La Prière : un film intense sur la fraternité


Avant de nous rendre à la séance de La Prière, nous avions de grandes attentes vis-à-vis de ce film qui nous avait vendu une histoire accrocheuse: un camp religieux de rééducation pour les toxicomanes en pleine montagne. Et nous n’avons pas été déçu par ce programme coup de poing.

L’Apparition, Marie-Madeleine, La Prière : les longs-métrages sur la foi chrétienne ne manquent pas en ce début d’année 2018. Doit-on y voir la manifestation d’une « quête de sens » de plus en plus prononcée dans nos sociétés occidentales ? Dans tous les cas, il est clair que les protagonistes de La Prière font face à une véritable crise existentielle. Pour l’affronter, ces toxicomanes trouveront au sein de cette communauté de la fraternité et une absence de jugement.

La Prière démontre la force intrinsèque de la religion chrétienne fondée sur la compréhension de l’autre, l’amour et la pardon. Une matrice qui va leur permettre de redevenir des êtres sociables, mais aussi des êtres respectueux de leur personne. En n’utilisant aucun palliatif pour faire face au manque de drogue autre que la prière, le travail et l’entraide, ils doivent aller au bout de leurs capacités physiques et mentales pour s’en sortir. Au-delà de la communauté, c’est ainsi en grande partie grâce à leur volonté que cette renaissance opère, ce qui leur permet par la même occasion de regagner en estime d’eux-mêmes.

Le cheminement est loin d’être aisé. Le personnage principal Thomas, incarné par Anthony Bajon prix d’interprétation au festival de Berlin, essaiera de s’enfuir avant d’être ramené à la raison par l’arrivée providentielle de Sybille (Louise Grinberg). Détail amusant : le déclic s’opère suite une révélation en pleine nature à la manière de l’écrivain Eric-Emmanuel Schmitt qui a raconté la sienne dans « la Nuit de Feu », égaré dans le désert et proche de la mort. A la manière du livre, cette renaissance spirituelle est le thème central de la Prière. On ne sait d’ailleurs pas grand chose du passé de Thomas. Tout est centré sur cette renaissance.

La Prière film

Il est intéressant de constater que ce qui était auparavant conformiste est en fait devenu à la limite de l’alternatif dans une société sécularisée, allant jusqu’à inspirer de nouveau de nombreux réalisateurs. Cette prolifération des oeuvres cinématographiques sur la religion chrétienne n’est d’ailleurs pas sans inquiéter les vénérables Cahiers du Cinéma qui expliquent « qu’il n’est plus question d’être à la croisée des chemins, mais sur les chemins des croisades ». Preuve qu’ils n’ont rien compris à la démarche de Cédric Kahn. Très éloigné du prosélytisme, celui-ci se contente de filmer une manière de s’en sortir et il le fait magnifiquement bien en mettant en exergue l’importance des communautés et de la fraternité.

Categories

+ There are no comments

Add yours