Bilan d’un mois passé en Inde


Je crois que je n’ai jamais reçu une telle claque de ma vie. Mes sentiments sur le pays sont très complexes. Je pense que je serai assez incapable de répondre à la traditionnelle question, « alors c’était comment ? ». En fait, je crois que plus qu’une question d’aimer le pays, je dois savoir m’enrichir des innombrables différences d’ici.

Le plus grand choc que j’ai subi jusqu’à présent eut lieu sans conteste lors de mon passage dans un village au nord d’Hazaribag, juste à la frontière du district de Giridih. Ce jour là, j’étais chargé d’écrire une Newsletter sur la situation économique et politique de la communauté tribale « Birhor » vivant dans le hameau. La visite permettrait de plus d’enrichir mon rapport sur le respect des droits des populations tribales du Jharkhand (un rapport type Amnesty ou Human Rights Watch en moins ambitieux quand même). Et bon là, la misère, je ne pouvais pas y échapper. Leurs maisons, avant l’intervention récente du gouvernement qui leur a construit des trucs un chouia mieux, c’était des habitations fabriquées à l’aide de feuilles et de bois. De surcroît, ces habitations étaient vraiment très étroites (et c’est un euphémisme), pas question de se tenir debout à l’intérieur. Et je n’imagine même pas le froid à l’intérieur pendant les nuits d’hiver. Franchement, ça me rappelait un peu les types de logement utilisés par les Homo Sapiens il y a des milliers d’années. Les maisons du Moyen âge en France n’avaient en tout cas rien à envier à ces amas de terre et de bois qui leur servaient de maison.

House of Birhor Community

House of Birhor Community

Ces communautés ne vivent même pas de la terre, elles ne savent pas la cultiver et de toute façon, y’a pas d’eau dans les alentours, ni d’école d’ailleurs. Du coup, ils s’en sortent tant bien que mal en vendant des cordes mais ils comptent surtout sur la livraison mensuelle de riz par le gouvernement qui culpabilise quand même un peu de laisser sa population dans un tel état.

Mon ONG, pour pallier au manque d’action gouvernementale en terme de développement et d’éducation a construit une petite école dans laquelle les jeunes de 5-12 ans vont pour recevoir un semblant d’instruction, enfin que les familles pensent à les y envoyer. Mais malheureusement, mon ONG n’a pas vraiment d’argent pour engager des vrais profs et tout, alors on fait comme un peu. C’est déjà beaucoup ! Les enfants savent compter connaissent l’alphabet, et je crois qu’ils savent écrire. Mais de là à ce qu’ils puissent s’intégrer dans la société indienne urbaine, le pas est grand.

Je suis assez impuissant évidemment. Que puis-je faire pour les aider, je ne parle même pas leur langue. Tout de même, les enfants ont l’air plus heureux que les parents. Mais le sourire des enfants, c’est quelque chose d’universel je pense. Au fur et à mesure de mes entretiens avec les parents, je rencontre Sahab Ram dont la dureté du visage me marquera probablement à jamais. Et dire que moi, je suis en partie là pour acquérir de l’expérience professionnelle sur le terrain tout en servant une cause qui me tient à cœur, lui est sûrement l’homme le plus détaché/éloigné (je ne trouve pas le bon mot) que j’ai jamais rencontré des considérations de carrière, de CV, etc.

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Malgré tout, la visite a été très instructive pour mon travail (Field Analyst), et j’ai de nombreuses recommandations à effectuer à mon ONG sur des voies d’amélioration quant à nos actions là-bas.

A l’opposé de cette expérience, je me suis rendu récemment aux aurores (départ à 6h30 en moto parcourant les routes désertes entre les montagnes et les lacs, c’était assez fou comme expérience!) dans le district de Gumla dans le village d’Orbenga. Et là, j’ai ressenti énormément d’espoir et de confiance en l’avenir parmi les tribus Mundas et Khariya. NSVK (mon ONG) a construit des puits, des réserves d’eau, fourni des tuyaux, des cochons (pas végétariennes les tribus ! Pratique) aux habitants qui peuvent cultiver toute l’année désormais. Un des leaders du groupe est vraiment agréable à voir tellement il ressort de son visage qu’il est heureux. Ces types vivent en quasi autarcie, dans leur village reculé. Et ça leur convient très bien. Cela me fait vraiment réfléchir sur comment moi je conçois ma vie. La diversité des populations terrestres ne m’a jamais autant frappé. Mais pour autant, je ne suis pas subitement gagné par l’envie de tout plaquer pour élever les cochons avec eux.

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Je commence à m’habituer tout doucement à la vie ici. Parmi les trucs que j’aime le plus, c’est les danses. Ils en raffolent. Malheureusement, je n’ai pu en profiter qu’avec mes collègues pour le moment et pas encore avec les populations tribales. En voici un petit exemple. Et en Najpuri s’il vous plait !

