Janis l’irréductible


Persuadée qu’il s’inscrivait dans le cadre du festival Télérama permettant de bénéficier d’un tarif préférentiel, l’équipe d’Art Juice est allée voir presque par défaut Janis, un film réalisé par Amy Berg, réalisatrice américaine. Notre désarroi fut grand quand nous apprîmes notre erreur, mais le hasard faisant parfois bien les choses, il s’avéra que le film valait réellement le détour. Impressions.

Après Amy, l’été dernier, ce nouveau biopic met en scène la vie de Janis Joplin (1943-1970), chanteuse de blues rebelle et mythique, véritable symbole de la génération des baby-boomers. L’une des plus grandes réussites de ce documentaire est d’ailleurs de montrer avec talent ce décalage abyssal entre Janis et ses parents, originaires du Texas. Leur conservatisme transparait très clairement dans leurs attitudes tout comme dans leur mode vestimentaire. A l’inverse, Janis, le « monstre qu’ils ont engendré » détonne avec ses longs châles, ses cheveux roses, ses lunettes de soleil circulaires et ses colliers. Elle étouffe littéralement dans ce milieu texan. On ne compte plus ses interventions du type “What I appreciate in San Francisco, it’s the fact that you can sing whatever you want, you can do whatever you like, without anyone judging you.” Et en effet, rien n’arrête Janis, le documentaire nous donnant à voir les pérégrinations les plus rocambolesques de cette déjantée.

Janis Joplin Porsche 356c cabriolet Spider

Janis Joplin sur sa mythique Porsche 356c cabriolet Spider

A noter en passant que ce fossé générationnel post-2e guerre mondiale nous permet en même temps de saisir l’atmosphère de l’époque. Les années 60 coïncident avec la Kennedy mania pour JFK puis pour son frère Bob, tous les deux assassinés.

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D’autre part, le biopic nous fait bien sentir le désarroi de Janis Joplin et par extension de nombreux chanteurs de l’époque, sombrant dans la consommation excessive de drogues. A ce titre, Janis Joplin est comparable à Jimi Hendrix, Brian Jones, ou plus récemment Kurt Cobain et Amy Winehouse, qui font partie de cette fameuse série de chanteurs morts à 27 ans après avoir pour la plupart un peu trop forcé sur les plaisirs de la vie. Là où JJ se distingue, c’est dans le fait qu’elle souffre toute sa vie d’un mal plus profond. Elle ne se sent pas belle, et dès le plus jeune âge, on la moque pour ses traits dépourvus de féminité. Au lycée, on la désigne plus moche …. garçon de l’établissement. Pour compenser cette humiliation, elle aura de nombreux partenaires différents.

Finalement, le documentaire nous refait découvrir une époque où une certaine vision du rock’n roll dominait. Les festivals comme Monterrey en 1967 ou Woodstock en 1969 étaient gratuits. Les artistes étaient très proches du public, les services de sécurité étaient très « light ». Certains ont dit que cette façon de concevoir le rock avait pris fin à Altamont en 1969 (après Woodstock), festival organisé par les Stones. Quatre personnes avaient trouvé la mort après des dérapages liés à une consommation de drogue trop importante et à un service de sécurité très violent en la personne des Hells Angels). Certains y voient également la fin du mouvement hippie. L’article wikipédia est très instructif à ce sujet.

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On peut toutefois reprocher certaines longueurs au documentaire sur la fin notamment, dépourvue d’éléments nouveaux. Mais c’est une difficulté intrinsèque au biopic. Le spectateur attend des ruptures dans la narration comme s’il s’agissait d’un film normal. Le souci est qu’a contrario d’une fiction, la vie d’une personne réelle n’est pas malléable à l’envi.

Allez pour le plaisir des oreilles, écoutez-moi ce deux merveilles:

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