Thomas Schütte

La comédie humaine de Thomas Schütte

Le musée de la Monnaie de Paris accueille la première rétrospective parisienne de l’artiste allemand Thomas Schütte jusqu’au 16 juin. Des sculptures géantes aux fascinantes grimaces s’emparent des espaces et représentent la dérision de l’artiste envers l’homme. Ne rien prendre au sérieux.

Au long de la Seine, connectée au Musée du Louvre par le Pont des Arts, s’érige la Monnaie de Paris, doyenne des institutions françaises depuis sa fondation en 864. Au XVIIe siècle le site fut renouvelé entièrement selon la volonté de Louis XV par l’architecte Jacques-Denis Antoine, qui repensa les lieux : un bâtiment de prestige, le Palais Conti, et une manufacture. C’est à partir de cette époque que l’art fait son entrée dans ce lieu.

Depuis, il a accueilli plusieurs artistes de la scène contemporaine, en proposant un dialogue inédit entre la création contemporaine et l’historicité de l’institution. C’est au tour de Thomas Schütte, artiste allemand, d’exposer dans les espaces de la Monnaie de Paris jusqu’au 16 juin 2019 ; il s’agit de la première rétrospective parisienne de l’artiste. Soixante sculptures monumentales remplissent non seulement les salles, mais aussi les cours internes et les arrières-pièces du bâtiment.

Thomas Schütte

A la croisée de la sculpture classique, de l’art minimal et conceptuel, les sculptures de Thomas Schütte abordent les grandes questions humaines. Il reprend les sujets et les motifs du passé pour leur donner une nouvelle forme et une nouvelle voix, comme s’ils n’avaient pas encore tout dit. Élève de Gerhard Richter, il tout de suite développé une pratique artistique très diversifiée. Son travail fascinant, inquiet et ironique, se rapproche de celui des caricaturistes. Ses sculptures aux matériaux traditionnels, argile, cire, céramique, acier, bronze exploitent les thèmes classiques tout en laissant au centre de la création une réflexion sur la représentation.

L’exposition comme le suggère le titre, Trois Actes, se déroule en trois temps de manière thématique, en introduisant « un point d’interrogation tordu » autour des grandes questions de l’existence.

Le premier acte se déploie autour de la représentation de la figure humaine, à la fois monumentale et grotesque. Femmes, hommes aux expressions grimaçantes sont les personnages de la Comédie humaine; Thomas Schütte sculpte la société contemporaine. Les corps humains se plient devant la volonté de l’artiste en se transformant en figures tordues, surréalistes et grotesques. Le deuxième acte explore une dimension plus intime, le rapport avec le thème de la mort, où le macabre règne en maître. Enfin le dernier acte est dédié à l’architecture entre maquettes et architecture grandeur nature, miniature et sculpture monumentale.

Ses sculptures monumentales révèlent de sa conscience plastique. Si les années 90 marquent dans son travail artistique le passage de l’impossibilité de la sculpture à la monumentalité de ses œuvres, il n’en reste pas moins que ses sculptures semblent ne pouvoir jamais s’extraire de leur forme ; prisonnières de leurs grimaces.