Donbass : entre absurdité de la guerre et kitsch ukrainien


Fortement inspiré des faits réels s’étant déroulés en Ukraine entre 2014 et 2015, Donbass – région de l’est du pays – de Sergei Loznitsa nous plonge dans un territoire déchiré par l’absurdité de la guerre entre les séparatistes russophones et le gouvernement pro-européen. L’occasion rêvée pour montrer tous les efforts de manipulation de l’information que mettent en oeuvre les belligérants modernes. 

On retrouve ainsi de fortes similarités avec les pratiques en cours dans le conflit syrien : images manipulées, accusation généralisée de fascisme ou de terrorisme vis à vis de l’adversaire, retour aux valeurs traditionnelles, etc. La nuance n’a plus le droit de cité dans ce paysage guerrier. Cette absence va de paire avec une faillite de l’Etat de Droit au profit de l’arbitraire. Sergei Loznitsa nous montre à la perfection ce glissement en provoquant même le rire face à l’absurdité de certaines situations qui jouent avec nos standards démocratiques.

Un choix de société

Derrière ce conflit qui a déjà fait plus de 10 000 morts en Ukraine, on trouve bien plus qu’une guerre de territoires. C’est un choix de société entre la voie occidentale et russe comme l’expliquait le réalisateur de « Une Femme Douce » et « Maidan » :

« C’est à la fois une guerre patriotique et une guerre civile ». « Suite à la révolution de Maidan des groupes paramilitaires ont pu se partager le territoire et s’emparer du pouvoir… La guerre continue parce que la Russie soutient le mouvement séparatiste financièrement et militairement. Son but est simple: empêcher l’Ukraine de devenir un État indépendant. »

A côté de cette « guerre de civilisation » pour reprendre des termes huntingtonien, Sergei Loznitsa déploie son cinéma en montrant tout le kitsch de la société ukrainienne : vêtements mal taillés ou bling, cartes de mariages ornées de splendides roses ou cérémonies évoquant l’Eglise Evangélique américaine. Ce kitsch donne une esthétique très appréciable et originale à Donbass. Seul point où nous n’adhérons pas à sa vision : l’absence de rôles principaux et de continuité entre les différentes histoires racontées. Un manque qui peut parfois faire lâcher le spectateur.

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