INTERVIEW : Johann Dionnet, comédien dans la pièce Intra Muros d’Alexis Michalik

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Johann Dionnet joue Richard, le rôle-titre dans la pièce à succès Intra Muros d’Alexis Michalik. Une histoire de filiation comme son auteur les aime mais cette fois-ci en jean basket et avec un pied en prison. Un spectacle qui se joue à toute allure et à guichet fermé !

[Interview réalisée début mars 2020, avant le confinement]

Quel a été votre parcours jusqu’à Intra Muros ?
Johann Dionnet : J’ai commencé par prendre des cours d’impro au studio Alain De Bock. Puis j’ai enchainé sur des cours du soir avec le metteur en scène Jean-Philippe Daguerre qui m’a fait débuter en tant que professionnel : par des remplacements puis des spectacles pour enfants et des classiques. Sans la compagnie Le Grenier de Babouchka et Jean Philippe Daguerre, je ne serais pas là où j’en suis aujourd’hui. Ils ont été les premiers à me faire confiance et à me donner de beaux rôles classiques. Jean-Philippe a été en quelque sorte un Papa de Théâtre.

Ensuite, j’ai intégré la troupe de Pierre Palmade : on écrivait des sketchs, c’était chouette ! Finalement, j’ai fait peu de formations, j’ai mis très rapidement le pied à l’étrier. Depuis, je touche au cinéma (prochains films d’Albert Dupontel et Régis Roinsard, ndlr) et aux séries.

Comment êtes-vous arrivé sur Intra Muros et de quelle façon travaille Alexis Michalik ?
J.D. : Un soir, j’ai reçu un message vocal d’A. Michalik – que je connaissais à travers des amis communs. Il me demande si j’avais aimé Intra Muros, je réponds oui bien évidement. Et il me propose alors de reprendre le rôle ! Comment refuser ?
Pour la mise en place du spectacle – qui existait donc déjà depuis quelques années – on commence 10 jours de répétitions durant lesquels on travaille essentiellement le texte et les déplacements. J’ai eu de la chance, on est arrivés 5 nouveaux comédiens sur la pièce. Donc, tous au même niveau, ça aide. Puis, à la suite de ce calage, Alexis Michalik vient « reprendre » les répétitions et insiste sur les différents personnages ainsi que sur le rythme. Il dynamise la pièce.
Tout cela, c’est du travail ! Mais finalement, chaque déplacement est logique. Le texte, le personnage et le geste/déplacement suit une logique claire. Mais on ne la comprend qu’après des semaines de répétitions….

Quelle place a la liberté de l’acteur dans une pièce dont la mise en scène est très précise et le rythme effréné ?
J.D. : Intra Muros laisse finalement beaucoup de liberté aux acteurs. Hormis les déplacements pour les changements de décors, le reste n’est pas figé. Certes, Alexis n’aime pas qu’on rajoute du texte mais cela n’empêche pas de laisser la place à l’imprévu : c’est l’essence du théâtre !
A la fin du spectacle, on est épuisés, on est émus, mais ça nous remplit, ça nous rend vivant ! Fatigué et heureux.

Quelles différences pour un comédien entre Intra Muros ; les classiques avec Jean-Philippe Daguerre et les spectacles pour enfants ?
J.D. : Les enfants sont un super public. Ils ne trichent pas, en revanche ils sont durs, car sans filtre ! C’est une expérience formatrice et exigeante. J’ai beaucoup joué les classiques les après-midis. Même si l’implication est la même que lorsqu’on jouait le soir, ce n’est pas le même ressenti. Le théâtre, c’est quand même le soir, c’est plus magique. Et ça compte pour l’égo ! Le public qui vient le soir donne toute sa soirée pour le spectacle. L’après-midi, c’est entre le déjeuner et l’apéro…mais ça reste une très belle expérience enrichissante.
Quand je joue Intra Muros, je suis très heureux. Je suis fier même. Les personnages à défendre chez Michalik sont magnifiques. C’est l’un des plus beaux cadeaux qu’on m’a fait !

