« Augusto » ou la mécanique du rire

Pour muscler vos zygomatiques, faites l’expérience d’ « Augusto » chorégraphié par le performeur italien Alessandro Sciarroni.

Espace vide, aplat blanc, lumières neutres, cela nous évoque une salle de répétition ou un gymnase. Les neuf interprètes en blue jeans et baskets rentrent en salle en se positionant à la limite du plateau. L’un d’entre eux pénètre le plateau et donne la marche à suivre tout en invitant les autres à le rejoindre sur la même cadence. Ils se regardent, cherchent à prendre contact avec les autres. Dans cette marche circulaire on observe que les corps se mettent en tension: les épaules se redressent et les diaphragmes font des soubresauts. Les interprètes retiennent leurs rires.

On ne sait pas si il s’agit d’une quête ou d’un état euphorique produit par la mécanique de la répétition mais ils semblent désormais ne plus pouvoir résister. On assiste alors à un ballet rythmé par des rires frénétiques ou les corps se tordent et lachent prise. Le spectateur se surprend lui aussi à rire de cette absurde répétition. La performance donne le vertige et on se demande : D’où nait le rire ? D’un regard? D’une maladresse? D’un acte inattendu ? Comment contamine-t-il les corps de manière contagieuse?


Le délire euphorique dans lequel ils se trouvent collectivement ne leur permet plus d’en sortir. Chaque tentative pour canaliser le fou rire échoue. Nous sommes les témoins de cette lente descente aux enfers où les interprètes subissent leur état malgré l’épuisement jusqu’au salut.

Entre fascination et malaise, Augusto nous ramène à la figure du clown qui trouble et perturbe l’ordre établi. C’est aussi – selon les mots d’Alessandro – « une pièce sur le besoin de se sentir aimé de manière inconditionnelle mais aussi sur la douleur. »
Notre besoin irraisonné d’être aimé s’avère être une quête à double tranchant. Dans cet élan, nous faisons face à toutes nos contradictions. La claque devient alors une caresse mais le rire est proche du sanglot. Alessandro touche avec brio l’endroit masochiste où l’amour propre se soumet au désir destructeur de l’Autre.

Allant jusqu’aux résistances physiques de ses interprètes, la performance ambitieuse et organique d’Alessandro Sciarroni est réussie. Un artiste international associé à suivre au CENT-QUATRE où il a déjà présenté plusieurs de ses créations.

chorégraphie : Alessandro Sciarroni
danseurs (en alternance) : Massimiliano Balduzzi, Gianmaria Borzillo, Marta Ciappina, Jordan Deschamps, Pere Jou, Benjamin Kahn, Leon Maric, Francesco Marilungo, Cian Mc Conn, Roberta Racis, Matteo Ramponi
musique : Yes Soeur!
lumières : Sébastien Lefèvre
collaboration aux mouvements et à la dramaturgie :  Elena Giannotti
stylisme : Ettore Lombardi

consultants dramaturgie : Chiara Bersani, Peggy Olislaegers, Sergio Lo Gatto
coach yoga du rire : Monica Gentile
collaborateurs artistiques : Erna Ómarsdóttir, Valdimar Jóhannsson
coach vocal : Sandra Soncini
directrice technique : Valeria Foti
casting, assistant et recherche : Damien Modolo
promotion : Lisa Gilardino
administration : Chiara Fava
relations presse : Beatrice Giongo