« La Fin de l’homme rouge » au plus près de l’homo sovieticus

“En soixante-dix ans et quelques, on a créé dans le laboratoire du marxisme léninisme un type d’homme particulier, l’Homo sovieticus”.

Ces mots tirés de La Fin de l’homme rouge, de Svetlana Alexievitch englobent et définissent  les centaines de témoignages qu’elle a récolté en parcourant l’ancienne URSS durant quarante ans. Dans cette pièce, Emmanuel Meirieu propose une adaptation sublime de cet ouvrage, où il révèle de manière frontale et intime quelques uns de ces témoignages à la voix brisée.

C’est dans un décor à l’allure d’un théâtre dévasté et abandonné à la chute de l’URSS, que se suivent plusieurs tableaux individuels. Des héros déchus, des individus mutilés par une utopie corrompue, qui témoignent d’une époque sombre et encore douloureuse; celle d’un amour inconditionnel pour la mère patrie.

Comment l’idéal politique et social: qui a été de “vivre au service de quelque chose de plus grand que soi”, a disloqué ces destins et laissé derrière lui un traumatisme collectif ?

Le spectateur est plongé dans une ambiance lumineuse diffuse post-tchernobyl, une colorimétrie néon verte jaune et blanche. Celle-ci met en valeur un jeu d’acteur minimaliste et efficace: les corps sont dressés face micro permettant une résonance encore plus forte des témoignages.

Il s’agit d’un ancien soldat, un enfant, une mère endeuillée, une rescapée des Goulags, où d’une victime de la catastrophe de Tchernobyl. Victimes ou bourreaux, tous doivent mourir en héros pour leur terre, quitte à y laisser leur âme. Ces témoignages n’appellent aucun jugement mais nous convie juste à leur prêter oreille de manière intime. Ils sont offerts avec beaucoup de justesse et de sincérité.

A la manière d’un palimpseste, Svetlana Alexievitch, creuse dans l’histoire, à la recherche de ceux “qui ne sont rien”.

Emmanuel Meirieu que l’on retrouve sur le spectacle Les Naufragés, aux Bouffes du Nord, pose un regard sensible sur des destins tragiques, orphelins d’une société souffrante, celle des “ misérables”. “L’âme ne se rend pas au désespoir sans avoir épuisé toutes les illusions” Victor Hugo

La Fin de l’homme rouge

D’après le roman de Svetlana Alexievitch, Prix Nobel de Littérature 2015

Mise en scène et adaptation Emmanuel Meirieu

Traduction Sophie Benech

Musique Raphaël Chambouvet

Costumes Moïra Douguet

Lumières, décor, vidéo Seymour Laval et Emmanuel Meirieu

Son Félix Muhlenbach et Raphaël Guenot

Maquillage Roxane Bruneton

Avec Stéphane Balmino, Evelyne Didi, Xavier Gallais, Anouk Grinberg, Jérôme Kircher, André Wilms, et la voix de Catherine Hiegel