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La gratuité sur internet en question


La gratuité est dans l’essence d’internet => bien public pur défini par Samuelson, c’est un bien non-exclusif et qu’on ne peut pas épuiser. L’accès internet des uns n’empêche pas celui des autres, tous les contenus payants sont détournés par les pirates. La question est de savoir si la gratuité est aussi dans l’essence de la culture. La culture a tout d’abord plusieurs sens possibles. Anthropologique selon l’UNESCO : l’ensemble des productions et immatérielles d’une société, dans un sens si large difficile de faire une appropriation.

Deuxième sens selon le ministère de la culture par exemple : ensembles des oeuvres de l’esprit, les arts et les lettres voire des savoirs qui contribue à la formation de l’esprit. On peut considérer que l’oeuvre culturelle est la propriété de son auteur c’est ce qu’affirme le droit d’auteur depuis 1791. Mais les oeuvres participent à la formation de l’esprit humain = valeur universelle et à ce titre elles relèvent du patrimoine commun de l’humanité.

Troisième sens celui de la valeur collective propre à un groupe : comme la culture des internautes qui est résolument une culture de la gratuité visant à imposant la gratuité de la culture, des biens culturels. Est-ce que la gratutié de la culture peut mettre en danger son existence ? Ou du moins son existence mais sa qualité ?

La culture de la gratuité

Elle n’a jamais été considéré comme une marchandise comme une autre, même dans un marché. Car elle concentre tous les sens de la gratuité. La création culturelle est une fin en soi, pas d’influence extérieur. Elle est réputé désintéressée et sans contrepartie d’où l’idée qu’elle devait être gratuite, c’est à dire donnée et non vendue. Offerte à l’humanité car elle contribue à civiliser le genre humain.

Pourtant la culture c’est bien inscrite dans des marchés successif, la marchandisation de la culture a toujours été regardé avec suspicion. Socrate qui fustigeait les sophistes car ils faisaient profession de vendre leur savoir alors que pour Socrate la vérité n’a pas de prix, elle ne peut pas être vendue.

On retrouve cette article chez les philosophes de Francfort Harcuse et Adomo ou encore chez Hanna Arendt car l’industrie culturelle produit maintenant en série : altère la qualité, la valeur de l’oeuvre. La vénalité de la culture la transforme en produit de divertissement qui n’est pas en soi un crime mais ne participe pas nécessairement à la formation de l’esprit. Produit de consommation, oublié dès que consommé. Pour cette école, l’industrie culturelle c’est la fin de la culture assurée : vision idéaliste.

Les droits d’auteur sont nés au 18ème siècle mais ils font déjà débat : se développe une controverse sur la propriété intellectuelle. D’un côté auteurs progressiste, Diderot et Beaumarchais qui revendique leur autonomie par rapport aux mécènes et éditeurs et donc le droit à vivre de leurs oeuvres. Ce droit consacre donc l’indépendance de la création, droit à la fois matériel mais aussi moral. De l’autre on a des humanistes comme Condorcet qui défendent la diffusion universelle du savoir et de la culture, nécessaire au progrès de l’esprit humain.

Du côté anglo-saxon, ce sont les utilitaristes qui vont plaider contre toute atteinte de la culture comme bien public : Adam Smith, Jefferson plaident pour un droit d’auteur limité dans le temps pour équilibrer l’incitation à la création. On peut résumer le débat par la citation de Victor Hugo « Le livre appartient à l’auteur mais comme pensée il appartient au genre humain ».

La spécificité de l’oeuvre culturelle est donc reconnue de longue date, le droit à la culture va continuer à s’affirmer au 20ème à travers les mouvements d’éducation populaire qui vont déboucher sur un élargissement des missions de l’Etat Providence; le droit à la culture s’affirme dans les grands textes après-guerre s’inscrivant dans le droit positif : déclaration universelle des droits de l’homme, déclaration de 1946 ; et dans les politiques culturelles de l’Etat chargé de démocratiser la culture. Création des maisons de la culture dans les années 60.

L’Etat a également la charge d’aider à la création par des politiques de subvention ou par la défense de l’exception culturelle à l’OMC, exception au droit commercial. De là, ce développement inédit de l’Etat Providence qu’on a appelé un Etat culturel, parfois suspecté de paternalisme, de favoriser une culture d’Etat. Par exemple, à travers le financement centres régionales et nationales des arts contemporains. Internet semble offrir un échappatoire à l’alternative entre culture marchande et culture d’Etat.

Arpanet ancêtre d’internet apparu dans les années 60, inventé par des universitaires travaillant pour le ministère de la défense américaine, outil de communication d’une communauté de savants porteuse d’un idéal : celui d’une république d’informaticiens qui serait à la fois coopérative et égalitaire mais néanmoins élitiste. Il ne s’agit que d’une égalité entre pairs, d’une égalité qui se fonde sur la reconnaissance d’un égale compétence. Idéal utopiste et égalitaire mais aristocratique.

