JAMAIS LABOUR N’EST TROP PROFOND : QUE FAIRE DU THÉÂTRE ?

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Thomas, Maxence et Anne-Elodie ont joué ensemble avec les Chiens de Navarre. Aujourd’hui, ils quittent la compagnie qui les a vu grandir pour nous proposer un spectacle plus personnel, qui lie leurs angoisses existentielles et leurs détresse face à l’état du monde.  Seule solution face à la surconsommation : le jeûne intermittent. (ou le jeune intermittent, c’est selon).

L’héritage des chiens de Navarre

Jamais Labour n’est trop profond ravira les aficionados de la compagnie fondée par Jean-Christophe Meurisse. On y retrouve le même humour transgressif, à jouer avec les limites de ce qui est possible de dire ou de faire au théâtre. Ce parti pris, s’il se perd parfois dans une gratuité jubilatoire, peut aussi faire mouche dans un discours politique aux associations inattendues. Netflix produit 9 fois plus de CO² que les compagnies aériennes: sur un tournage, « à chaque réplique tu tues un ours blanc ». Les scènes s’enchaînent dans une logique de dominos: un élément en arrirère-plan d’une scène est repris dans la suivante et en organise la dynamique. Une succession chaotique de scènes, sans véritable lien narratif entre elles, mais reliées par une thématique commune. Que faire de nos déchets?

Le théâtre réparera le monde

La question est traitée de manière frontale dès l’ouverture, où Thomas Scimeca vente les mérites de ses toilettes sèches et de son système de recyclage des excréments, qui permet de produire eau potable et électricité. Les ruines, c’est aussi celles du théâtre: que faire de notre héritage? Dans une économie de bout de chandelle, la troupe a constitué ses décors et ses costumes à partir de créations précédentes du théâtre des Amandiers. Car Jamais Labour… est avant tout une déclaration d’amour à ce lieu, à son histoire et ses polémiques récentes[1], et aussi, de manière générale, à l’état actuel du théâtre. Il y a un vrai plaisir d’enfants chez les comédiens à fouiller dans ce que serait la malle à costumes des Amandiers et pour présenter un florilège du répertoire théâtral – où Hamlet et Prométhée sont convoqués.

Le spectacle s’ouvre et se clos sur des lieux clos, une utopie de permaculture qui finit en bunker apocalyptique. Paradoxalement, les plus beaux moments du spectacle sont ceux placés sous le signe de l’ouverture au monde extérieur: la salle transformable permet de jouer hors du plateau, et le spectacle se conclue chaque soir avec une chanson d’un invité surprise. Tout en conservant son humour corrosif, c’est dans cette direction qu’on espoir, voir évoluer cette nouvelle compagnie, qui cherche encore son nom.

 

https://nanterre-amandiers.com/evenement/jamais-labour-nest-trop-profond-thomas-scimeca-anne-elodie-sorlin-maxence-tual-2020/

Jamais Labour n’est trop profond

De et avec Thomas Scimeca, Anne-Elodie Sorlin, Maxence Tual et Leslie Bernard

Au théâtre de Nanterre Amandiers du 22 au 27 septembre 2020

[1] https://next.liberation.fr/culture/2019/07/14/ciao-c-est-pas-ca-la-gauche-philippe-quesne-jette-l-eponge-aux-amandiers-de-nanterre_1739956

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