Avez-vous déjà joué Intra Muros en prison ?
J.D. : Non. En revanche il me semble qu’une autre distribution a déjà joué la pièce en prison. Mais je ne pense pas que la pièce parle vraiment du milieu carcéral. La prison est un point de départ. Ça parle surtout de filiation, d’héritage, de deuil, … les histoires de Michalik sont universelles. Et puis la pièce est une déclaration d’amour au théâtre ! A quel point le théâtre est thérapeutique. Si la pièce est engagée, ce n’est pas tant la dénonciation d’un système carcéral que la promotion de la nécessité du théâtre. Il faudrait que des cours d’art dramatique soient rendus obligatoires à l’école, ça permettrait aux jeunes d’avancer plus facilement dans la vie.

Alexis Michalik m’a fait confiance et m’a fait prendre confiance. Et c’est ça le théâtre. On est souvent bloqués dans nos vies, dans nos métiers. On a peur. Alexis est un moteur, il délie les situations et montre que tout est possible. Pour un comédien, c’est impressionnant.

Les distributions sont différentes d’un soir à l’autre, comment le vit-on pour un comédien ?
J.D. : C’est hyper excitant ! On ne peut pas se reposer sur ses acquis. On est environ 3 comédiens par rôle avec des plannings différents. Tous les soirs, tu remets tes billes en jeu. Ce n’est pas évident tout le temps et il faut être très concentré.

Prochains projets ?
J.D. : Je viens de terminer Arsène Lupin, une série pour Netflix. Je prépare une création pour Avignon qui s’appelle « Les Mémoires de Paul Palandin » écrit par Grégory Corre et mis en scène par Constance Carrelet et Christophe Canard.
D’autre part, je suis en attente de financements pour un film que j’aimerais réaliser.
Pour le cinéma, c’est le film d’Albert Dupontel (« Adieu les cons ») et de Régis Poinsard (« En Attendant Bojangle »).

Des envies de metteur en scène pour vous diriger ?
J.D: Oui beaucoup…Joel Pommerat, Arnaud Denis, Salomé Villiers, Tigran Mekhitarian, Anne Coutureau, Igor Menjisky et puis Alexis Michalik et Jean-Philippe Daguerre bien sûr ! Mais j’ai aussi des envies de cinéma : J’aimerais travailler avec Jacques Audiard, Guillaume Canet, Michel Leclerc, François Ozon…

Question posée en août 2020 (après le confinement) :
En quoi le théâtre est-il nécessaire en cette rentrée 2020 marquée par la pandémie du Covid19 ?
J.D. : Je pense que le théâtre est même au-delà du nécessaire. Il fait partie de notre Histoire, depuis la nuit des temps et dans toutes les cultures, les humains ont eu besoin de voir d’autres humains en représentation, pour comprendre le monde dans lequel il vit, pour y pointer ses limites, ou juste pour se changer les idées. Enfin comme dit le personnage de Michalik : pour être traverser par des émotions. Et donc je pense que c’est vital quelque part d’aller au théâtre.
C’est sûr qu’avec le confinement on a pris l’habitude de moins sortir, le masque obligatoire peut devenir un frein, la peur du virus également. Mais je pense que ça n’arrêtera pas les gens sur le long terme. C’est plus fort que nous, on a besoin de sortir, de vivre des émotions, de partager surtout. Le théâtre, tout comme le cinéma, les concerts, les événements sportifs, véhiculent du partage et sont les moteurs de la culture. De notre culture. Donc au bout d’un moment les gens auront besoin de sortir. C’est sûr que le climat fait peur, mais plus il y a de peur, plus il y a de courage.

Intra Muros d’Alexis Michalik, au théâtre de la Pépinière à partir du 27 Août.

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