Démocratisation au fil de l’expansion de l’outil et en particulier en rencontre l’esprit libertaire américain de la contre-culture des années 70 – 80 qui va donner la culture hacker, aujourd’hui synonyme de piratage, en réalité c’est une alliance entre la virtuosité technicienne et l’éthique du don. Culture pour tous et par tous.

Il s’agit d’abord de démocratiser l’accès à la culture en supprimant l’intermédiaire marchant, qui sont considérés comme des parasites s’interposant entre les oeuvres et le public. La revendication de la liberté d’accès s’oppose au réseau marchand qui raréfie artificiellement l’offre culturelle puisqu’en effet sur internet le coût de reproduction des biens culturels tend vers zéro, donc plus rien ne justifie ces réseaux marchands. L’abondance rend l’usage marchand de la culture de facto obsolète. D’où l’utopie de l’appropriation sans entraves et sans limites de la culture.

Cette liberté d’accès à la culture va aussi modifier le mode d’usage ou de consommation de la culture : fluidité de la communication qui favorise le partage et l’échange plutôt que l’usage privatif des biens culturels. Logiciels libres, licences copyleft… Nouvelles perspectives aux combats anti-capitalistes, il s’agit de protester contre la propriété de production. Le premier axe de l’utopie fondée par internet : démocratisation de la culture et le deuxième axe : démocratisation de la création culturelle.

Internet semble offrir une chance à tous, vitrine planétaire à tout candidat à la création. L’auto-production s’est considérablement développée sur internet à partir du 21ème siècle, nouvelle rencontre directe entre auteurs et usagers faisant exploser l’offre en contournant cette fois la sélection qualitative imposée par les intermédiaires marchands. Dès lors c’est la frontière entre expert et profane ou amateur et professionnel qui va se brouiller de plus en plus. Pour ne prendre qu’un exemple, le journalisme professionnel est de plus en plus concurrencé par le journalisme amateur et parfois c’est le journaliste professionnel qui dédouble lui-même en se mettant bloggeur.

Internet propage un rêve d’égalité des chances devant la création, d’intelligence collective développé en France par des philosophes comme Pierre Lévy qui reprend les idéaux des fondateurs, se concrétisant dans Wikipedia qui destitue les places dans la hiérarchies du savoir et l’argument d’autorité. Sur Wikipedia, les articles sont ouverts à une réécriture permanente, donnant vie à une perfectibilité indéfinie du savoir humain.

Du côté des arts, c’est la notion d’oeuvre qui est pulvérisée par des pratiques de reprise et de recréation continue par les usagers (remix musical par exemple). C’est la notion d’auteur derrière celle d’oeuvre qui se trouve atteinte car elle dissimulée dans la multiplicité des productions. C’est le droit patrimonial mais aussi moral qui se voient marginalisés. 

Gratuité de la culture ?

Supression des médiateurs, passeurs de culture. Les industries culturelles sont en effet accusées et à juste titre de favoriser le star système : concentrer les gains sur un tout petit nombre de créateurs mais internet ne change pas radicalement la donne. L’essentiel des téléchargements légaux concernent les mêmes titres : livres comme Harry Potter, musiques des stars internationales américaines. Les sites de journaux les plus visités sont ceux qui ont une renommée sur le papier.

L’accessibilité d’accès universel n’est pas synonyme de visibilité universelle : sur interne comme ailleurs, logique impitoyable de la réputation. L’offre sur internet est sidérante mais comme le souligne Françoise Benhamou, la rareté se déplace du côté de la demande sur internet. Ce qui est par contre considérablement favorisé par interne c’est l’offre des niches : créneau des musiciens émergents, livres indépendants.

Ce qu’ouvre la critique de la médiation commerciale : rôle de filtre de la médiation savante. Chacun soit un artiste potentiel. Pour la défense de Wikipedia, la revue Natura a montré qu’il n’y avait pas plus d’erreurs sur Wikipedia que dans les encyclopédies payants mais n’a porté que sur les entrées scientifiques de Wikipedia qui sont alimentées par des experts.

L’expertise se déplace, elle se recompose, la culture de la gratuité ne supprime pas le consumérisme, elle a plutôt tendance à l’affoler : l’abondance de l’offre affole le désir consumériste : recherche du meilleur prix par les internautes : accumulation compulsive : turbo-consumérime. Makluan, le média c’est le contenu. Pour prendre un exemple, le livre numérique est un livre à contenu enrichi.

Pour les chercheurs, internet est un gain immense. Virilio dit qu’il n’y a pas de gain sans perte, l’écrit numérique renforce la déperdition de l’habitude de la lecture. Pour conclure, on ne résiste pas comme disait Jacques Attali à une révolution technologique, on peut au moins résister à ses illusions, internet bouleverse le visage des industries culturelles mais ne révolutionne pourtant pas la culture en amplifiant des tendances pré-existantes telles que l’économie de la réputation, l’individualisme expressif, la démultiplication des marchés de niches. Confondre internet et révolution, c’est confondre révolution technique et révolution sociale, et il ne faut pas oublier que les utopies techniques sont souvent vouées à combler une panne de l’imaginaire politique.

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