En Guerre : Drame social époustouflant avec Vincent Lindon-ptable!

Après la Loi du Marché (2015) qui traitait de la solitude d’un agent de sécurité devant la dureté du système, Stéphane Brizé revient encore plus fort avec En Guerre (2018) bien aidé par un Vincent London au sommet de son art. Frissons, émotion et colère garantis !

★★★ : Chef d’oeuvre


L’histoire d’un inexplicable plan social

Le film s’ouvre sur une réunion entre dirigeants et représentants des salariés. Les ouvriers de Perrin Industrie, à Agen, viennent de découvrir que leur usine va fermer. Les gérants trahissent ainsi leur parole malgré l’accord passé avec les salariés deux ans auparavant qui avait conduit les employés à faire des semaines de 40h payées 35 dans le but d’améliorer la compétitivité de l’usine en échange de la garantie de la non fermeture de l’usine. Au bout du compte, tout cela n’a donc servi à rien.

Laurent, figure de proue de la contestation syndicale, tonne qu’il n’y a aucune logique économique derrière la fermeture de l’usine puisque celle-ci continue de faire des profits. Mais cela n’intéresse pas les actionnaires qui exigent une rentabilité sur leur capital investi toujours plus importante. Devant la surdité des dirigeants face à cette argumentation, les salariés vont tenter de trouver un interlocuteur de poids qui les entendra. Ils solliciteront l’aide du gouvernement puis même du Président, dont ils vont constater l’impuissance. Alors, perdu pour perdu, ils vont se battre et bloquer la production dans l’usine jusqu’à ce qu’ils puissent rencontrer le grand patron allemand qui détient la holding Dim au sein de laquelle Perrin Industrie n’est qu’un pion parmi d’autres…

Un drame aux allures terriblement réalistes

Ce qui frappe tout au long de ce chef d’oeuvre, c’est que le film ne tombe jamais dans la caricature. Tous les enjeux sont décortiqués avec une finesse et un souci du détail rares, jamais de façon simpliste.

Les syndicats, les dirigeants, l’Etat, les médias, tous les différents acteurs sont très crédibles dans leur rôle, rendant le drame plus terrible encore. On pourrait très bien remplacer Perrin Industrie par les noms évocateurs de Whirlpool ou Continental pour rendre cette fiction réelle. Par ailleurs, le conseiller de l’Etat en charge de faire le lien entre les salariés et les dirigeants de la boite adopte une rhétorique qui fait terriblement penser à celle de Jospin en 1999. « L’Etat ne peut pas tout » dit-il devant l’indignation de Laurent.

La division progressive des syndicats dans la lutte fait mal au cœur car on la sent inévitable. Certains des leaders syndicaux craquent sur la durée et se découragent devant le peu de résultats obtenus. On réalise tous les sacrifices que la lutte syndicale implique en termes de conflits familiaux. La division s’installe pour de bon.

Enfin, même s’il force peut-être un peu le trait de ce point de vue, Stephane Brizé charge aussi très lourdement les médias, notamment BFM TV, plus intéressés par la quête de sensationnel que par l’information des citoyens sur les enjeux du conflit social. Plus que jamais, la violence physique est plus médiatique que la violence symbolique.

L’exceptionnelle performance d’acteur de Vincent Lindon achève de donner au film une profondeur étouffante. Il vit pleinement les injustices de son rôle. A noter aussi que Lindon réussit le pari ardu de jouer aux côtés d’acteurs non professionnels dont le rôle est proche du métier qu’ils occupent dans la vraie vie. La grande classe.

Devant l’inhumanité de ce capitalisme actionnarial sans état d’âme, la chute ne peut être qu’atroce et pose question sur les moyens d’efficacité d’une lutte. Jusqu’où doit-on aller pour se faire entendre par les médias et l’opinion afin de les avoir de notre côté ? Pas de formule magique hélas mais une chose est sûre comme l’indique la citation d’ouverture du film : « Celui qui combat peut perdre, mais celui qui ne combat pas a déjà perdu. »