces odeurs de volaille morte. Tu m’étonnes que beaucoup soient végétariens ! Manger de la viande dans ces conditions n’a rien de bien attirant.
Une autre fois, je suis allé à un festival tribal (fête religieuse), et conformément à la tradition, ils coupaient la tête des poulets en l’honneur de leur Dieu. C’était une scène horrifiante où plusieurs poulets continuaient de courir sans tête… Là pour le coup, ça faisait vraiment primitif comme comportement.

Un sens aigu de la hiérarchie

Concernant la hiérarchie donc, j’ai découvert quelque chose en Inde que je n’avais vue auparavant. En Occident, mine de rien, toutes ces promesses d’ascension sociale réservée à ceux qui travaillent dur, et même si les dés de la réussite sont pipés,  ce type de discours a quand même imprégné les esprits. Et de telle sorte que l’égalité des chances est vue comme quelque chose vers lequel on doit converger étant donné que selon la théorie, « les hommes sont égaux en droit. » Et par extension, je dirais qu’en France, le subordonné est globalement moins soumis au subordonnant.  Il n’est pas rare de voir un pécheur rabrouer le président de la république, un ouvrier critiquer son patron, un élève contredire son professeur, un enfant s’énerver contre ses parents, etc. En Inde, c’est différent. Voici quelques exemples :

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Fin janvier 2015, je vais à Tilda, dans l’Etat du Chhattisgarh, au meeting national de mon ONG, Ekta Parishad durant lequel je rencontre le leader charismatique du mouvement qui rassembla tout de même 250 000 tribaux dans le cadre d’une marche pacifique et contestatrice d’Agra à Delhi en 2012 et força le gouvernement à amender la « Land Acquisition Act ». Il prévoit même qu’en 2020, 1 million de personnes marcheront de Delhi à Genève pour changer les modes de production et rendre le pouvoir aux plus démunis. Rajagopal, c’est son nom. Il fut nominé pour le prix Nobel de la Paix l’année dernière ! Mais le gars n’a pas la grosse tête, il est très serein, très petit, très déterminé. A la fin du meeting de 3 jour, je me retrouve à un moment assis sur des marches permettant de reposer mon dos mis à l’épreuve par mon lourd sac, devant une petite maison, avec tous les CBO (Communities Based organisations, les leaders les tribaux quoi) autour de moi. J’attendais Birendra, mon maître de stage et je ne remarque pas le demi cercle peu convaincu formé autour de moi. Soudain, une clameur s’élève parmi les gens, qui se tournent vers moi comme un seul homme, enfin pas vraiment vers moi en fait. Plutôt en direction de Rajaji (Ji c’est une particule qu’ils mettent à la fin des noms pour marquer le respect). Je m’écarte rapidement. Les gens sont hyper fans, c’est impressionnant, le demi cercle se referme de plus en plus autour du leader. Les tribaux, les yeux remplis d’amour et reconnaissance touchent ses pieds, se prosternent devant lui, ils se bousculent les uns pour pouvoir effectuer l’étrange rituel. C’est une idolâtrie quasi religieuse au cours de laquelle les gens se posent d’emblée comme inférieurs à Rajaji.

Une autre fois, je me suis retrouvé avec un pote à moi de la classe moyenne indienne. Il rencontrait un professeur ce jour-là. Le gars pouvait bien avoir tous les diplômes qu’il voulait, il ne méritait pas la déférence à laquelle il a eu le droit par la suite… Mon pote buvait toutes ses paroles, répétait qu’il voulait apprendre de lui, qu’il était si savant, etc. Mon pote en l’occurrence a quand même trente ans, donc je veux bien qu’on admire son papa à 7-8 ans mais à 30 ans, vénérer un prof comme ça, c’est too much. Après, ça donne des mecs qui se sentent supérieurs aux autres et croyez-moi j’en ai vu beaucoup trop comme à ce meeting à Bhubaneswar durant lequel j’ai voulu parler à un des orateurs qui se sentait beaucoup trop au dessus à mon goût et qui voyant que je ne me rabaissais pas assez, m’a envoyé baladé. Ce genre de type promeut la démocratie et l’égalité mais dans les faits, ils agissent de façon diamétralement opposés.

Je pourrais encore continuer longtemps de vous décrire tout ce qui m’a étonné, vous parler du côté très patriarcal de l’Inde (les femmes vont presque obligatoirement vivre dans la famille du mari), de la tension entre développement et tradition mais ce sont des aspects que vous connaissez sûrement mieux et, à moins d’une forte demande de votre part, je vais m’abstenir.

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Une Inde développée Occidentalisée

Par contre, dès lors que vous vous rendez dans les quartiers riches de Delhi ou Mumbai, vous retrouvez quelques repères.

Un ami à moi m’a amené dans un club où la jeunesse dorée de Delhi sort, j’ai vraiment cru être dans un autre pays. C’était comme dans une boîte de nuit en Occident, avec des gens consommant de l’alcool tout en écoutant de la musique électronique minimale. C’était tout bonnement incroyable pour moi après des mois de musique Bolywood dégueulasse. Des filles et des gars dansent en mode « rapproché » sur la piste. Je n’en reviens pas. On monte les escaliers. Olala, il y a même des filles en minijupe, je tombe des nues. Mon pote se moque de moi, il a l’impression de me réapprendre tout et il n’a pas tord.

Juste avant mon départ, on fait une soirée sur son campus, et parmi les Indiens, tout le monde est bilingue hindi-Anglais. C’est tellement agréable, je ne galère plus pour me faire comprendre. Ce qui est génial c’est que même si occidentalisés, les gens gardent certaines facettes de leur culture indienne. Par exemple, quand il s’agit de trouver une solution pour mettre les bières au frais, un grand Indien costaud et débrouillard magouille un système avec la fontaine d’eau fraîche, débranche le tout et extrait l’eau à la source, une solution à l’arrache mais ingénieuse que mon pote et moi-même n’aurions jamais trouvé seuls. Et une fois la tâche accomplie, le même type revient nous exposer son point de vue sur le nucléaire iranien. La Classe!

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CC :

La société Indienne est probablement l’une des plus diverses au monde, mais également l’une des plus compartimentées, un peu comme dans un train finalement. Sauf que si vous, en tant qu’étranger vous pouvez passer assez aisément d’un wagon à l’autre, les Indiens, eux du fait du système des castes et des inégalités, ne le peuvent. Par conséquent, ce qui est assez déroutant, c’est que même si vous êtes étrangers, vous connaissez parfois plus de choses que les Indiens eux-mêmes. Les élites connaissent mal l’est pauvre de l’Inde (Jharkhand, Chhattisgarh, Orissa, Bihar) tandis que les pauvres ne savent rien des modes de vie des villes. Ils n’ont tout simplement pas les mêmes codes, les mêmes langages, les mêmes religions. Et cela, dans un même pays c’est vraiment étonnant et même désarçonnant car cela crée un décalage monstre. Allez essayer d’expliquer votre nouvel an passé à Goa à la mode occidentale. En fait, ils ne vous croiront juste pas car pour eux, l’Inde, ce n’est pas cela.

Pour ma part, je m’aperçois que je suis plus que jamais un urbain. J’ai une vision très négative de la campagne, que je considère peut être à tord comme conservatrice. L’Inde en est le parfait exemple. J’adore les grandes villes foisonnantes de culture comme Mumbai par exemple avec son architecture magnifique, ses expositions, ses musées, ses gens ouverts, et surtout ses mœurs libérales. J’ai toujours l’impression que c’est par les grandes villes que le monde change et que les campagnes sont « en retard » systématiquement, ralentissent le processus.

Quelques photos

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