La Villa : l’empreinte du temps dans les calanques de Marseille


Nous nous sommes rendus à l’avant-première du film « La Villa » de Robert Guédiguian entièrement tourné dans les calanques proches de Marseille dont le réalisateur est originaire.

Cette unicité de lieux est un choix artistique très fort qui reflète le souhait du réalisateur de véritablement nous plonger dans l’atmosphère de ce petit village baigné par la mer Méditerranée. Un paysage magnifique renfermant de nombreuses fissures qui refont surface lorsque l’AVC d’un père vieillissant rappelle ses enfants à son chevet.

Le « C’était mieux avant »

Guédiguian déroule tout au long de le film un procédé vu de maints fois dans l’histoire du cinéma : la nostalgie. Le célèbre « c’était mieux avant » définit parfaitement La Villa. Elle s’applique à tous les tenants et aboutissants de ce long-métrage : un idéal humaniste perdu dans une société néolibérale qui voit des dangers partout, même dans des enfants migrants de moins de 10 ans, ou dans des calanques désormais désertés par ses habitants, remplacés par de riches vacanciers qui en font leur résidence secondaire et les vident de leur substance…

Le réalisateur nous montrent plusieurs causes à ces phénomènes au premier rang desquels arrivent le néolibéralisme et l’individualisme. Le père réduit à l’état végétatif avait en effet créé un restaurant ouvrier servant des repas peu chers de bonne qualité aux marins et aux habitants des calanques, réussissant à fédérer une véritable communauté d’entraide se basant sur un idéal communiste au sein de ce village. Une entraide telle que sa maison, donnant son nom au film, a été construite à l’aide de ses amis et voisins.

La villa film

La jeune génération, représentante de cette époque, n’arrive plus à comprendre cet idéal. Cela se ressent particulièrement quand une jeune fille suggère à un des enfants du père de créer un restaurant de poissons à la mode pour les riches touristes de passage tout en pianotant sur son MacBook pour travailler à distance avec ses collègues de bureau. Mais, s’il ne fallait pas simplement l’oublier cette époque révolue ? C’est ce que le réalisateur nous suggère en nous montrant des personnages finalement plus heureux lorsqu’ils vivent dans le présent en ne ruminant pas sur un passé idéalisé.

Nous avons bien apprécié La Villa pour son côté nostalgique et les reproches qu’il adresse à des éléments de notre modernité comme notre individualisme grandissant. A noter, la critique du développement des transports rapides qui éloignent les gens de leurs racines et diminuent la possibilité de créer des communautés (un train à grande vitesse passe de nombreuses fois en arrière-plan du village désormais bien plus calme qu’auparavant). Cependant, le propos contre la société néolibérale et peu solidaire n’a plus rien de très innovant et La Villa ne renouvelle pas assez la critique, hormis par son cadre atypique, pour en faire un grand film.


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