 Apparemment le 4 janvier 2015, il y en aura une comme ça. Hélas, je reviens de Mumbaï seulement le 6 ! Honte à moi, je m’en veux un peu mais bon, plus possible de revenir en arrière maintenant, et de toute façon, les tickets de train sont réservés. Pour finir sur les danses, ce qui est génial c’est que quand ils dansent les Indiens, ils ont l’air si heureux et c’est très communicatif. J’apprends quelques percussions de Tam -Tam basiques qui devraient me permettre de me fondre dans la masse si je suis amené à participer à ce genre de rassemblement.

Près de l’endroit où je loge en ce moment d’ailleurs, à Hazaribag, y’a eu 3-4 jours de mariage avec des chants et tout. Comme berceuse avant de vous coucher, vous pouvez difficilement rêver mieux !

En ce moment, mon stage est un peu perturbé par les pannes d’électricité répétées à Hazaribag mais aussi par le contexte d’élections dans le Jharkhand. Du coup, les tensions sont assez intenses, et les groupes maoïstes (naxalistes) sont très actifs en ce moment et apparemment c’est pas des rigolos. Y’a régulièrement des morts. C’est assez impressionnant comment quand il y a un mort ici suite à un meeting politique attaqué par des Naxalistes, cela passe comme une lettre à la poste. Pensif, je compare cela à la mort de Rémi Fraisse qui n’en finit pas de défrayer la chronique dans tous les médias français. Tout cela pour dire que mon ONG ne prend pas trop de risques à m’envoyer sur le terrain. Du coup, je ne fais pas grand-chose, j’avance un peu mon rapport mais l’éveil intellectuel est moindre qu’il y a une semaine ou deux. Jusqu’au 23 décembre (date à laquelle aura lieu le 5e tour ! Haha ils sont fous ces Indiens) je ne pourrai pas pleinement exercer mes fonctions ici.

Pour vous expliquer un peu, la première partie de mon stage sera consacrée à l’apprentissage et l’étude du terrain. Je leur rendrai un rapport d’une soixantaine de pages (En gros, Background, Tribes’ Problems/Issues, discrepancy between the Acts/Laws and their implementations on the field, Recommendations, etc.) et j’écrirai des articles éventuellement publiables dans la presse locale. Cette première phase est nécessaire car j’ai tout à apprendre ici. Puis je passerai certainement mi-janvier au statut de project manager où je pourrais mener des projets de l’ONG sur le terrain et pas seulement juste observer et analyser. L’essentiel des activités concerne la mise en œuvre des droits des tribus. C’est vraiment intéressant. Ici, si certaines lois sont votées et promulguées, « l’implementation » comme ils disent est souvent problématique. Je ne rentre pas dans les détails, vous pourrez me poser des questions personnellement si vous voulez, je reprends donc ma description de l’Inde en vrac, j’en ai assez de tout ordonner dans mes rapports et mes newsletters, désolé ! Ça tombe sur vous !

Ici il fait beau même l’hiver ! C’est fantastique, il fait vraiment bon. La nuit il faut juste un peu plus frisquet. Dans le Jharkhand j’ai bien l’impression que le climat est idéal. Apparemment l’été il ne fait pas si chaud que cela non plus.

Je suis assez étonné par la générosité de mes collègues qui malgré leurs faibles payes me paient presque tout malgré mon insistance à prendre en charge ma part. Ils sont vraiment aux petits soins avec moi. Peut être trop même car je peux difficilement faire un déplacement sans qu’ils souhaitent m’accompagner. Avec le temps cela devrait s’arranger.

Je commence à maitriser quelques enchainements en Hindi. Je n’ai pas le choix de toute façon car ici, peu de gens parlent Anglais même parmi les plus éduqués. Ce n’est pas toujours évident. En fait, souvent les langues se délient beaucoup plus après avoir bu quelques verres de leur whisky coupé à l’eau (un délice…) Haha. Le trésorier d’NSVK, un des hommes les plus charmants jamais rencontrés m’a même chambré dans son anglais très approximatif sur ma lenteur à boire le verre. Tu parles, ici, ils les prennent uniquement cul sec ! Du coup, je m’y colle de temps en temps mais bon, parfois je passe mon tour et je bois tranquillement mon verre.

A part les danses, je crois que les balades en scooter derrière Sunnil, un petit vieux de l’ONG (qui se charge de tout ce qui gestion de l’administration, de l’ONG, des démarches diverses) me manqueront également énormément. D’autant plus que lui c’est un sacré pilote ! Pas question de trainer dans les embouteillages, alors du coup, il trouve toujours des chemins pas possibles pour passer. Assez bluffant !

Le ressentiment des Indiens envers les Pakistanais est vraiment puissant (et envers les Musulmans aussi ! L’amalgame est souvent fait d’ailleurs), je n’aurais pas imaginé que cela soit si exacerbé. Je vais devoir me renseigner un peu plus sur leur histoire commune car j’ai quelques lacunes en ce qui concerne ce domaine précis.

Bientôt, Nouvel an à Goa! Cliché? Certes je vous l’accorde!

3 Comments

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  1. 1
    atakalamir

    à cette allure-là,tu apprendras la danse indienne avant la gavotte! petite ressemblance de styles entre les 2!

    « l’envie de tout plaquer pour élever les cochons avec eux. »: c’est pourtant dans les gênes familiaux!!Tu retrouverais rapidement le savoir-faire atavique!

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