Jean-Michel Atlan ou la permanence du Baroque

Jean-Michel Atlan est né en Algérie, à Constantine, en 1913, d’un père commerçant, amoureux des connaissances, lisant dans le texte l’araméen et le chaldéen et d’une mère tendre, passionnée, toujours discrète.

Quand, en 1930, Atlan quitte l’Algérie pour Paris, l’idée d’entreprendre une carrière de peintre ne lui était pas encore venue. Il dira dans un entretien : « Je suis né en Algérie, à Constantine, où les préoccupations picturales étaient absolument inexistantes. On ne pouvait voir, à Constantine, que des sculptures romaines de la décadence. Le musée présentait un Horace Vernet et des scènes militaires de la conquête. A part ça, il existait des peintres locaux du genre « marché arabe ». Dans mon enfance, je ne pouvais imaginer la peinture et la sculpture autrement que comme ces choses pompières reproduites dans mon livre d’histoire de France. » Il part à Paris pour suivre des études de philosophie.

Atlan s’intéressa à Platon, à l’Atlantide, bien qu’il soit difficile d’en faire un platonicien. M. Stanislas Devau, son professeur de philosophie au lycée de Constantine lui donna le rang de « poète métaphysicien de la peinture ».

L’artiste engagé

Dès sa rentrée universitaire de 1930 au quartier latin, il va s’engager dans le mouvement anticolonialiste et révolutionnaire qui le mènera vers la poésie et la peinture.

Il rejoint Léon Trotski, fait de la propagande, participe à des manifestations, fait le coup de poing. Il deviendra même le garde du corps de Trotsky et jugeant que ce dernier parlait trop souvent de Staline, le quittera.

Après sa licence de philo, Atlan continue sur sa lancée avec un Diplôme d’études supérieures en dialectique.

Le métamorphisme, l’absence de démarcation rigoureuse entre les éléments, sera le pont entre ses idées et ce qui va être sa peinture. Atlan était précurseur, informel bien avant Wols ou Pollock. L’intérêt d’Atlan pour l’écriture, pour le signe, le glyphe est évident et constitue le fil d’ariane de sa création artistique.

En 1940, jeune diplômé de philosophie, Atlan enseigne avant d’être révoqué du fait des lois antisémites. Avec Denise, sa femme, ils entrent dans la résistance à l’été 1942. Arrêtés, Atlan simulant la folie, sera interné à l’hôpital Saint-Anne dont il réussira à en sortir en Août 1944 pour participer à la libération de Paris dans son costume d’interné.

Fin 1944, paraît à l’atelier de la Salamandre à Paris, un volume qui réunit tous ses poèmes, Le Sang Profond. Atlan n’était pas qu’un peintre précurseur, il maîtrisait le langage dans un questionnement, dans une quête mystique :

Elle est perdue la trace

Du sel de la terre

Du pain des oracles

Obélisque des vœux humains

Nous savons creuser les tombes

En attendant d’autres déluges

L’artiste peintre

En juillet 1941, Denise et Jean-Michel Atlan s’installent dans un atelier, situé rue de la Grande-Chaumière, c’est là qu’il s’est mis à peindre : « J’ai commencé à être préoccupé par la peinture dès mes premières années à Paris. Mais le fait capital a été la rencontre de Denise et ce hasard  qui nous a fait habiter dans un atelier d’artiste, tout près de ceux où vécurent Gauguin et Modigliani. La magie des choses et de l’emplacement a joué. »

En 1946, à la galerie Maeght il participe à l’exposition « Le noir est une couleur » avec Bonnard, Braque, Matisse, Rouault etc. Le succès est au rendez-vous, ses toiles s’arrachent, le Tout-Paris parle de lui.

Mais Atlan est un artiste en marge qui dès 1948, rompt son contrat avec Maeght, se voit mal être un poulain dans une écurie et prend ses distances, ce qui se paie : « J’ai pas mal pataugé dans la merde », écrit-il dans une lettre de 1950.

Cependant son influence est grandissante et, à l’écart des faiseurs de mode, il va devenir un peintre mondial.

« Il faut porter en soi un chaos afin de donner naissance à une étoile dansante » (Nietzsche), et c’est de ce chaos que naît la peinture d’Atlan. C’est cela que nous trouvons dans une peinture sur isorel de 1945, où l’artiste dans un « mariage chaotique » du ciel et de la terre, dans une pâte limoneuse ocre et rouge fait surgir des formes dans des graffitis. C’est la première fois dans l’histoire de l’art, que le graffiti est proposé en tant qu’œuvre d’art à part entière. Atlan a imposé ce style pictural, trente ans avant l’école contemporaine, et ne fut pas du tout suivi à son époque.

Jean-Michel Atlan, huile sur isorel, datée 1945 et signée en bas à droite – Crédit photo : Luxvic

En quelques années, Atlan est connu et reconnu dans le monde entier et nombre de ses peintures intègrent les collections des plus grand musées. Il fut même assimilé au groupe Cobra, mais sans en faire réellement partie. Notons qu’aujourd’hui une vente d’oeuvre d’art signée Jean-Michel Atlan ne passe pas inaperçue…

En 1955, Paris demeure la capitale des arts. La tendance, la mode, est à l’abstrait. C’est à cette époque qu’Atlan déclare : « Je ne suis ni abstrait, ni figuratif » et ajoute : « Les formes qui nous paraissent les plus valables tant par leur organisation plastique que par leur intensité expressive ne sont à proprement parler ni abstraites, ni figuratives. »

En 1958, le succès, la renommée internationale d’Atlan, est à son apogée. Harlem II, peinte en 1958, fait partie de cette série de tableaux intitulés « musicaux ». On y entrevoit des instruments, les lignes des cordes qui structurent la composition.

Jean-Michel Atlan, Harlem II, huile sur toile, 1958

Jean-Michel Atlan est mort dans son atelier de la rue de La Grande-Chaumière le 12 février 1960. Et sa mort ne passa pas inaperçue. Des hommages lui furent rendus dans le monde entier. Sa popularité était-elle que la presse du monde entier réagit à sa disparition. La revue Paris-Match lui consacra dix pages dans son n° 570.

Cet article est sponsorisé par la galerie Luxvic.

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