Joyeuses variations autour de La Cerisaie

Susana Lastreto et sa troupe Grrr reprennent la célèbre pièce de Tchekhov : gaité et chansons au menu !

Si tu cours dans une meute, même si tu ne peux pas aboyer, remue la queue

La volonté de Susana Lastreto (auteur et metteur en scène) est de restituer l’esprit baroque du célèbre auteur russe, trop souvent emprunt de mélancolie dans d’autres adaptations. Pour cela, il suffit de quelques ingrédients juteux : une réécriture intelligente, une troupe survoltée, des chansons et une mise en scène excitée !

Le travaille sur le texte déjà. L’idée de la pièce est de suivre le processus d’écriture de Tchekhov. A travers les très belles lettres écrites à sa femme, il raconte l’environnement dans lequel il écrivit son ultime pièce et les soucis rencontrés avec ses acteurs dont Stanislavski. Mise en abîme entre le récit de ses lettres et La Cerisaie elle-même. Cette variation respecte les quatre actes d’origine et leur substance. Il s’agit ici de réinventer le texte pour mieux refaire sortir les arômes au cœur de cette Cerisaie.

Puis, il y a la troupe. Ils sont dix sur scène, de tous âges. Certains interprètent plusieurs rôles avec agilité et tous réussissent à incarner un choeur harmonieux. Dans sa note d’intention, Susana Lastreto parle de « travelling » pour qualifier l’énergie qu’elle souhaite sur scène : du gros plan fixé sur les personnages principaux au plan large sur le chœur.

Le tout est un savoureux mélange d’énergie, de joie, de fanfaronnerie.

Tchekhov et tous les autres (Barbara, Moustaki, Jeanne Moreau…)

Deux musiciens sur scène accompagnent les comédiens qui chantent. Dynamisant la pièce et apportant humour, joie et tristesse, les chansons sont des respirations qui résonnent dans le coeur du public. On se souvient particulièrement du trio qui reprend La Solitude de Barbara, touchant. On touche alors à un théâtre populaire, dénué de sentimentalisme bien sûr mais qui ne refuse pas l’émotion.

La troupe ne s’arrête pas un instant sur scène, frôlant avec le burlesque. Mise en scène énergique et scénographie sobre. On y retrouve des accessoires d’époque : une malle / armoire qui symbolise le voyage et la maison de famille (départ définitif?), un samovar pour ne pas oublier la Russie, un fauteuil pour trouver le repos dans une vie usée. Finalement, ce sont les comédiens qui créent le décor par leur déplacement et l’utilisation d’un drap pour délimiter des espaces. Dans ce beau théâtre studio de l’Epée de bois, le matériau participe à nous plonger dans cette ambiance particulière.

La fin d’une époque, le déclassement, la perte d’un lieu et d’un repère, le pouvoir de l’argent… autant de sujets difficiles abordés avec espoir et modernité. Des sujets qui raisonnent à l’échelle d’une société et d’un individu.

Pour découvrir le spectacle, c’est ici ou !

« La Cerisaie, variations chantées», d’après Anton Tchekhov , mise en scène de Susana Lastreto avec Léon Bonnaffé, Hélène Hardouin, Marieva Jaime-Cortez, Nathalie Jeannet, Matila Malliarakis, Igor Oberg, Jean Pavageau, Solange Wotkiewicz et les musiciens Annabel de Courson, Jorge Migoya. Production : Grrr