La Mouche, m.e.s. Valérie Lesrot et Christian Hecq

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Dans les années 60, au cœur d’un village, Robert vit avec sa maman Odette. La relation mère-fils est inquiétante et désopilante à la fois, un clin d’oeil à l’épisode « La soucoupe et le perroquet » de l’émission Strip-tease.

La cinquantaine, dégarni, bedonnant, Robert passe le plus clair de son temps enfermé dans le garage où il tente de mettre au point la machine à téléporter. On assiste au quotidien de ce drôle de couple, ponctué par des expériences de téléportations plus ou moins réussies.

Comme dans le film de Cronenberg, tiré lui-même de la nouvelle de George Langelaan, Robert va tenter de se téléporter, mais une mouche s’est glissée dans la machine, et l’apprenti scientifique va peu à peu se transformer en insecte géant. Ses transformations physiques et mentales ne seront pas sans rappeler celles de Gregor dans La Métamorphose de Kafka. Robert va se déshumaniser peu à peu pour devenir une bête capable de grimper au mur, poussée par une recherche insatiable de nourriture.

Commencer la rentrée théâtrale par cette adaption primée aux Molières en 2020 (Création visuelle, Comédien dans un spectacle de théâtre public pour Christian Hecq et Comédienne dans un spectacle de Théâtre public pour Christine Murillo) est une joie que le public ne saurait bouder tant le spectacle provoque l’hilarité grâce aux numéros de clown des comédiens, Christian Hecq en tête de fil ! Mais c’est aussi une réflexion profonde sur le changement d’un corps : comment un marginal va s’exclure de la société, changer progressivement de corps, jusqu’à trouver la mort. La faute à la maladie mentale ? A la société qui n’accepte pas la différence ? Au comportement de la mère ? Ou simplement à cause de la Machine ?

© Fabrice Robin

Un lapin dépecé sur scène justifie à lui même la mention « déconseillé au moins de 12 ans » mais comme toujours chez Valérie Lesort et Christian Hecq, c’est toujours le comique qui l’emporte. Passé l’effroi du grand-guinol, le rire surgit ! Cette alternance du ton tout au long de la pièce déstabilise autant qu’il réjouit.

Le comédien a habitué le public de ses frasques clownesque (le désormais culte Un Fil à la Patte!), il est ici entouré de trois autres camarades magnifiques : Odette (Christine Murillo), mère désespérée qui vit dans sa caravane, rêvant que son fils Robert se marie, permettant ainsi une reconnaissance sociale tant attendue. Marie-Pierre (Valérie Lesort) est l’espoir d’Odette : une jeune fille simplette qui serait le bon parti pour son Robert ! Enfin, I’inspecteur Langelaan (Jan Hammenecker) qui offre au spectacle quelques unes des scènes les plus désopilantes. Un beau quatuor en somme !

Le laboratoire de bric et de broc de Robert et la caravane d’Odette composent le décor de cette Mouche des années 1960. Chaque objet enrichit un ensemble vintage dont la machine à télétransportation est le centre de l’attention, composée de tubes métallique, d’écrans bombés et de gros boutons ! L’ambiance sonore joue un rôle essentiel, transcrivant une époque d’un autre siècle.

La transformation progressive de Robert en mouche est l’élément pivot de la pièce. Autour de cela s’articule une enquête policière, une réflexion sur le déclassement, une mère qui veut à tout pris être reconnu socialement, une fille mère qu’on cache. Odette porte une perruque quand elle voit du monde autre que son fils. Elle existe ansi aux yeux d’une société qui la rejette.

© Fabrice Robin

La transformation de Marie-Pierre a déjà eu lieu : elle a accouché d’un enfant qu’on lui a retiré à la naissance. Ce traumatisme l’a-t-elle rendu simplette, une forme de protection pour elle ? Robert, enfin, va être bouffé de l’intérieur par un animal qui ne dépasse pas la taille d’une phalange. A-t-il été dépassé par se créature? A-t-il souffert d’une société qui n’a pa su l’inclure? Les derniers instants du spectacle sont effroyables, passant du comique à la tragédie. Jusqu’où une relation mère-fils peut aller dans l’horreur quand la maladie, la pauvreté et l’impossibilité de vivre ensemble sont quotidiennes ?

Travail corporel, effets spéciaux, esthétique du temps des prémices de l’informatique, La Mouche est un laboratoire d’expérimentations scéniques et visuelles, un extraordinaire terrain de jeu.

 

Jusqu’au 25 septembre au Théâtre des Bouffes du Nord !

Librement inspiré de la nouvelle de George Langelaan
Adaptation et mise en scène Valérie Lesort et Christian Hecq

Avec
Robert Christian Hecq, sociétaire de la Comédie-Française
Marie-Pierre Valérie Lesort
Odette Christine Murillo
Inspecteur Langelaan Jan Hammenecker

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