LA LOI DES PRODIGES : UN SEUL EN SCÈNE JUBILATOIRE

Curieux personnage que ce Rémi Goutard, qui n’a pas le « goût pour l’art » en dépit de son nom de famille. C’est que l’art, dans sa famille justement, c’est une histoire compliquée. Dans un seul en scène ahurissant, François de Brauer convoque toute une galerie de personnages pour nous peindre ce personnage et sa réforme anti-culturelle.

C’EST L’HISTOIRE D’UN PERSONNAGE QUI N’AIMAIT PAS L’ART

Mais d’où lui vient donc cette haine de l’art ? De son père d’abord, qui était un scénariste raté qui finira par devenir schizophrène. Enfant, il déchire la peinture d’un ami de son père pensant qu’il s’agissait d’un véritable yaourt – il vit cet évènement comme un traumatisme.

Etudiant en histoire, il accompagne une amie, étudiante en histoire de l’Art, dans un musée. Alors que les œuvres ne suscitent aucune émotion, il se trouve en face de l’œuvre de Régis Duflot, celle-là même qu’il avait massacré une quinzaine d’années plus tôt. Pire encore, Régis Duflot apparaît et lui vole son amie qui tombe sous le charme de ce cliché d’artiste égocentrique. C’est cette histoire d’amour ratée qui entérinera l’engagement de Rémi Goutard en politique, et de sa réforme visant à étouffer l’art et la culture.

UNE RÉUSSITE SUR LA FORME ET LE FOND

Le plateau n’est meublé que d’une chaise, et pourtant François de Brauer arrive à nous embarquer dans son histoire. C’est une performance hallucinante de comédien, qui interprète et alterne en une fraction de seconde plus d’une vingtaine de personnages sur scène, mais aussi tous les bruitages (vent, pluie, trafic autoroutier…). Issu de l’improvisation, le procédé « multi-personnages » atteint ici une précision absolue et jubilatoire.

Au-delà de la prouesse du comédien et de l’humour du spectacle, La Loi des prodiges réussit à émouvoir et à tenir un discours politique. D’abord le propos : il s’agit d’une réflexion sur la place de l’art dans nos sociétés, à l’heure où l’on parle de « contenus » plus que « d’œuvres ». Quant à l’émotion, elle infuse toutes les scènes tant François de Brauer parvient à rendre attachant son personnage antipathique.

Bref, La Loi des prodiges est une performance incroyable, un formidable seul en scène, qui brille dans toutes les ambitions qu’il se fixe : c’est à la fois un spectacle potache et subtil, politique et émouvant.

La loi des prodiges, une production Les Petites Heures = La Scala Paris

Ecriture et interprétation : François de Brauer

Pour réserver vos places, c’est ici : https://lascala-paris.com/programmation/la-loi-des-prodiges-ou-la-reforme-goutard/